Surfant sur l’énorme vague d’adaptations de BD (Boule et Bill 1 & 2, Tamara 1 & 2, Valerian, et bientôt Spirou et Fantasio, Gaston Lagaffe, etc…), Nicolas Bary s’attaque à l’œuvre incontournable de Tome et Janry. Il en ressort un PETIT SPIROU poétique, mélange du doux parfum de l’enfance et de l’espièglerie du jeune héros.

Adepte du genre, le réalisateur signe ici sa troisième adaptation d’œuvre jeunesse – après Les enfants de Timpelbach et Au bonheur des ogres– et ne démérite pas puisqu’il parvient à rester fidèle aux personnages et aux marqueurs du petit groom, tout en y apportant sa touche de modernité. Contrairement à la BD, ici pas de succession de gags mais un scénario intéressant qui pose les jalons d’une éventuelle suite : Le petit Spirou (merveilleusement interprété par Sacha Pinault) apprend qu’il ne passera pas la prochaine année scolaire avec ses copains puisqu’il doit suivre la tradition familiale et entrer à l’école des grooms comme les générations qui l’ont précédé. Deux choses vont alors le préoccuper : déclarer sa flamme à Suzette avant son départ (grâce à l’aide de ses copains) et faire comprendre à sa mère et son grand-père qu’il n’est pas certain de vouloir suivre leur chemin…

Photo du film LE PETIT SPIROU

Le petit Spirou entouré de sa mère et de son grand-père à l’entrée de l’école des grooms

Si Nicolas Bary évite de tomber dans la niaiserie, c’est surtout parce qu’il respecte l’univers du Petit Spirou et principalement le fait que l’histoire se situe à l’âge où le héros découvre les prémisses de la sexualité : l’attirance envers les filles de son âge mais aussi envers les attributs de Mademoiselle Chiffre (Gwendolyn Gourvenec), la prof de math au décolleté vertigineux !

Sans jamais tomber dans la vulgarité, le réalisateur reste sans cesse en équilibre entre l’enfance et l’adolescence en semant quelques pistes de façon plus ou moins explicites mais toujours avec humour, comme il le fait par exemple avec les revues de charme du grand-père intitulées «Doudoune». Dans LE PETIT SPIROU on retrouve également un petit côté rétro plaisant mais il est parfois si léger (contrairement à Boule et Bill 2 par exemple) que l’on se demande finalement à quelle époque on se situe, perdus dans une sorte de fable intemporelle. Cette impression de flou caractérise d’ailleurs d’autres éléments du film qui révèlent soit une absence de choix de la part du réalisateur, soit une volonté de s’adresser à toutes les générations en même temps mais qui, dans tous les cas, s’opère de façon un peu approximative.

 « A défaut d’épuiser les zygomatiques, Le Petit Spirou plante le décor et questionne sur la transmission, sur le désir de trouver son propre chemin, sans renier d’où l’on vient. »

En effet, lorsque le père Langeluss (Philippe Katerine) cite à plusieurs reprises des chanteurs de hard Rock, il est possible que ça ne fasse rire ni les adultes qui, au delà de la première fois, trouveront ça un peu lourd, ni les enfants qui passeront totalement à côté. Pareil pour Monsieur Mégot (François Damiens), le prof de sport, champion du farniente, lorsqu’il écorche tous les adjectifs de la langue française. Cela n’enlève rien à la qualité de leurs prestations respectives mais l’effet comique ne fonctionne pas, ce qui rend le film un peu plat par endroits.

Si Nicolas Bary rame donc un peu au niveau des scènes comiques, il compense ses quelques maladresses par celles qui mettent en scène la tendresse de la relation qu’entretient le petit Spirou avec son grand père (Pierre Richard, parfait dans ce rôle). Quant aux péripéties de la bande de copains et l’adorable aventure que Spirou fait vivre à Suzette, les enfants vont adorer !

Photo du film LE PETIT SPIROU

Monsieur Mégot et le grand-père de Spirou sous le charme de Mademoiselle Chiffre

A défaut d’épuiser les zygomatiques, LE PETIT SPIROU plante le décor et questionne sur la transmission, sur le désir de trouver son propre chemin sans renier d’où l’on vient, dès le plus jeune âge. Idée joliment illustrée par la scène où notre petit héros customise à sa sauce son fameux uniforme rouge en le portant avec son sweat à capuche et ses baskets.

Et s’il faut attendre jusque là pour que le film décolle vraiment, Nicolas Bary aura le talent de maintenir l’énergie entrainante qui en découle jusqu’au sympathique générique de fin, version française de Oh happy days interprétée par Vianey. Il signe ainsi une sorte de comédie romantique à hauteur d’enfants qui séduira les spectateurs par le charme de son univers autant que par la fraîcheur et le talent de ses jeunes comédiens.

Stéphanie Ayache

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[CRITIQUE] LE PETIT SPIROU
Titre original : Le Petit Spirou
Réalisation: Nicolas Bary
Acteurs principaux : Sacha Pinault, Pierre Richard, François Damiens
Date de sortie : 27 septembre 2017
Durée : 1h26min
3.0Poétique
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