Sous ses airs de film féministe et moderne Wonder Woman reproduit les habituels clichés, mais n’en est pas moins un divertissement convaincant.
Lors de l’avant-première parisienne au Grand Rex de WONDER WOMAN, réunissant public et journalistes, un spectateur ose soudain crier : « Baise-la ! ». Quelques rires, gênés tout de même, avant qu’une fille se lance à son tour : « Baise-le ! », provoquant l’hilarité et les applaudissements d’une audience bouillante. La scène qui provoqua cette double intervention, se passe à environ la moitié du film, lorsque l’héroïne, Diana (a.k.a Wonder Woman), s’apprête à recevoir le premier baiser attendu de son comparse masculin, le soldat Steve Trevor. Si la première intervention dans la salle rappelle malheureusement le sexisme de notre société, il reste néanmoins révélateur d’un des soucis du film, qui n’assume pas entièrement la prise de pouvoir de la femme. Regrettable et symptomatique du rapport homme / femme classique à Hollywood, auquel même un film vendu comme le blockbuster féministe et moderne ne semble pouvoir échapper. Pourtant, plusieurs grosses productions ont su gérer l’égalité des sexes, proposant des personnages féminins forts et indépendants (sans non plus tomber dans l’émasculation et en ne passant pas uniquement par une force physique), notamment en occultant toute romance possible. À l’image de Mission Impossible : Rogue Nation, Mad Max Fury Road, ou encore Alien premier du nom, dont le personnage de Ripley reste encore un exemple.

Bien sûr, son caractère insouciant et naïf (qui offre au film une légèreté appréciable), apparaît cohérent avec le personnage présenté, mais tout de même décevant par rapport à ce qui était annoncé ; une vraie leadeuse d’hommes. Évidemment, il est nécessaire de replacer WONDER WOMAN dans son contexte hollywoodien, où le changement n’est pas aisé. Une grosse production sur laquelle une réalisatrice comme Patty Jenkins (sortie du placard après Monster en 2003, quelques épisodes de séries et deux téléfilms à son actif) ne peut avoir une liberté totale, et apparaît davantage comme une figure marketing. Il serait alors dommage de réduire le film à ces éléments en sous-couche, plus maladroits qu’autre chose. D’autant qu’il offre tout de même quelques remarques « féministes » amusantes et pertinentes, comme sur le plaisir féminin qui ne serait pas forcément une prouesse masculine. Des éléments comiques, mais surtout symboliques, qui s’ils font référence à l’époque du film (la fin de la Première Guerre mondiale) font néanmoins écho à la société actuelle.

Pierre Siclier
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• Réalisation : Patty Jenkins
• Scénario : Allan Heinberg, Zack Snyder, Geoff Johns
• Acteurs principaux : Gal Gadot, Chris Pine, Connie Nielsen
• Date de sortie : 7 juin 2017
• Durée : 2h21min




