L’histoire : les déboires amoureux de Leo, reine du roman à l’eau de rose et qui de plus n’arrive pas à remplir le contrat passé avec son éditeur.

Comme dans Talons Aiguilles, le début du film indique qu’il faut se méfier des apparences. Mais ce message, cette fois-ci, n’est pas destiné au spectateur mais bien aux personnages du film. Almodóvar, cette fois, ne nous inclue pas dans le processus du film – je m’explique : la géniale introduction est le seul moment ou Almodóvar scénariste s’amuse avec le spectateur. E tenant à la limite de l’aut(eur)isme, Almodóvar centre littéralement son film autour de ce personnage féminin, Leo, et ses déboires amoureux/professionnels. Le réalisateur limite également tout aspect ludique, met ses obsessions de coté, et donne des atours classiques au film. En cela, il se rapproche énormément de Femmes au Bord de la Crise de NerfsMais Almodóvar emprunte également d’autres éléments issues de ses propres œuvres pour composer , et lui donner cet aspect total et exhaustif qui en fait l’un des meilleurs films de sa filmo, tout en lui empêchant de trouver complètement sa propre personnalité.

Photo du film LA FLEUR DE MON SECRET

Femmes au Bord de la Crise de Nerfs avait donc cette structure scénaristique en entonnoir qui présente de multiples éléments avant de les rassembler en une seule piste.  Cette  linéarité rassurante. Il pioche également dans la première partie d’ Attache Moi ! cette auscultation de l’envers-du-décor artistique. Ici, il s’agit du milieu de l’édition, le monde littéraire.
Car LA FLEUR DE MON SECRET explore autant les petits arrangements que Leo fait avec ses sentiments, que ceux qu’elle fait avec ses éditeurs. Un univers qui s’avère passionnant, surtout servi par le talent de dialoguiste et d’écriture de personnages habituel chez Almodóvar.

À ce titre plusieurs scènes impressionnent. Les interactions entre Leo et le rédacteur en chef d’ El Pais sont particulièrement savoureuses – chacun se sert de sa culture pour séduire l’autre ; les références littéraires et cinématographiques pleuvent, et transforment ces scènes en leçon de dialogues intelligents – génial. On retient également la scène d’introduction dont on vous laisse la surprise, mais qui brille par les dialogues comme par l’interprétation. Les scènes familiales et les scènes avec Paco sont également très spéciales dans leur façon de faire appel aux souvenirs des protagonistes pour nourrir l’émotion du moment violent et nostalgique. Enfin, le cynisme avec lequel Almodóvar relie Leo à la réalité est fascinant. Ne peut-on pas voir Leo (son versant professionnel) comme un double du réalisateur… Ainsi, il devient amusant d’observer Leo cracher sur son propre travail, ses œuvres considérées comme consensuelles et accessibles parce que commandées (nous, on pense immédiatement à Talons Aiguilles) La même Leo qui revendique son meilleur travail comme celui qui colle au plus près à la réalité Madrilene (Là on se souvient des excellents Femmes au bord de la Crise de Nerfs et Qu’est ce j’ai fait pour mériter ça ?)
Leo, personnage somme de nombreuses femmes Almodóvariennes, à la fois adolescente, immature, sérieuse, professionnelle, révêuse, amoureuse, fragile. L’un des personnages les plus complets créée par l’auteur, à la proximité certaine, d’ou l’empathie forte qui nous attache au film.

”Une œuvre sérieuse et cohérente, où la mise en scène s’adapte complètement au sujet. Un excellent film, à défaut d’être mémorable.”

Pour maintenir l’attention autour de ce personnage, Almodóvar a trouvé l’actrice parfaite : Marisa Paredes. Le réalisateur lui offre un rôle étoffé de femme mure professionnellement mais adolescente émotionnellement. Une femme forte qui a toujours du mal à prendre les bonnes décisions, mais est suffisamment courageuse pour les assumer. L’actrice rentre donc au même titre que Carmen Maura dans Pepi Luci Bom…, ou Victoria Abril dans Attache Moi !, dans l’univers du réalisateur.
Cela provient certainement de la sobriété avec laquelle est abordée l’histoire, deuxième atout du film. Une sobriété qui se marie avec le jeu précis, mais très classique de Marisa Paredes. Cette sobriété empêche aussi le spectateur de s’égarer sur de fausses pistes. Le film prend par conséquent des atours réalistes, à l’instar de Qu’est-ce Que J’ai fait pour Mériter Ça ? et propose une certaine linéarité assez tôt pour nous embarquer définitivement.
Cette sobriété fait également corps avec le sujet : bien que réalisé avec soin, Almodóvar ne cherche jamais l’originalité. Le seul effet de style concerne l’utilisation des miroirs et de toutes sortes de reflets. Leur apparition indiquent la distance que nous devrions avoir sur ce personnage fragile qu’est Léo. Ils nous incitent à ne pas la juger, lorsque ses émotions prennent le pas sur le pragmatisme.

 

En bref, après le semi-ratage de Talons Aiguilles, dont nous regrettions l’association d’un style pop inadapté au polar et au mélodrame,Almodóvar semble avoir retenu la leçon. LA FLEUR DE MON SECRET est un film sérieux et cohérent, dans lequel la mise en scène s’adapte complètement au sujet. Le film réussit là ou Talons Aiguilles échouait : nous accrocher de A à Z à un scénario, une histoire, des personnages. L’émotion qui en résulte n’est peut être pas la plus intense. Toutefois, à l’issue de la séance, on ne peut qu’être satisfait d’avoir assisté à un excellent film, à défaut d’être mémorable.

Georgeslechameau
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