Ce second volet de la trilogie Jurassic World devait, sur le papier, prendre un tournant intéressant avec l’intronisation à sa tête du metteur en scène espagnol Juan Antonio Bayona.

Il arrive que même, dans le cadre d’un blockbuster ultra-friqué, le nom d’un auteur racé derrière la caméra puisse être source d’excitation. C’est le cas avec ce Jurassic World : Fallen Kingdom, second opus d’une trilogie entamée avec Colin Trevorrow aux commandes. Si ce dernier a laissé sa place, il reste encore dans les parages comme scénariste et producteur délégué. Le scénario justement, est la grosse tâche noire du film. On avait beau nous vendre durant la phase de promotion que l’angle adopté lorgnait sérieusement du côté du thriller horrifique, le résultat final dilue considérablement ces intentions dans un océan de magouilles scénaristiques inintéressantes. Il y en a à dire, alors que le début commence en élaborant un discours pas des plus idiots, écho légèrement futuriste aux débats contemporains sur les droits des animaux et leur traitement. Alors que l’ancien parc à l’abandon est menacé par un volcan un irruption, la société américaine se demande si elle doit sauver les dinosaures, considérés comme des animaux. Un choix périlleux, leur permettant soit d’annuler leurs avancées technologiques soit de prendre encore plus de risques vis-à-vis de créatures difficilement contrôlables.Sur ce point de départ, malin, se greffe par la suite un récit de contrebande dans lequel des millionnaires s’arrachent des dinosaures à coup de millions. Une ligne narrative qui parasite toutes les bonnes choses mises en place pendant la première heure, y compris un sens du spectacle époustouflant durant la longue séquence sur l’île, au bord de la destruction. Juan Antonio Bayona enquille à la chaîne un lot de scènes d’action efficaces, construites comme un tour intensif de rollercoaster, dont l’apothéose est une scène aquatique filmée de l’intérieur d’une bulle, en un seul plan. Le réalisateur catalan exprime toute sa virtuosité formelle, jouant avec les fumées, les lumières, les plans sophistiqués. On se laisse facilement prendre au jeu devant la générosité déployée, au niveau de l’action et au niveau du quota de dinosaures convoqués. Il est loin le temps où Steven Spielberg envoyait sporadiquement sur le devant de la scène ses bestioles dans Jurassic Park. Ici, les amateurs de dinosaures devraient en avoir pour leur argent. Les anciens habituels, T-Rex compris, répondent présents. Puis la grosse nouveauté est l’Indoraptor, une spécimen hybride redoutable, conçu pour le champ de bataille.

S’il se fait attendre, à cause d’un scénario lourdingue, sa mise en liberté permet à Juan Antonio Bayona de signer ses plus beaux coups de caméra. Aidé par son fidèle chef opérateur Oscar Faura, il livre enfin ce que l’on nous avait promis en faisait de ce dinosaure un bad-guy digne d’un pur film d’horreur. La dernière demi-heure est un condensé de propositions picturales à tomber par terre, évoquant autant le gothique que l’expressionnisme allemand. Comme si un Murnau dopé avait filmé des dinosaures. Juan Antonio Bayona apporte ce qu’il peut de sa sensibilité européenne dans un gros produit américain. Ceux qui sont sensibles à son cinéma seront heureux de retrouver des marqueurs visuels, un style qui lui est propre. Vendue à outrance dans les bande-annonces, la scène de la chambre est le plus bel exemple pour illustrer comment Bayona à infuser sa touche. Malheureusement, sur la longueur, il est bloqué par un script qui semble ne pas l’intéressé plus que cela – y compris lorsqu’il manie quelques thèmes inhérents à sa filmographie via le personnage de la petite Maisie. Il filme péniblement des scènes sans aucune épaisseur, pour suivre le déroulement programmé sur le papier, en attendant de pouvoir se faire plaisir. Le gros regret est de constater qu’un tel talent formel est au service d’un scénario boiteux. Le film traîne la patte narrativement durant deux heures mais, heureusement, il ose dans ses dernières minutes inaugurer un tournant franc pour la conclusion qui se profile à l’horizon. Reprenant ce qu’une petite partie du Monde Perdu avait tenté, la franchise Jurassic World se dirige vers un troisième épisode désireux d’enfin totalement s’affranchir d’un Parc réduit en cendres. Le film passe d’ailleurs son temps à détruire les éléments du passé, que ce soit la nouvelle île ou les reliques d’un autre temps renfermé dans le manoir. Cette trilogie devra prendre des risques dans son sprint final, étant donné la voie que veulent emprunter les scénaristes, pour se positionner comme une entité à part entière – le choix de Bayona allait dans ce sens. Mauvaise nouvelle : Colin Trevorrow reprend la caméra en mains, et continue de participer au script. Un océan de possibilités s’offre à lui. Un océan si vaste, que le naufrage ne serait pas surprenant.

Maxime Bedini

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JURASSIC WORLD : FALLEN KINGDOM, Juan Antonio Bayona sauve les meubles - Critique
Titre original : Jurassic World : Fallen Kingdam
Réalisation : Juan Antonio Bayona
Scénario : Colin Trevorrow, Derek Connolly
Acteurs principaux : Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Rafe Spall
Date de sortie : 6 juin 2018
Durée : 2h08min
2.0Note finale
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JURASSIC WORLD : FALLEN KINGDOM, Juan Antonio Bayona sauve les meubles – Critique

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