Après Annabelle, l’univers de Conjuring a le droit à un nouveau spin-off. C’est la fameuse Nonne qui a désormais toute notre attention.

La tentative d’étendre à deux reprises (bientôt trois), avec Annabelle et sa suite, l’univers posé par Conjuring était déjà un avertissement pour le public. On a bien vu que l’intention n’était pas de faire des bons films mais de simplement profiter d’une marque pour essayer d’engranger quelques billets supplémentaires. Évidemment que les deux Conjuring n’étaient pas des films qui arrivaient à renouveler le cinéma horrifique, mais grâce au talent de James Wan derrière la caméra, ils arrivaient avec brio à donner un petit coup de pied au cul à un genre qui a souvent voulu se la jouer petit malin avant tout. Et c’était déjà bien suffisant pour les positionner comme ce qui se fait de mieux ces dernières années dans ce registre.Photo du film LA NONNEComme Conjuring premier du nom introduisait la poupée Annabelle, le second mettait en scène la terrifiante Nonne. Un personnage totalement remarqué par les spectateurs, ce qui n’a pas échappé au studio. Voilà que dans ses conditions arrivent sur nos écrans le spin-off dont elle est l’attraction principale. Gary Dauberman, qui a déjà signé le scénario des deux Annabelle, a réussi à continuer à avoir la confiance de ses patrons pour perdurer l’extension de l’univers. L’intrigue se charge d’aller dans le passé et prend place en Roumanie. Après qu’une nonne se soit mystérieusement suicidé, le Vatican charge un prêtre et une apprentie nonne de se rendre sur place pour comprendre ce qui a pu la pousser à agir ainsi. Ils vont découvrir qu’une entité démoniaque a pris possession des lieux. Ce petit bond en arrière dans le temps n’est pas pour nous déplaire, rompons avec le cadre très similaire des précédents films.

Le cadre européen mise sur un (petit) dépaysement et tente de faire aller l’univers de Conjuring vers une forme de cinéma horrifique plus graphique, à mi-chemin entre les tentatives éblouissantes tentées en Italie ou en Espagne et une ambiance lugubre digne des plus belles heures du gothique. Quelques lumières ou quelques plans viennent nous flatter la rétine, ce qui n’est pas désagréable pour les amateurs du genre. Ceci n’est hélas que de trop courte durée et dilué dans un film qui ne fait même pas ce qu’on lui demande en priorité : nous impliquer dans un récit pour que les scènes d’horreur prennent vraiment de l’épaisseur. Sur ce point, c’est sans conteste raté, à cause d’une écriture paresseuse, qui joue sur des clichés et des facilités pour créer un semblant de matière. Les personnages ne deviennent jamais des figures que l’on a envie de suivre dans les coins les plus sombres de l’intrigue. Qu’ils vivent ou qu’ils meurent, c’est exactement le même résultat émotionnel sur nous car nous ne ressentons aucune vibration lorsqu’ils se retrouvent en danger. Photo du film LA NONNELe problème s’aggrave quand la déception des scènes d’horreur devient récurrente de minute en minute. Et là, pour un film d’horreur, c’est un couac qui fait très mal. On ne demande pas à La Nonne d’être un modèle d’écriture. De ce côté, il est possible de se montrer indulgent, comme nous avons pu l’être avec Conjuring en son temps. Par contre, ne pas savoir emballer des moments de tension donne à réfléchir sur la qualité du film. James Wan avait pour lui un sens affirmé du cadre et de la grammaire cinématographique. Ce que Corin Hardy ne sait pas du tout faire, filmant tout et n’importe quoi sans réflexion ni idées. Le spectateur assiste résigner à des confrontations avec l’entité démoniaque et en sort constamment déçu devant la faiblesse des mécaniques horrifiques employées pour le faire bondir. Entendez par-là que le principal effet reste l’utilisation de jump scares envoyés avec en fond un effet sonore bien appuyé. Conjuring 2 savait mettre en valeur La Nonne/Valak dans les scènes qui lui étaient consacrées. Ce que le film éponyme ne sait dramatiquement pas faire, d’autant qu’il n’a même pas pour lui un semblant inédit sur l’identité du démon.

La Nonne n’est rien d’autre qu’un produit marketing fait sans aucune passion ni inspiration, réemployant des codes usés jusqu’à la moelle. Y compris dans sa place au sein d’un univers étendu, le film déçoit. Il tente dans les dernières secondes de vaguement créer un lien pour rattacher le tout, d’une manière tellement expéditive qu’elle ne peut être satisfaisante. Voilà la preuve que ce qui est construit autour de Conjuring n’est pas fait forcément pour de bonnes raisons d’un point de vue artistique. Après tout, qu’un tel film réussisse sur le territoire américain à être un gros succès commercial démontre que les gens derrière ont bien eu raison de ne pas se fouler.

Maxime Bedini

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LA NONNE, de bien grosses ficelles pour si peu de frissons - Critique
Titre original : The Nun
Réalisation : Corin Hardy
Scénario : Gary Dauberman, avec la participation de James Wan
Acteurs principaux : Taissa Farmiga, Demian Bichir, Jonas Bloquet
Date de sortie : 19 septembre 2018
Durée : 1h37min
1.5Note finale
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LA NONNE, de bien grosses ficelles pour si peu de frissons – Critique

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