À jamais lié au cinéma d’auteur français et au festival de Cannes, le nom de Jean-Luc Godard nous revient en 2018 avec un livre d’image qu’il ne viendra toujours pas présenter en personne.

Déjà sélectionné en 2014 en compétition officielle avec Adieu au Langage, Jean-Luc Godard ne s’était pourtant pas déplacé pour « monter les augustes marches » de Thierry Frémaux et encore moins pour aller récupérer son prix du jury qu’il partagera avec Mommy de Xavier Dolan. Le cinéaste traverse une fin de carrière étrange où il se mue en orateur invisible, déployant ses élucubrations sur un collage plutôt qu’un montage visuellement indigeste. Si Adieu au Langage bénéficiait de plus de scènes tournées, ce Livre d’Image adopte une forme très proche, avec toujours ces mêmes images baveuses, décolorées ou hyper saturées mais pour la plupart déjà existantes et tirées de nombreux grands films qui ont façonné l’histoire du cinéma, ou provenant de dessins ou bien encore d’internet et de la télévision. Les logos sont présents et le format n’arrête pas de s’élargir pour ensuite retrouver un 16/9 initial, comme si nous étions devant un téléviseur réglé sur automatique.

Si on parle autant d’image, c’est parce qu’en 1h30, on va en bouffer. Elles ne restent jamais trop longtemps à l’écran, puisque le montage se plait constamment à rompre tout début de continuité. Même les thèmes visuels abordés ne sont qu’éphémères car Jean-Luc a décidé de nous parler de beaucoup de choses, en si peu de temps et aussi parce que si nous ne sommes pas contents, il s’en fout. C’est ainsi que l’on assistera à des gros plans de mains, puis des gens qui dansent, d’autres se lèchent le cul et tout d’un coup nous nous retrouvons dans un pays aride où des hommes cagoulés abattent des civils les uns après les autres. Le livre est pourtant découpé en plusieurs chapitres, mais la démarche ressemble à un troll, étant donné que le son s’occupe de tout déconstruire, via des agressions affreusement irritantes.

“Un long calvaire au discours fumeux qui se vit comme une agression.”

Plusieurs voix-off, dont celle du cinéaste se mélangent. Godard nous parle de sa vision du monde actuel, il poursuit son éternel combat envers les politiques, nous assène que la condition humaine, c’est de la merde, que nous négligeons la terre et que nous avons conditionné notre société en sacralisant les différents textes religieux propres à chaque civilisation. Il s’offre une dernière demie-heure que l’on osera qualifier de réflexion sur le monde arabe. Parce qu’il s’adresse à une élite cinéphile qui par ailleurs l’applaudira lors du faux générique final, Jean-Luc Godard n’aura pas eu le temps d’adresser son message à la fois lucide et terrifiant aux autres, qui ne se seront pas déplacés ou seront partis bien avant la fin des 1h30 du métrage.

Loris Colecchia

LE LIVRE D'IMAGE, Jean-Luc Godard à l'agonie - Critique
Titre original : Le Livre d'Image
Réalisation : Jean-Luc Godard
Scénario : Jean-Luc Godard
Acteurs principaux : Il n'y en a pas
Date de sortie : Inconnue
Durée : 1h30min
1.0Aïe, Ouille !
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