LES ÉBLOUIS, malgré quelques légers défauts, réussit à se montrer authentique et bouleversant.

Sarah Suco réalise ici son premier long-métrage . D’abord actrice de théâtre et membre de la troupe de Pierre Palmade, c’est grâce à Louis-Julien Petit que sa carrière au cinéma débute avec notamment Discount, Carole Matthieu et dernièrement Les invisibles.

Pour son premier film, la réalisatrice nous livre une histoire vraie, inspirée de sa propre enfance. LES ÉBLOUIS suit le parcours de Camille Lourmel, jeune fille passionnée de cirque, dont la vie bascule le jour où ses parents s’engagent dans une communauté catholique sectaire. Se retrouvant livrée à elle-même, embrigadée avec ses frères et sa sœur contre leur gré, Camille va lutter pour sortir et protéger sa famille de cette communauté.

Photo du film LES ÉBLOUIS

Camille (Céleste Brunnquell), dès l’ouverture du film, est présentée comme une jeune fille pleine de vie, passionnée de cirque. Ses parents, Christine () et Frédéric () souhaitant aider et propager des valeurs de partage, s’intéressent à une communauté charismatique et y initient leurs quatre enfants, dont Camille. Ils sont accueillis dans cette communauté par le « Berger » (Jean-Pierre Darroussin). Le climat tout d’abord bienveillant au sein de cette communauté se distille petit à petit lorsque Camille, pour un spectacle, caricature les rituels de la communauté. « C’est exact Camille, tu t’es moquée ». Cette parole du Berger l’interdisant de continuer à pratiquer le cirque, ne sera que le commencement du malaise de Camille…

Reprenant le vécu de sa réalisatrice, le film suit Camille de son enfance à son adolescence. Pendant des années, l’on voit évoluer la jeune fille, d’abord réfractaire aux méthodes et au quotidien imposés par la communauté, puis qui s’y habitue, tout en continuant à aller en cours, sans l’accord de ses parents. Ses frères et sœur se retrouvent contraints de grandir au milieu des rituels de prière, de pardon. Camille, à qui plait un jeune garçon de sa troupe de cirque, se retrouve privée de sa passion… La communauté charismatique devient de plus en plus sectaire au yeux de Camille, notamment lorsqu’elle se retrouve punie pour ne pas avoir demandé pardon.

Photo du film LES ÉBLOUIS

Les acteurs sont tous d’une justesse incroyable. Céleste Brunnquell est définitivement la révélation du film. Camille Cottin développe un réel talent pour ce rôle de mère perdue, plongeant progressivement dans la folie. Eric Caravaca est convaincant en père aimant, dépassé par les événements. Sans oublier , dont l’interprétation du Berger est à glacer le sang. Le film perd tout de même parfois niveau rythme.

Le jeu de lumière opère à la fois une ambiance très sombre pour accentuer le côté pesant lors des scènes de rituels dans la communauté, à la fois beaucoup plus éclairée lorsque Camille joue un numéro de cirque. Le contraste est intéressant pour marquer les sentiments de Camille, son aisance comme son mal-être, dépendant de son entourage.

Toutefois, si l’on comprend bien les intentions de Sarah Suco, certains moments du film, notamment ceux filmés au sein de la communauté, ont tendance à créer un effet répétitif, scénaristiquement. Le fait de vouloir absolument raconter le quotidien de cette secte revient à double tranchant, à créer un effet de malaise et de gêne chez le spectateur, tout en lassant parfois.

En résumé, LES ÉBLOUIS est un témoignage coup de poing, mettant en lumière un sujet encore peu abordé : celui des communautés sectaires de l’ombre et des enfants y étant embrigadés par leur famille.

Talia GRYSON

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LES ÉBLOUIS, voile levé sur des pratiques de l'ombre - Critique
Réalisation : Sarah Suco
Scénario : Sarah Suco, Nicolas Silhol
Acteurs principaux : Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca
Date de sortie :
Durée : 1h39min
3.0intéressant
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