Nous avions raté LES GARCONS SAUVAGES à sa sortie en salles en février. Même si le grand écran est davantage approprié à ce genre de festin visuel et sensoriel, nous ne pouvions décemment pas passer à côté de la VOD.

Les vacances d’été sont propices aux séances de rattrapages en DVD, Blu-ray ou VOD. Si vous n’avez pas l’occasion de partir en voyage en ce mois de juillet, vous pouvez embarquer pendant deux heures sur le navire de Bertrand Mandico, c’est assurément dépaysant. Vidéaste d’art contemporain autant que cinéaste, Mandico triture depuis vingt ans une texture audiovisuelle pour en extraire une expérience sensorielle qui n’est pas sans nous rappeler les intentions de Cattet et Forzani. Il en résulte un premier long métrage tellement troublant qu’on croirait que les psychés de Jess Franco, Jean Rollin et Walerian Borowczyk s’interprénetrent à l’intérieur d’un même rêve.

Dans un premier temps, on est tenté de considérer LES GARÇONS SAUVAGES comme un livre d’image illustrant un conte pour adultes, dont la promesse de l’interdit nous pousse à tourner les pages et à s’abandonner à l’émerveillement. Mais à bien y regarder de plus près, le travail envoûtant de Mandico consiste à composer une œuvre esthétique sidérante de précision et de radicalité, en parcourant des chemins déjà balisés par le cinéma, notamment ceux du film d’aventure. Augmentant le spectaculaire des décors naturels par une part d’artificialité toute aussi cinégénique, le cinéaste convoque les séries B des années trente, quarante et cinquante, et avec elles le charme des récits exotiques de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack (King Kong, Les Chasses du comte Zaroff). Tout en gardant l’attirance vers l’inconnu qui porte les récits d’aventure, Mandico insuffle dans le genre une sensualité nouvelle, en disposant à des endroits stratégiques, seins, poils, verges et exultations de formes diverses.Il faut laisser passer un moment d’hébétement avant de pouvoir juger à sa juste valeur l’ensemble des motifs à la fois organiques et oniriques qui parcourent le film. A l’image de cette multitude de points blancs qui entourent le titre, cet ensemble de motifs peut être aussi bien perçu comme un agglomérat de particules étranges que comme une constellation d’étoiles. Le réalisateur semble totalement assumer ses goûts de dandy sous lesquels affleure un réseau de pulsions et de fantasmes qui guide le récit d’une masculinité déviante vers une féminité irréelle. Traversé par des fluides qui provoquent tantôt un noir et blanc soyeux, tantôt des couleurs hallucinées, l’image porte en elle son propre ensorcellement, mordant, griffant, fouettant ceux et celles qu’elle abrite, pour mieux en caresser et lécher les plaies par la suite. Un savoureux et déconcertant mélange du sel rugueux de la mer agitée, et du sucre suintant des douceurs de l’île des métamorphoses.

Jeunes faunes blasphémateurs et athées, les cinq adolescents avouent se croire immortels avant que l’île opère leur transformation physique et affective ; c’est à se demander si ce lieu extraordinaire n’est pas en fin de compte un eden païen. Ainsi, en découvrant leur féminité, LES GARÇONS SAUVAGES n’acquièrent pas simplement une nouvelle perception de leur corps, mais apprennent également leur humanité et leur mortalité, comme si un dieu (ou une déesse) se révéler à eux dans cette ferveur paganiste.

Arkham

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LES GARÇONS SAUVAGES, l'île du docteur Mandico – Critique
Titre original :Les Garçons sauvages
Réalisation :Bertrand Mandico
Scénario :Bertrand Mandico
Acteurs principaux :Vimala Pons, Diane Rouxel et Anaël Snoek
Date de sortie :le 28 février 2018
Durée : 1h50min
3.5Note finale
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