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Paris International Fantastic Film Festival : 10 films à retenir

Du 6 au 12 décembre 2023, le PARIS INTERNATIONAL FANTASTIC FILM FESTIVAL donnait rendez-vous aux amateurs de cinéma de genre, en tous genres. Retour sur une programmation éclectique à travers 10 films poétiques, drolatiques, caustiques, terrifiques et bien entendu fantastiques.

DREAM SCENARIO

En ouverture du festival, les cinéphiles ont eu le plaisir de découvrir la nouvelle excentricité des studios A24, DREAM SCENARIO, où un professeur d’université pas vraiment charismatique apparaît dans les rêves de millions de personnes à travers le monde. Troisième long-métrage du norvégien Kristoffer Borgli, cette variation du concept de LES GRIFFES DE LA NUIT façon comédie hipster newyorkaise, est à considérer à l’évidence comme une parabole sur la célébrité et la propagation des scandales dans le monde américain actuel.

Et c’est sans doute parce qu’il colle de trop près à cette thématique, alignant les étapes attendues dans le parcours de ce « monsieur tout-le-monde » projeté dans l’inconscient collectif, que le film se vide progressivement de son intérêt et de son charme dans sa deuxième moitié, après une première partie pourtant débordante d’idées, oscillant entre surréalisme et grotesque, provoquant vagues de rires successives dans la salle du Max Linder, sans nuire pour autant à la tenue de l’intrigue et de la tension. Ne soyons pas trop sévère avec DREAM SCENARIO s’il n’arrive pas à garder sa folie jusqu’au bout, car il n’est pas avare de séquences originales et mises en scène avec soin, et offre un rôle mémorable à Nicolas Cage, jouant avec brio de sa persona et de son goût pour les losers, avant de nous cueillir par l’intensité de son regard blessé.

GODZILLA MINUS ONE

Pour celles et ceux qui n’ont pas vraiment été conquis par le Monsterverse de Warner Bros ces dernières années, le PIFFF proposait de découvrir un kaijū eiga directement importé du Japon et produit par les mythiques Tōhō Studios. Comme son titre l’indique, GODZILLA MINUS ONE ressuscite une nouvelle fois le monstre atomique qui a terrifié des générations d’architectes et d’urbanistes japonais, et on constate avec jubilation qu’il suffit de quinze millions de dollars à la Tōhō pour concurrencer les blockbusters américains les plus spectaculaires du moment. Et les cinéphiles lassés par les dernières livraisons d’Hollywood, seraient d’ailleurs inspirés de jeter un œil à ce kaijū eiga en bonne et due forme, puisqu’ils leur proposera des parti-pris dans le ton et le visuel aux antipodes des tendances hollywoodiennes.

Le réalisateur Takashi Yamazaki situe ainsi son intrigue en 1947, dans un Japon encore ravagé et hanté par la seconde guerre mondiale, et choisit pour héros atypique un kamikaze déserteur. Certains regretteront peut-être que le film verse trop dans les enjeux et les valeurs du film de guerre au détriment de sa composante film catastrophe; d’autres y verront même des élans dramatiques grandiloquents et désuets, mais une chose est sûre GODZILLA MINUS ONE ne manque pas de gueule.

THE SACRIFICE GAME

Aficionada du cinéma d’horreur, de LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE à SUSPIRIA en passant par MAIS NE NOUS DELIVREZ PAS DU MAL, l’américaine Jenn Wexler signe avec THE SACRIFICE GAME un hommage à ses références des années soixante-dix, à l’instar de son compatriote Mickey Keating avec lequel elle a justement travaillé au poste de productrice. Au programme, une bande de meurtriers parcourant les routes pour perpétrer leurs actes barbares, jusqu’à atteindre leur point de chute dans une école pour jeunes filles le soir de Noël. Au-delà de cette base de récit à classer dans le home invasion et des éléments de survival horror qui en découle forcement, Wexler remplit son huis clos et réussit à maintenir la tension du récit avec des enjeux fantastiques autour de la sorcellerie et de rites sataniques.

Si la mise en scène et les effets horrifiques manquent trop souvent d’inspiration, on perçoit tout de même une sincérité qui rend le projet éminemment sympathique, sans se priver pour autant de laisser transparaître un fond d’ironie bon enfant. Et on retiendra surtout la prestation de la toute jeune Georgia Acken entremêlant la fragilité et l’angoisse dans la grande lignée des adolescentes versatiles du cinéma d’horreur.

THE LAST STOP IN YUMA COUNTY

Autre hommage aux cinémas des années soixante-dix et provenant également des Etats-Unis, THE LAST STOP IN YUMA COUNTY était présenté lors d’une des « séances parallèles », occasions pour le PIFFF de proposer des films sans argument fantastique mais forts d’histoires et de mises en scène dont se régalent les festivaliers. Le réalisateur Francis Galluppi extrait la quintessence de ses influences, de Sam Peckinpah à Terrence Malick, avec une pointe de Tarantino, pour planter le décor d’une Amérique de truands, de paumés et de gens simples, où l’ouest sauvage n’a jamais été vraiment civilisé.

Une majeure partie du récit se résume à un huis clos dans un diner au milieu du désert, où se croise un représentant de commerce, un duo de braqueurs et un couple de Bonnie and Clyde en herbe, soit un concept de « film cocotte-minute » attisant notre attente de l’explosion de la violence. Un exercice vu maintes fois sur les écrans, mais ici parfaitement maitrisé et photographié, ce qui est d’autant plus admirable au vu des moyens limités de cette petite production indépendante. Au-delà de l’exercice formaliste, THE LAST STOP IN YUMA COUNTY, tire clairement sa réussite de son ironie mordant et de son jeu savoureux sur les clichés.

VERMINES

Le cinéma de genre français était particulièrement bien représenté cette année au PIFFF, puisque les bestioles à huit pattes de VERMINES ont assurément réussi leurs effets sur le public du Max Linder. Le réalisateur Sebastien Vaniček était présent pour présenter son premier long-métrage accompagné de son coscénariste Florent Bernard et de trois de ses comédiens, dont la jeunesse et le talent pèsent autant dans la balance pour la réussite du film, que la myriade d’araignées envahissant progressivement l’écran.

Assumant totalement son concept horrifique savoir avoir besoin d’y superposer une couche réflective, VERMINES est un divertissement des plus réussis proposant un savant dosage d’humour, de frissons et d’action sans temps mort, ni sortie de route prétentieuse ou hors de propos. On rit certes, mais grâce à la qualité des dialogues et de la caractérisation des personnages, et jamais les situations aussi improbables soient-elles ne tournent en dérision le traitement genrifique, merveilleusement servi par le travail de Vaniček sur l’ambiance oppressante et le dynamisme du spectacle. Ancré dans un contexte social et urbain crédible, VERMINES est une preuve de plus, s’il en fallait encore une, que le cinéma de genre français n’a pas besoin d’effacer son décor pour que le fantastique, l’horreur et l’action déploient leur efficacité.

HALFWAY HOME

Le cinéma de genre, ça n’est pas seulement des chocs et des frissons, et le réalisateur hongrois Isti Madarász a choisi d’insuffler du fantastique dans sa comédie romantique HALFWAY HOME. Une histoire d’amour un peu particulier puisqu’elle concerne le veilleur de nuit d’une morgue ayant reçu pour mission divine d’aider les morts remplissant les tiroirs de l’établissement à clore leurs projets inachevés pour atteindre l’au-delà. Avec sa direction artistique soignée et son esthétisation de ce joyeux petit monde de démons, de sorcières et de fantômes attachants, Madarász élabore un conte filmique où les superstitions de son pays se combinent aux turpitudes du monde contemporain.

Paradoxalement son scénario alambiqué et sa mythologie fréquemment enrichie par de nouveaux éléments, empêchent parfois la poésie de s’installer et d’oser des variations de tons plus audacieuses. Mais on apprécie tout de même cette catégorie de films où les repères de l’enfance ne sont jamais bien loin, d’autant plus quand elle sert de soupape de décompression entre deux séances de PIFFF plus sombres et plus éprouvantes.

STOPMOTION

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Ce qu’on aime également dans les festivals comme le PIFFF, c’est découvrir des objets visuels atypiques, d’improbables cauchemars portés sur pellicule, et cette année, le britannique Robert Morgan a frappé fort avec STOPMOTION. Sa protagoniste Ella est la fille d’une grande cinéaste spécialisée dans l’animation image par image. Ella veut se prouver à elle-même qu’elle peut dépasser le rôle d’assistante de sa mère et réaliser son propre film, et ce douloureux processus créatif va rapidement plonger la jeune femme dans une folie, où tout ce qui doit prendre vie dans son œuvre nécessite destruction et autodestruction de ce qui vit dans le monde réel.

On peut classer STOPMOTION dans le genre de body horror, puisqu’il joue sur les déformations et les dégradations de la chair, et travaille plus largement sur les textures perturbantes, reflets de la perception de plus en plus troublée d’Ella. Au-delà des questions relatives à la création artistique et à l’ego de l’artiste, Robert Morgan évoque plus largement la question du contrôle : contrôle de nos actes et des nos œuvres, de nos idées et inspirations, contrôle de nos vies et des espaces que nous croyons sécures et que espérons abriter une réalité immuable. Et pour ébranler plus encore cette réalité, le fantastique sert ici à morceler, à compliquer, à dupliquer les repères, en créant des doubles et des jeux de miroirs dans les relations entre les personnages.

EN BOUCLE

Bulle d’oxygène vivifiante entre deux doses de frissons, le merveilleux EN BOUCLE de Junta Yamaguchi nous apporte ce que le Japon a de plus charmant et de plus poétique. On se retrouve aux côtés du personnel d’un hôtel pittoresque coincé dans une boucle temporelle de deux minutes. Si on pouvait craindre que l’exercice narrative ne devienne assez vite répétitif, et peine à construire un récit avec des séquences aussi courtes, le résultat est inverse puisque l’émotion et la ludicité vont crescendo.

Réussissant à évoquer les émois individuels tout en célébrant l’énergie du collectif, EN BOUCLE, donne parfois l’impression d’un film d’Isao Takahata en live par son décor et le jeu maniéré des comédiens, tout en tenant un principe de réalisation immersive provoquant notre satisfaction par un judicieux équilibre entre ordre et désordre, quiétude et frénésie, joie abrupte et mélancolie douce. Encore un huis clos certes, spatial et temporel, mais tout sauf étouffant surtout pour les nombreux amateurs de culture japonaise à compter parmi les habitués du PIFFF.

LATE NIGHT WITH THE DEVIL

Décidemment les années 2020 régurgitent les années soixante-dix , et cette fois-ci direction l’Australie pour LATE NIGHT WITH THE DEVIL qui travaille sur l’esthétique télévisuelle des seventies, dans un format quelque part entre le documenteur et le found footage. Nous nous retrouvons ainsi devant les images d’un late show américain, entrecoupés de séquences en coulisses tournées durant les coupures publicitaires; un show supposé divertissant qui au nom de la course de l’audimat va progressivement virer au cauchemar.

Certes le found footage est un genre éculé et l’argument de la progression démoniaque inscrivant le film dans l’horreur et le fantastique n’est pas non plus de première fraîcheur, mais les frères Cameron et Collin Cairnes tirent pleinement partie de la temporalité et du cadre de leur récit. Les codes de la télévision faits de faux semblants et de vérités déformées permettent au duo de réalisateurs d’entremêler l’artificialité du média à celle de la fiction cinématographique et de ses simulacres de réalité. Un jeu maitrisé des formes et des images qui leur permet de faire cohabiter avec audace, des rires crispés, un malaise permanent, des variations de tension et des effets horrifiques volontairement kitschs car ancré dans une époque et le sensationnalisme foireux d’une émission de télé.

VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT

Lors de la cérémonie de clôture, c’est un film canadien qui a remporté le prix du jury Ciné+ Frisson et L’Œil d’Or attribué par le public. VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT est le premier long-métrage de la réalisatrice et scénariste québécoise Ariane Louis-Seize, qui propose ici un coming-to-age movie dont la protagoniste est une jeune buveuse de sang rechignant à tuer les humains pour se nourrir, et interprétée par la touchante Sara Montpetit dont les sourcils expressifs mériteraient un article à eux seuls.

Avec son rythme lent, calé sur le pouls de l’animal nocturne qu’est cette jeune vampiresse, le film de Louis-Seize nous fait stagner dans cette période de la vie à l’orée de l’âge adulte où les questions entassées depuis l’adolescence peinent encore à trouver des réponses claires et satisfaisantes. Difficulté à couper le cordon avec les parents, tiraillement entre la peur du rejet et celle de l’attachement, et bien sûr entrée maladroite dans la sexualité, la quête d’un cou à mordre draine les thématiques de ce récit d’apprentissage, aux faux airs de comédie indépendante américaine. Si certaines séquences semblent mener nulle part et si la lenteur et l’errance des personnages flirte parfois dangereusement avec le délitement du récit, cette balade entre crépuscule et aurore parvient au final à nous faire partager sa sensibilité de vampire mélancolique et empathique, sa bonne volonté de pessimiste qui se soigne.

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