Le long métrage de , , est en Compétition au Festival du Film Francophone d’Angoulême.

LOLA VERS LA MER, le deuxième long métrage de Laurent Micheli est une première en France et en Belgique : le rôle principal de Lola est en effet interprété par une jeune femme transgenre (, une vraie révélation dans son premier rôle au cinéma). Pour des raisons autant intimes qu’engagées, le réalisateur, qu’on a rencontré aux côtés de son actrice, dit avoir eu « envie d’utiliser le média du cinéma pour raconter avec le plus d’universalité possible et à travers le prisme d’un rapport père-enfant, des histoires à propos de ce qui l’habite au quotidien : les questions LGBT et les droits des personnes dites en marge de la société ».

Le réalisateur a éprouvé la « nécessité absolue de travailler avec une personne trans sur ce rôle car il est temps que les personnes issues d’une minorité se réapproprient leur histoire et qu’on ne la porte pas d’une façon parfois un peu voyeuriste ou maladroite ».

Photo du film LOLA VERS LA MER

Les retrouvailles de Lola et de son père se font à l’occasion des obsèques de la maman de Lola. Ces deux-là ne se sont pas vus depuis des mois, ils sont comme deux fauves en cage, agressifs l’un envers l’autre, ayant perdu depuis longtemps leur canal de communication. Alors même que la tristesse et le deuil qu’ils partagent devraient les rapprocher et leur permettre de pleurer ensemble la perte de cette femme. On devine un lourd passif entre les deux, entre Lola que son père s’obstine à appeler par son prénom de garçon, Lionel. Non seulement il n’accepte pas la transition, mais il ne la comprend pas.

compose un personnage subtil dont la virilité semble mise à mal par la présence de Lola. Il n’éprouve pas de regret d’avoir jeté son enfant à la rue, l’accusant même d’être à l’origine des problèmes de santé de sa femme. En choisissant Benoît Magimel, Le réalisateur avait « envie de toucher un public très large avec ce sujet un peu pointu car Benoît est très populaire et transporte à la fois une forme de testostérone et une grande sensibilité ».

Lola vers la Mer se révèle un beau film, à la hauteur de son sujet et plein d’espoir sur la transformation du regard d’un père sur son enfant, qui devient un adulte libre de ses choix.

LOLA VERS LA MER est un film touchant sur le premier pas que chacun d’entre eux va devoir faire pour renouer le dialogue, regagner le respect mutuel et poursuivre son chemin, grâce à cette femme qui parvient à les réunir, au-delà de sa mort. Car c’est à l’occasion du voyage pour déposer les cendres de l’urne mortuaire près de la maison en bord de mer qu’affectionnait la mère, que les deux vont devoir cohabiter dans la voiture. Mais pas au même niveau. Comme une métaphore de la honte qu’éprouve le père envers Lola, celle-ci est reléguée à l’arrière, cachée.

Son père l’observe à la dérobée, découvre ses nouvelles formes et sa féminité. Il la juge, la critique. Mais Lola ne se laisse pas faire, elle se moque, le provoque. Ils se tournent autour, se cherchent, règlent et soldent leurs comptes. Ils en viendront aux mains. Mais ils rencontreront aussi sur leur chemin de belles personnes qui les aideront à aplanir ces conflits qui semblent irréconciliables. Et bientôt, Lola réintégrera la place du passager dans la voiture, à hauteur de la considération de son père.

 

LOLA VERS LA MER montre très bien ce que la haine et l’ignorance provoquent, même au sein du cercle familial. Le film saisit la complexité des parents à accepter une telle situation, même s’ils ont été peinés par la souffrance de leur enfant. Ils s’interrogent, essayent de trouver leur part de responsabilité, et bousculent leurs convictions. Car on sait bien que la dysphorie de genre, cette détresse ressentie en raison de l’inéquation avec le sexe assigné, est présente dès la prime enfance, comme le confirment d’ailleurs plusieurs flash-back, délicatement proposés tout le long du film. Sur un sujet ô combien délicat, le réalisateur s’est accompagné de personnes concernées dans l’écriture du film avec “la volonté, sans pour autant être didactique, de relever le défi de ne pas trahir cette communauté, d’en parler de la façon la plus juste et précise possible, tout en veillant à conserver sa liberté de créateur”. Pour Mya Bollaers, qui dit avoir vécu des choses similaires à Lola, il s’agissait également de “ne pas décevoir la communauté”.

Laurent Micheli réussit à ne porter aucun jugement sur ses deux héros. Il relate, constate et met tellement bien en avant le point de vue de chacun qu’il parvient à créer une double empathie de la part du spectateur. Une empathie qui alterne, sans choisir aucun camp, tantôt aux côtés de Lola, tantôt à ceux du père. Si les propos de ce dernier heurtent, ceux de Lola ne sont pas en reste. Car Lola va subir une opération lourde pour aller au bout de sa transition. Sa détermination force l’admiration et souligne la maturité et la force de caractère dont elle fait preuve, et que son père est loin d’avoir lui-même atteint. Malgré certains effets de mise en scène prévisibles, LOLA VERS LA MER se révèle donc un beau film à la hauteur de son sujet et plein d’espoir sur la transformation du regard d’un père sur son enfant, qui devient un adulte libre de ses choix.

Sylvie-Noëlle 

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LOLA VERS LA MER : un pas vers l'autre - Critique
Titre original : Lola vers la mer
Réalisation : Laurent Micheli
Scénario : Laurent Micheli, Marion Doussot, Agnès Feuvre
Acteurs principaux : Benoit Magimel,Mya Bollaers,
Date de sortie : pas de date prévue
Durée : 1h28min
3.5Touchant
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