Après son charmant Bébé mode d’emploi, Greg Berlanti se prête au jeu de l’adaptation avec une tendresse toute bienvenue. Énième adaptation d’un roman de teen lit à succès, Love, Simon s’impose pourtant comme un divertissement profondément bienveillant, emplissant ce début d’été d’une lumière courageuse.

Le matériau de base, lisse mais émouvant, est une source idéale pour apporter un éclairage humaniste sur la cause LGBT+ à l’écran, d’habitude monopole quasiment béatifié du cinéma d’auteur. Force est de constater que les moteurs de recherches ne sont pas riches en œuvres grand public lorsque l’on tape « romance homosexuelle », les nombreux résultats regorgent avant tout d’œuvres festivalières et autres manifestes peu connus. Si peut-être la finesse et la psychologie insufflées par des cinéastes moins mainstream manquent à ce récit, il n’en demeure pas moins très intéressant. En effet, que l’évènement soit créé autour d’un jeune gay est -malheureusement- suffisamment rare pour être souligné. Le choix d’une vision adolescente, candide et surtout dédramatisée lui promet un bel avenir s’il reçoit l’attention méritée.

Le coup de génie du film, c’est sa banalité, la transcendance par le dogme. Juste une autre histoire d’amour. Tout est mis en place pour que le spectateur au bout d’un quart d’heure oublie que ce à quoi il assiste n’est pas une autre relation hétérosexuelle. Il s’agit bel et bien d’homosexualité, mais traitée comme n’importe quelle comédie romantique, tout -du sourire gêné au premier baiser- connaît un traitement des plus classiques. Et à raison, pourquoi ne serait-ce pas le cas ? Qu’il s’agisse de deux hommes amène bien entendu quelques péripéties, mais qui scénaristiquement ne diffèrent pas d’un secret de famille ou d’une maladie comme ressort tragique. L’homophobie trouve évidemment sa place dans quelques scènes mais sous une forme usuelle de représentation des bullies, ils se moquent de Simon comme d’autres rient de la nerd du lycée. Et c’est terriblement rafraîchissant, puisqu’il serait d’ailleurs bien difficile pour les détracteurs du sujet de trouver quelque approche fondée à des critiques infamantes. Cette normalité totale, cette linéarité de la trame principale sont en réalité les plus cadeaux qui étaient à espérer, quitte à être parfois… trop banal. Mais au sortir de la salle entendre beaucoup de « Ce mec, c’était moi il y a trois ans », il faut s’incliner devant une sensibilité qui s’universalise pour le meilleur.De plus, la justesse dont il s’arme lui permet d’aborder des thèmes plus profonds que ce que le genre permet en général, et ce même sans qu’il soit question de deux garçons. Le champ psychologique couvert dépasse l’orientation sexuelle pour aller explorer la révélation individuelle notamment. Tout un aspect se concentre sur la dépossession de soi-même, sur l’image de soi renvoyée mais qui fatalement échappe au contrôle personnel ; son fantasme est d’ailleurs brutalement brisé par une réalité volontaire qui l’enferme de nouveau. Simon Spier, celui qui voit et qui entend, en est autant victime qu’il est bourreau, il s’immisce dans la vie de son entourage avec des intentions parfois douteuses mais toujours naïves. Son personnage permet de traiter également la projection sur l’autre, la dimension proche de l’enquête pour découvrir qui se cache derrière le mystérieux correspondant permet de soulever le rôle des technologies dans le couple, mais aussi le fait d’aimer une âme avant le reste. Toutes ces belles motivations sont servies par toute une distribution sincère, et essentiellement Nick Robinson qui ne se contente enfin plus d’une moue boudeuse : qu’il soit affublé d’acné ou qu’il fonde en larmes, il est un adolescent convaincant auquel il est facile de s’identifier, ni trop populaire ni trop marginal, vraiment humain. La mécanique entraînante fonctionne bien, de petites idées -certes du fait de l’ouvrage plutôt que du scénario- tels que les coming-out inversés ou les Oréos font fuir l’ennui.

Mais si l’on omet cet aspect lumineux, la mise sur le devant de la scène des amoureux non hétéro-normatifs, il reste cependant peu à offrir créativement. Ainsi il est à nuancer puisqu’il n’échappe pas à une prévisibilité de l’intrigue regrettable, bien que les seconds rôles soient relativement inattendus, rien d’un point de vue de l’action ne brise les codes. Si les scènes de peine sont bien amenées, il y a un réel souci d’équilibre des séquences, un rythme qui ne gère pas toujours efficacement les questions sous-tendues. La caméra quant à elle a beau soutenir l’espoir, les efforts sont réduits au strict minimum. Encore une fois, la forme ne sublime pas le fond.

Le coup de génie du film, c’est sa banalité, la transcendance par le dogme. Juste une autre histoire d’amour.

Malgré tout il mérite de sortir du lot, d’autant qu’il souffre en France du syndrome de décalage de sortie par rapport aux États-Unis et donc de disponibilité en ligne, son avenir en salles chez nous est inquiétant. Cependant, s’il ne fallait retenir qu’une seule rom-com adolescente de ces trois dernières années, ce serait probablement celle-ci. L’optimisme qui s’en dégage est revigorant, la cristallisation queer n’est ici pas militante mais jouit simplement de la beauté d’un premier émoi. Malgré un manque d’originalité artistique c’est donc un visionnage bienheureux qui normalise ce qui devrait déjà l’être complètement. Elle mérite en somme d’être regardée pour son fond, à la fois ordinaire et extraordinaire, « eternal sunshine of the spotless mind »…

Manon

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LOVE SIMON, belle histoire à la soif d'idéal - Critique
Titre original : Love, Siimon
Réalisation : Greg Berlanti
Scénario : Isaac Aptaker, Elizabeth Berger
Acteurs principaux : Nick Robinson, Katherine Langford, Josh Duhamel, Jennifer Garner
Date de sortie : 27 juin 2018
Durée : 1h49min
3.5Attachant
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LOVE SIMON, belle histoire à la soif d’idéal – Critique

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