Pour son dernier film, RÊVES DE JEUNESSE, offre une photographie à la fois réaliste et subtile de la jeunesse et de la société françaises.

RÊVES DE JEUNESSE provoque le même effet qu’une pierre parfaitement lancée sur la surface d’un lac: chaque personnage que rencontre l’héroïne Salomé/ (Baden Baden) permet d’aborder un thème de la société française d’aujourd’hui qui, par ricochet, amène à une autre rencontre et ouvre sur un autre thème, encore et encore. Et tout comme cette science physique du lancer, le film que le réalisateur Alain Raoust a co-écrit avec Cécile Vargaftig (co-scénariste de Tout ce qu’il me reste de la révolution), commence doucement, l’air de rien, et opère une montée en puissance assez surprenante.

Photo du film RÊVES DE JEUNESSE

Mais pour bien tout capter, il faut impérativement que le spectateur soit aussi patient qu’attentif, tant les références sont subtiles ou hors champs, voire parfois très brèves à l’écran. On pense notamment aux allusions faites au sort des réfugiés, à l’omniprésence des réseaux sociaux ou encore au combat féministe à propos de la libération de la pilosité féminine.

RÊVES DE JEUNESSE, c’est avant tout un film qui, subtilement, dénonce et alerte. Il met en opposition des époques sans pour autant être nostalgique mais montre que l’évolution des modes de vie ne va pas toujours dans le bon sens, trop souvent au détriment de l’humain. Le film confronte également des personnages différents dans leurs idées et leur façon de vivre mais sans jamais les juger.

RÊVES DE JEUNESSE est un film clairvoyant sur le deuil des illusions et d’une vie rêvée, qui délivre des messages politiques forts et encourage la jeunesse à reprendre le flambeau.

Ainsi, Salomé, dont on comprend qu’elle a été une jeune rebelle aux côtés de Mathias, qu’elle a aimé autrefois, est comme absente à elle-même. Mais son retour dans le village qu’elle a quitté dix ans plus tôt va tout changer et lui redonner goût et sens à la vie. Elle travaille durant ce mois d’août comme remplaçante dans une déchetterie, au milieu de nulle part. Se retrouvant sans logement, elle squatte un vieux van empli de vieux bouquins et vinyles qu’elle écoute sur une platine. Elle trouve aussi des vieilles cassettes enregistrées par Mathias et roule avec un vieux solex.

Tour à tour, Salomé fait la connaissance de personnages qui la bousculent et la font progresser sur son chemin et surtout renouer avec ses rêves restés en suspens. Il y a d’abord Jessica (, véritable révélation du film), jeune femme désinhibée et brut de décoffrage qui se retrouve paumée dans ce no mans’ land alors qu’elle participe à un jeu télévisé. Les coscénaristes dénoncent ici l’immédiateté de la société et l’absurdité du rêve de devenir célèbre à tout prix et à tout buzz. Les échanges entre Jessica et Salomé valent leur pesant d’or, mais après tout, rien de plus normal dans cette déchetterie devenue leur royaume.Les retrouvailles avec Clément (), le frère du fameux Mathias, donnent également lieu à de nombreux échanges politiques sur le rôle et l’action des Zadistes, mettant en avant les dérapages de la police. Car RÊVES DE JEUNESSE critique précisément l’état de ce monde que les adultes, qui votent mal ou ne votent plus, laissent en héritage à cette jeunesse. Un monde qu’ils n’ont pas été capables de sauvegarder et qu’il faudrait détruire pour le reconstruire différemment. Le film offre d’ailleurs une jolie métaphore aux promesses non tenues par ces adultes si décevants, sur lesquels la jeunesse ne semble plus pouvoir compter. À l’image de cette femme (Aude Briant) qui vient chercher Salomé à la gare et que, malgré son assurance d’être joignable H24 et ses leçons à deux balles sur les jeunes, on ne reverra plus.

La rencontre avec un homme (Jacques Bonnafé) au bout du rouleau après avoir été viré de sa boite, ouvre enfin le film sur un débat social. RÊVES DE JEUNESSE interroge alors sur ce qu’est devenu le rapport de l’homme à son travail, qui subit les dégâts des fermetures d’usine et doit accepter d’être jetable et facilement remplaçable. La bande-son du film, superbe, donne aussi lieu à de jolis moments de danse et de joie des personnages qui, le temps de joindre leurs solitudes, oublient le vide de leur existence. Pourtant, loin d’avoir une vision pessimiste du genre tout fout le camp, RÊVES DE JEUNESSE est un film clairvoyant sur le deuil des illusions et d’une vie rêvée, qui délivre des messages politiques forts et encourage la jeunesse à reprendre le flambeau, à se saisir de ses propres rêves et à changer le monde.

Sylvie-Noëlle

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RÊVES DE JEUNESSE, ils voulaient changer le monde - Critique
Titre original : Rêves de jeunesse
Réalisation : Alain Raoust
Scénario : Alain Raoust, Cécile Vargaftig
Acteurs principaux : Salomé Richard, Yoann Zimmer, Estelle Meyer,
Date de sortie : 24 juillet
Durée : 1h32min
3.5Note finale
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