Encore un Spider-Man ?! Oubliez les Amazing/Homecoming, cette aventure animée synthétise le meilleur du « Spider-verse » et ouvre de nouveaux champs narratifs. Pour mieux décupler le plaisir des pirouettes virtuoses de l’homme-araignée, désormais pluriel grâce à la « théorie des cordes » et le principe quantique des multivers. Et façonner l’écrin mirifique du film d’animation le plus vertigineux de l’année !

7ème opus depuis l’excellente relance par Sam Raimi en 2002, ce nouvel épisode sait à quel spectateur il s’adresse. D’emblée, il s’économise de retracer l’origine du héros, rappelée en accélérée, pour expédier la chose.

Après cela : exit Peter Parker #1. Il laisse place à Miles Morales, un jeune ado de Brooklyn afro-hispanico-américain tiraillé entre la loi de la rue et un établissement huppé, pris entre un père policier et un oncle graffeur. Successeur de Parker, il sera, comme lui, mordu par une araignée (numérique, électrique, atomique) et remplacera le héros, alors tombé sous les coups du grand méchant du film, l’iconique Caïd.

Des « Spider- » d’univers parallèles, variations plus ou moins loufoques du modèle de base, vont être projetés dans l’originel. S’engage alors une fable d’apprentissage, aux ressorts attendus, qui n’a de bien que d’instruire les néophytes. Mais le récit réussit, avec une certaine dextérité narrative, l’équilibre entre l’initiation aux novices et les détournements-clins d’œil aux affranchis.Photo du film SPIDER-MAN : NEW GENERATIONCe qui devrait satisfaire tout le monde, en revanche, c’est la façon dont se décuple l’univers du film. Le plaisir accru provient moins de voir son icône-doudou sous diverses apparences (même si les Spider-man noir&blanc, Spider-cochon et Spider-man 2099 sont d’excellents comics reliefs). Mais plutôt des jeux de miroitement et d’atomisation bouillonnante, accélérateurs d’apparence infinie des envolées virtuoses de l’homme-araignée.

Cela se traduit autant par la multiplication généreuse des personnages et de leurs acrobaties que par une ébullition des traits, des styles, des chromatismes et des effets. Battant au rythme d’un train volant agile et protéiforme. Allant du cell-shading à la lithographie de bande-dessinée (façon Roy Liechtenstein) en passant par le numérique le plus élastique. Cette puissance graphique, entre la pop et la street culture, le tag et le hip-hop, donne à sentir de la BD diluée dans les formes du cinéma. On n’a pas vu la scénographie d’une page de comics / BD / manga aussi bien retransmise dans l’énergie d’un film depuis le Hulk d’Ang Lee et le Tintin de Spielberg.
Photo du film SPIDER-MAN : NEW GENERATIONCes variations formelles pourraient paraître n’être que des effets de séduction plastique. Mais ils cataloguent, à tombeau ouvert, les diverses empreintes graphiques dans lesquels la légende de Spider-man s’est imprimée. Cette manière d’honorer en détournant ou en glorifiant les incarnations d’un mythe est chère aux véritables auteurs du film : Phil Lord et Christopher Miller (scénariste et coproducteurs ici).

Garants de la licence Lego Movie (La Grande Aventure, Batman et Ninjago) et producteurs exécutifs – après s’être fait virer de la réalisation de Solo : A Star Wars Story – Lord & Miller occupent une place singulière dans l’industrie hollywoodienne actuelle et ses nouveaux canons narratifs. A l’image de la postlogie Star Wars, et notamment du Dernier Jedi, les productions du duo, New Generation inclus, visent à séculariser les mythes par la démocratisation des pouvoirs. À plusieurs reprises, Miles témoigne à ce propos que « nous pouvons tous être Spider-man.« Photo du film SPIDER-MAN : NEW GENERATIONEn optant pour une dispersion des puissances auprès du plus grand nombre, c’est l’autorité et les responsabilités qui sont partagées. Selon l’antienne « Un grand pouvoir implique de grande responsabilité » ; désormais on peut dire que « de grands pouvoirs communs implique une responsabilité réciproque« . Le film, comme Ready Player One, mettant en garde sur un dérivé dangereux d’une certaine pop culture douillette qui désengage ses spectateurs du réel. Toutes basses ouvertes, dans un vrombissement rythmé, se tresse là paradoxalement une odyssée pour marier sainement fantasmes culturels et réalité du monde. Croyez-en vos rêves, amarrés au réel.

Dans cette fraternité des pouvois, souffle un vrai élan démocratique, pris en charge par la grande geste hollywoodienne. À l’exception du canonique Marvel Cinematic Universe, profondément ringard dans sa croyance très « vieux-monde » en la mythologie des êtres providentiels. Voilà là une ode électrique à la nouvelle génération progressiste, soucieuse de multiculturalisme, d’expression de soi sans égotisme, de maillages culturels et de vivre-ensemble. Par-delà les âges, les genres… Et les dimensions.

Flavien Poncet

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SPIDER-MAN : NEW GENERATION, shebam ! pow ! blop ! wizz ! - Critique
Réalisation : Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman
Scénario : Phil Lord, Rodney Rothman
Acteurs principaux (voix off) : Shameik Moore, Mahershala Ali, Nicolas Cage
Date de sortie :
Durée : 1h57min
3.5Note finale
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