Avec tendresse et douceur, le réalisateur de Juno évoque l’épuisement parental dans ce nouveau film sensible et doux, porté par une Charlize Theron grimée en mère de trois enfants.

C’est son thème de prédilection. Le réalisateur Jason Reitman va encore plus loin dans les tréfonds de la parentalité pour son huitième film. TULLY arrive notamment après le souriant Juno puis le trop sage The Young Adult, et a déjà fait sensation partout où il est passé, notamment durant le très ensoleillé Sundance. Le réalisateur a lui-même expliqué que les trois films formaient une série sur le fait de grandir. De vieillir. Avec, toujours, ce combo adulte/enfant/parent.

Et dans ses petits papiers, Charlize Theron encore. Celle que l’on connait dans les rôles glamour ou les sorties chic joue de son corps comme les américains adorent, à croire que maigrir, grossir, ou devenir moche vous assure les louanges de la critique. L’actrice de Mad Max Fury Road devient une Bridget Jones en mode maman qui a perdu toute sa gaité. Il y a donc le pilou-pilou et les grosses chaussettes, un classique !, mais les couches et les cernes ont remplacé les gaffes WTF qui ont fait la renommée de la célibataire anglaise. La comparaison s’arrête là. Pas de Brigdet Jones 4. Mais un TULLY où l’on se laisse câliner par une véritable sensibilité, par un courant d’air mélancolique qui s’engouffre  dans l’un des sujets tabous de la société, le baby blues.

Photo du film TULLYCar, il parait qu’être mère, c’est forcément un bonheur, forcément une chance, forcément épanouissant, forcément un remède à toute forme de dépression ou de douleur morale…Jason Reitman s’inscrit en porte-à-faux et pose un regard tendre sur ces mères épuisées qui mettent malgré tout et jusqu’au bout, leurs propres angoisses en second plan pour aspirer celles de leur famille, au nom de la stabilité de celle-ci.

Fatiguée, porteuse d’une charge émotionnelle devenue épuisante, notre héroïne est à son troisième accouchement. Les biberons à 3h du matin deviennent insurmontables, elle décide d’engager une nounou de nuit. Tully, justement. Une jeune femme libre et trop parfaite qui s’occupe de bébé en pleine nuit, réveille maman juste au moment de la tétée. Un confort au quotidien, un soutien moral ? La jeune Tully de 20 ans sera surtout le contraste avec la mère de 40, l’oeil de celle-ci sur la jeunesse envolée, sur les rêves devenus lointains et les changements qui deviennent de plus en plus flagrants à mesure que les années passent. Le corps, l’esprit, le quotidien… où sont les ambitions de notre jeunesse ? Quelles conclusions après un mariage, un boulot et trois gosses ?

S’il est impossible d’en dire plus au risque de rompre le charme qui se dégage de la relation mère/nounou dont on se doit de ne la découvrir qu’en salles, on ne peut s’empêcher d’évoquer un dénouement synonyme d’apothéose pour le baby blues. Baby blues qui ose pénétrer l’idée même de la conception familiale, pose une réflexion sur la relation couple-parents, et plus encore sur le rôle des pères.

Photo du film TULLY

Reitman aborde tout cela avec gentillesse et grâce, mais aurait pu, c’est vrai, pimenter son film.  Pas de quoi être transcendé, c’est certain. Les lentes 96 minutes manquent de sourires peut-être,  ça change de l’insouciance sucrée-salée de Juno. Bien sûr, il a de temps à autre de la surprise en mode ‘échappatoires’. Et heureusement, il y a la douceur du film qui envoie ses faiblesses aux orties. Douceur qui retranscrit essentiellement, et sans déplaisir, ces moments privilégiés que seuls une maman et son enfant partagent. Le public la raccroche à son vécu, ce sent ému ou bercé. Une saveur coton, un cocon goût caresses et cet amour maternel forcément absolu renforcent l’intérêt du film à chaque fois qu’ils confrontent ou cohabitent avec les failles de la mère.

Dans ce portrait de femme atteinte de Baby Blues, Reitman touche juste. C’est bien cela qu’il faut retenir. Tout comme son actrice frappe juste elle aussi. Film dont la qualité repose sur l’interprétation de son actrice-vedette, TULLY offre à Charlize Theron l’un de ses plus beaux et plus émouvants rôles de ces dernières années, indéniablement. De sa composition en pointillé, l’actrice rend cette oeuvre sensible et fine. Elle fait de TULLY, un joli film sur les mamans qui parfois ont quand même besoin, elles aussi, d’un gros câlin avant de s’endormir…

Yohann Sed

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TULLY, le baby blues de Charlize Theron - Critique
Titre original : Tully
Réalisation : Jason Reitman
Scénario : Diablo Cody
Acteurs principaux : Charlize Theron, Mackenzie Davisy
Date de sortie : 27 juin 2018
Durée : 1h36min
3.5Affectueux
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