UNE PRIÈRE AVANT L’AUBE relate l’histoire vraie de Billy Moore, jeune boxeur anglais, arrêté à Bangkok pour trafic de drogue et incarcéré dans une prison Thaïlandaise. Plongé dans un atroce cauchemar, le jeune homme va devoir lutter pour rester en vie. Entre les gangs, la violence et la drogue, les tournois de Muay-Thaï sont l’opportunité de s’élever dans sa condition de détenu et peut être se sauver.

Le long-métrage de Jean-Stéphane Sauvaire se positionne dans la lignée des films de prison, véritable genre à part entière, il suit une construction dramatique assez classique. La confrontation au milieu carcéral hostile suivie par l’intégration qui passe par l’humiliation et la soumission, arrive ensuite une phase d’acclimatation marquée par une série d’épreuves, puis c’est au tour de l’ascension qui doit déboucher sur une probable émancipation. Si le film ne se démarque pas par son scénario, il brille davantage par l’originalité de son traitement et de sa mise en scène. Situé quelque part entre Midnight Express et Un prophète, UNE PRIÈRE AVANT L’AUBE parvient heureusement à faire oublier ses prédécesseurs.

En optant pour un point de vue subjectif, voire immersif, le réalisateur fait le choix d’une mise en scène très sensorielle. La bande son, remarquablement travaillée, apporte une dimension psychotique qui, alliée à un montage percutant et explosif, participe à l’élaboration d’un trip sensitif ultra-violent. Une esthétique qui n’est pas sans rappeler la trilogie des Pusher de Nicolas Winding Refn, une référence au réalisateur Danois que le français pousse jusque dans le choix de l’acteur thaïlandais, Vithaya Pansringarm, aperçu dans Only God Forgives. Et même si elle n’est pas le cœur du film, centré davantage sur le parcours initiatique du héro, la structure sociale de la prison fascine le réalisateur qui recrée un paysage carcéral aussi réaliste qu’anxiogène. La cellule des samouraïs avec leurs codes et leurs rituels, le gymnase des boxeurs thaï devenus des prisonniers privilégiés ou encore les ladyboys, détenus transgenres, qui jouent un rôle essentiel dans la vie sexuelle de la micro-société.Photo du film UNE PRIÈRE AVANT L’AUBEFilmer les corps, voici la réelle ambition de Jean-Stéphane Sauvaire. La photo du film est très organique, les personnages se racontent à travers leurs peaux marquées, leurs cicatrices et leurs tatouages. Le corps se mue en uniforme, parfois en armure, unique instrument pour interagir avec les autres. Billy ne parle pas la langue, c’est alors un langage corporel qui s’installe. Ce rapport immédiat et physique impose une attitude bestiale. Le verbe est remplacé par une violence primitive, animale.

Dès lors soumis à rude épreuve, le corps devient la seule arme pour survivre. Tout passe à travers lui, l’intégration, les rituels, l’humiliation, l’expiation et l’émancipation. Ce qui se joue à l’intérieur de cette iconographie charnelle c’est le rapport de force entre la masse et l’individu. Marquées par une grande promiscuité, les prisons thaïlandaises sont surpeuplées, les cadres sont constamment saturés de corps qui s’entassent, s’entrechoquent et se malmènent. Billy doit lutter pour ne pas se faire submerger par la masse informe. Survivre à la prison c’est préserver son individualité face à la foule qui absorbe toute humanité.Photo du film UNE PRIÈRE AVANT L’AUBEL’immersion dans l’univers carcéral est rude, le réalisateur nous attrape sans ménagement par le col et nous plonge au beau milieu de cet enfer de chair et d’acier. On peut sentir la moiteur des geôles thaïlandaises, toucher la crasse des cachots corrodés par l’amertume de la sueur des corps entassés.

Les combats de boxe se caractérisent formellement par une caméra prise dans un mouvement tonitruant, les corps qui se frappent, s’emmêlent et se confondent dans une énergie dévastatrice. Progressivement les plans glissent vers une forme d’abstraction, la vitesse exalte les corps libres qui s’évaporent dans le mouvement.

Aurélien Milhaud

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UNE PRIÈRE AVANT L'AUBE, un trip sensoriel percutant - Critique
Titre original : A Prayer Before Dawn
Réalisation : Jean-Stéphane Sauvaire
Scénario : Jonathan Hirschbein, Nick Saltrese
Acteurs principaux : Joe Cole, Vithaya Pansringarm
Date de sortie : 20 juin 2018
Durée : 2h02min
3.5intéressant
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UNE PRIÈRE AVANT L’AUBE, un trip sensoriel percutant – Critique

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