Le festival Lumière, c’est l’occasion de voir, en une journée, des films très différents. Parfois, il arrive que des œuvres se répondent.
Dimanche, Michael Mann et Guillermo Del Toro ont dialogué au festival Lumière. Ensemble, pendant près d’une heure, ils ont bâti un pont entre deux univers. Je n’y étais pas, mais ce lundi, mes séances ont dialogué aussi (et j’ai aperçu Del Toro au Pathé Bellecour en attendant une séance).
Tous les films sont liés
On pourrait croire que les films s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Pourtant, à y regarder plus près, on constate que des thèmes importants traversent la programmation. Lundi 16 octobre, pour mon troisième jour de festival, la question de la domination et des rapports de force était centrale.

Le film, malin, drôle, percutant et diablement beau aborde de nombreux sujets, comme la famille, la mort, l’amour. Il parle aussi d’animalité, de bestialité, en montrant la cohabitation difficile entre carnivores et herbivores sur cette arche de Noé nouvelle génération, forcé de se contenter de patates. On en arrive alors à questionner l’ordre naturel des choses, la chaîne alimentaire, les « forts », les « faibles » et tout ces trucs là, le tout sur fond de manipulation par une tortue et de message important sur le vivre-ensemble.
A peine le temps d’engloutir un sandwich, il était temps de partir pour le Pathé Bellecour et la suite de ma journée. Pour commencer : du Henry-Georges Clouzot. Le réalisateur est à l’honneur dans le cadre d’une rétrospective.


Dans une petite ville d’Amérique latine, un groupe d’Européens s’ennuie dans la misère, sans grand espoir de s’échapper de Las Piedras. Un jour, un incendie ravage un puits de pétrole, seule source de richesse dans le coin. Il est alors décidé d’organiser un convoi pour acheminer plusieurs centaines de kilo de nitroglycérine, afin que l’explosion éteigne le brasier. Quatre chauffeurs sont recrutés pour ce qui ressemble fort à une mission suicide. En gros.
On passera rapidement sur le fait que deux des personnages principaux s’appellent Mario et Luigi pour dire à quel point Clouzot maîtrise son noir et blanc, ultra contrasté, avec un jeu incroyable sur les textures. Il maîtrise également le temps et prend une bonne heure sur le début du film pour poser ses enjeux et ses protagonistes avant la tension insoutenable de la deuxième partie. Au centre, des jeux de domination, racontés à travers des plongés/contre-plongés et des gros plans précis. On voit notamment basculer le rapport de force entre Mario (Yves Montand) et Jo (Charles Vanel) au fur et à mesure que le premier passe de gentil oisif enamouré à mâle alpha viril en diable pendant que le second passe de mafioso flamboyant en vacances à « lavette » lâche et peureuse.
Puis il était temps de changer d’ambiance. Après la chaleur étouffante de Las Piedras, place à la neige de Laponie dans un de ces « trésors de cinémathèque » que Lumière s’attache à défendre chaque année. Avec une certaine réussite puisque la salle était pleine.

Alors, comme le suggère Erik Blomberg dans sa fable fauchée, filmée dans des décors somptueux recouverts de neige, entre documentaire anthropologique et proposition onirique on peut surtout voir dans Le Renne Blanc une métaphore du désir féminin et de la perception, au sein d’une société patriarcale, de la libération sexuelle. Ça ne se termine pas bien.
Pour conclure ma journée : Viridiana, de Luis Bunuel, programmé dans le cadre de la carte blanche à Guillermo Del Toro.

Il y aurait bien d’autres choses à dire sur ces quatre films. Tous explorent de nombreux thèmes, différents les uns des autres avec des techniques qui leur sont propres, mais force est de reconnaître qu’à multiplier les visionnages on se surprend à tisser une toile entre les œuvres. A tel point qu’on aboutirait presque à la même conclusion que Karim Debbache dans Chroma : « Tous les films sont liés. »
Etienne
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