En 2014 son deuxième long-métrage Hard Day était un film parmi d’autres au sein de la programmation du 9e Festival du film coréen à Paris. Deux ans plus tard, Kim Seong-hun faisait l’ouverture du festival avec Tunnel, un film catastrophe à la fois drôle et tragique. Un mélange des genres, qui fait le style du réalisateur, lui-même plein d’humour tandis que nous le rencontrions pour l’occasion, mais pas dénué d’un regard précieux sur la société coréenne et le monde.

Notre critique de Tunnel

 

image de KIM SEONG-HUN

© Pierre Siclier / Le Blog Du Cinéma

En France on vous a connu avec votre deuxième film Hard Day et on vous y associe forcément désormais. Quel a été l’impact de ce film pour vous en Corée et pour la production de Tunnel ?

Je pense qu’en Corée la réaction a été similaire. Hard Day a bien marché et le public a dû venir voir Tunnel grâce à cela (Tunnel a eu deux fois plus de succès qu’Hard Day avec sept millions de spectateurs en Corée). En termes de production, ça a été plus rapide pour obtenir des investissements. Mais en termes de pression je n’en ai pas eu davantage.

 

Dans Hard Day vous aviez un regard critique sur la police corrompue. Et c’est quelque chose qu’on retrouve souvent dans le cinéma coréen de différentes manières. Comment l’expliquez-vous ?

Pourquoi, en France vous n’en avez pas des policiers corrompus ? (rire)

 

Peut-être, en tout cas notre cinéma ne l’évoque pas aussi souvent…

Je pense que du côté réalisateur comme spectateur on aime avoir des films qui reflètent la réalité coréenne. Donc c’est un sujet qui revient, mais cela ne concerne qu’une partie de la société et des policiers. Mais au-delà de ça je pense que si on ne faisait que des films avec des policiers droits et justes, cela serait un peu ennuyant. Parce que, avouons-le, quand c’est politiquement correct ce n’est pas très drôle, non ?

 

Avec Tunnel la critique est davantage sur les politiques et leur capacité à récupérer les tragédies. Et vous évoquez aussi les enjeux financiers, qui sont plus forts que la vie d’un homme.

Oui je vise les politiciens. Je pense que dans l’Orient comme en Occident ces gens-là sont pareils. Sur ces choses on se ressemble beaucoup bizarrement… Et pour les enjeux économiques je pense que ça ne devrait même pas devenir un dilemme quand la vie d’un homme entre en jeu. C’est triste mais c’est notre société actuelle. Donc c’est important de signaler ces éléments.

 

Pour autant vous restez dans un genre de divertissement.

C’est avant tout un style que j’aime. C’est effectivement très intéressant d’évoquer des sujets importants avec sérieux. Mais parfois il vaut mieux chercher à toucher plus de monde en étant dans du divertissement, tout en leur permettant de réfléchir.

 

Justement, c’est intéressant de voir la domination du cinéma coréen dans votre pays, pourtant ouvert au cinéma américain et à ses blockbusters qui dominent en Occident. Comment l’expliquez-vous ?

Je pense que c’est très coréen de vouloir trouver de la réalité dans les films. Du coup, nous ne sommes pas totalement attirés par les films hollywoodiens qui sont dans la fiction pure et qui semblent sortir d’une usine à rêve. En Corée, le public veut pouvoir se projeter en tant que citoyen, même dans les films à gros spectacle. Il veut voir les problèmes qu’il connaît se résoudre et trouver ainsi une forme de réconfort.

ovtunnel-02Il y a dans votre cinéma une volonté de mélanger les genres avec beaucoup d’humour. Un humour très bien maîtrisé parce que, même si vous riez du caractère humain des personnages, on ne tombe pas dans la moquerie. On est plus dépité par le côté « imparfait » des personnages, surtout les sauveteurs ou la presse.

Tout à fait. Tunnel est une tragédie qui touche les coréens. C’était donc important d’ajouter cette touche d’humour. Étant donné que l’humour est présent dans notre vie à chaque instant, j’ai voulu en mettre avec parcimonie sans tomber dans le registre de la comédie. Et en parlant de la presse, il y a cette scène où les journalistes envoient des drones dans le tunnel pour suivre ce qu’il s’y passe. À la sortie du film en Corée, c’est drôle parce qu’à cause de cette scène les journalistes ont cru que je ne les aimais pas. Pour eux, c’était la réalité, alors qu’évidemment ce n’est qu’un film.

 

Également, le mélange des genres se fait ici avec des pointes d’horreur. Lorsque Lee Jung-soo est seul dans le tunnel et entend des bruits, votre mise en scène semble aller vers l’épouvante.

Oui parce qu’avec un film qui dure deux heures, il faut mettre une dose de suspense et de frisson. C’est pour ça que j’ai utilisé ce mécanisme. J’essaie toujours de tenir le public en haleine et de relâcher ensuite la pression pour jouer avec lui.

 

ovtunnel-01L’histoire du film tourne donc autour de l’écroulement d’un tunnel. D’où est venue cette idée ?

En fait, je voulais montrer avant tout la survie d’un homme qui reste coincé seul dans un tunnel. Et d’un autre côté, tous ces gens qui devraient aller sauver cet homme, mais sont là à tergiverser et à discuter au lieu d’agir. Suite à la sortie de mon film, il y a eu beaucoup d’articles pour indiquer que les tunnels sont bien stables et qu’il n’y a pas de risque. Donc je vous rassure, c’est en fait un très mauvais film qui ne reflètent pas du tout la réalité ! (rire)

 

À propos de votre personnage principal, il apparaît ici extrêmement bon. C’était un élément important pour vous ?

Pour moi, ce personnage représente un homme lambda, il mène une vie banale. J’ai voulu faire une représentation des gens normaux qui ont une morale et réagiraient de la même manière. Forcément il est face à un dilemme lorsqu’il découvre une survivante. Il se demande par exemple s’il va partager le peu d’eau qu’il lui reste. Mais je pense que l’humain reste bon au fond de lui.

Propos recueillis par Pierre Siclier au Festival du film coréen à Paris 2016