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Troisième numéro de notre rubrique ON REFAIT LA SCÈNE ! Pour ce nouveau numéro on s’intéresse à Basic Instinct et sa scène de sexe torride…

Paul Verhoeven a toujours eu un gout prononcé pour les personnages féminins énigmatiques. Des femmes froides ou hyper sexualisées, souvent fortes, manipulatrices et / ou mortelles (son dernier film, Elle, n’y fait d’ailleurs pas exception). C’est le cas avec Basic Instinct (1992), l’une de ses œuvres les plus populaires ; un thriller sulfureux dans lequel l’inspecteur Nick Coran (Michael Douglas) enquête sur un meurtre et se laisse emporter par le charme de Sharon Stone, qui interprète la principale suspecte, Catherine Tramell. Si l’on pense souvent à l’interrogatoire de Catherine – les fameuses jambes qui se croisent et décroisent -, parodiée à plusieurs reprises, l’un des moments fort est également la séquence de sexe entre les deux personnages principaux, où se mêlent plaisir et violence.

LA SCÈNE

Le sexe au cinéma n’est pas quelque chose de rare. Mais cette séquence filmée par Verhoeven n’en est pas pour autant banale ou dénuée d’intérêt, bien au contraire. Car c’est justement en étudiant les choix de plan du réalisateur, sa direction d’acteur et l’évolution qu’il donne à cette scène, que se révèle l’évolution des personnages et le message du cinéaste. Verhoeven utilisant les différentes positions adoptées par ses deux protagonistes pour renverser leurs rapports de dominé / dominant. Ou comment Catherine va prendre subtilement le contrôle physique et psychologique sur le détective. Celui-ci est présenté comme un homme dans la maîtrise des choses, jusque dans sa manière de faire l’amour ; moment où il se livre réellement et laisse échapper sa bestialité. Une bestialité qui se laisse déjà entrevoir un peu plus tôt dans le film, lors de ses ébats pour le moins violents avec le docteur Elizabeth Garner, véritablement retournée dans tous les sens.

Dès les premiers plans de la scène entre Nick et Catherine, on retrouve une configuration permettant de suggérer la supériorité de l’homme. Il est [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-1-1.jpg” type=”image” hyperlink=”placé sur elle”], retire son haut, tel un mal dominant un peu caricaturé (souvent volontaire chez Verhoeven), avant de descendre le long du corps de la jeune femme. Mais aussitôt Verhoeven entame, par sa mise en scène, une inversion discrète des rapports. Si Sharon Stones est tout de suite filmée [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-3-1.jpg” type=”image” hyperlink=”en légère contre plongée”], il faut un plan supplémentaire pour découvrir le visage de Michael Douglas, en plongée cette fois ; après qu’il ait remonté la jambe de l’actrice. La deuxième jambe de Sharon Stone se relève alors à son tour et vient presque s’enrouler autour de son cou. Vu du haut, l’homme semble déjà pris au piège, [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-5-1.jpg” type=”image” hyperlink=”enfermé entre les cuisses de cette femme”] qui, telle une mante religieuse, pourrait l’étrangler durant leurs ébats.

Photo du film BASIC INSTINCT

Cependant, Nick garde encore un certain contrôle à cet instant de la scène. C’est pourquoi Verhoeven insiste sur leurs regards respectifs et la manière dont l’homme apparaît comme le décideur de la jouissance de sa partenaire. Le réalisateur amène ainsi une parfaite transition à la seconde partie de cette séquence, avec un sursaut de maîtrise physique de la part de Nick, toujours dans une idée de combat entre les deux protagonistes. Paul Verhoeven inverse donc la situation et évoque déjà [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-5-1-1.jpg” type=”image” hyperlink=”l’importance des barreaux du lit”]. Cette fois [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-6-1.jpg” type=”image” hyperlink=”la femme est placée au-dessus”], avant de descendre d’elle-même pour faire une fellation à son compagnon – [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-7-1.jpg” type=”image” hyperlink=”l’utilisation du miroir”] rentre d’ailleurs dans cette idée de renversement et de double opposé. A nouveau le visage de Michael Douglas apparaît [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-8-1.jpg” type=”image” hyperlink=”en contre plongée”] (rôle de dominant). Mais le réalisateur évite alors de montrer à son tour Sharon Stone en plongée. Un détail qui laisse à penser la volonté de cette femme de prendre les rênes. L’actrice revenant aussitôt à hauteur de son partenaire,
il faut en quelque sorte forcer les choses pour Nick s’il veut dominer à nouveau la situation. Il se remet alors sur la jeune femme, [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-9-1.jpg” type=”image” hyperlink=”lui maintient les poignets”], et décide d’agir comme bon lui semble. Une nouvelle fois, Verhoeven insiste sur cette idée de l’homme [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-9-1-1.jpg” type=”image” hyperlink=”maître de l’orgasme féminin”]. Mais se laissant naturellement emporter, Catherine va parvenir à reprendre le dessus pour de bon. Après un deuxième plan sur [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-10-1.jpg” type=”image” hyperlink=”les barreaux du lit”], agités tel un warning de ce qui suivra, la séquence semble aller vers sa conclusion. Sans le regard critique de Verhoeven celle-ci se serait terminée par l’orgasme masculin. Mais Catherine, véritable femme fatale, stoppe net leur acte ; à la limite de l’émasculation, en lui griffant le dos jusqu’au sang.

Photo du film BASIC INSTINCT

Vient enfin la dernière partie de la scène qui permet à Verhoeven de confirmer sa volonté de montrer la domination de son personnage féminin. Placée [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-12-1.jpg” type=”image” hyperlink=”au-dessus de son partenaire”], Catherine lui maintient à son tour les poignets mais choisit, elle, [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2016/06/Basic-Instinct-13-1.jpg” type=”image” hyperlink=”de les attacher au lit”]. Solution ultime pour rester maître de son corps et reproduisant ainsi la situation ayant amenée au meurtre du début du film. Si cela donne un caractère inquiétant à la scène (à cet instant du film on peut supposer que Catherine est la tueuse), cela permet à Verhoeven de se focaliser enfin sur le plaisir féminin et sur la femme décideuse et non plus passive. La jeune femme ne se préoccupant même plus vraiment de son partenaire, elle l’enfourche jusqu’à atteindre son propre orgasme. Désormais, maître de son corps. De cette manière elle parvient à dompter la « bête », le mal dominant. Le dernier plan de leurs ébats montre d’ailleurs le visage de l’homme contre la poitrine de la femme, comme consolé, protégé ou tout simplement soumis à cette dernière.

Photo du film BASIC INSTINCT

Malgré les nombreuses critiques qu’il a subi à la sortie de Basic Instinct, Verhoeven, par son jusqu’au-boutisme et son audace, dévoile quelque chose de fort. La prise de contrôle de la Femme sur l’Homme (lui, réduit au final à peu de chose), son émancipation et son indépendance. Et comme souvent chez Paul Verhoeven, le réel propos se trouve caché derrière le superflu, dans le fond de ses images, sous une forme de second degré plus ou moins évident. Ainsi d’une scène de sexe qui peut sembler gratuite se révèle finalement un regard presque féminin.

Pierre Siclier

 

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