Alors que la fin 2017 accueillera avec fracas l’épisode VIII d’une fameuse saga intergalactique, un autre événement cinématographique majeur dans l’univers de la science-fiction ouvrira le bal dans exactement un mois.

BLADE RUNNER 2049, suite d’un chef d’œuvre dont les thématiques et l’esthétique ne prennent toujours pas une ride, aura la lourde tâche de prolonger l’histoire du roman de Phillip Kindred Dick adapté par Ridley Scott il y a de cela 35 ans au cinéma. Si le combat du plus grand nombres d’entrées en salles l’opposant au nouveau Star Wars semble évidemment perdu d’avance, les noms de Denis Villeneuve à la réalisation, Ryan Gosling en Blade Runner ainsi que le retour de Harrison « Rick Deckard » Ford, devrait attirer de nouveaux curieux tout en se devant de satisfaire les anciens fans de l’œuvre originelle. À un mois de la sortie, que pouvons-nous en attendre ?

Séquelle, reboot ou un peu des deux ?

Apparue lors des dernières bandes-annonces, la séquence dite de « la cuisine », avec la casserole qui chauffe avant une baston entre Gosling et un autochtone, sans doute replicant, a déjà été story-boardé pour les besoins du premier film en 1982, mais n’avait pas été finalement retenue dans la version finale. Si sa présence en 2017 fait plus office de clin d’œil pour les connaisseurs que d’une volonté de flirter avec le reboot, il sera intéressant de constater si d’autres scènes du même acabit seront de la partie et si il s’agira de l’ouverture du film. En toute logique oui, la scène pouvant s’avérer idéale pour caractériser le nouveau Blade Runner dans sa routine d’arrestations de hors-la-loi. Pour le reste, BLADE RUNNER 2049 s’est toujours présenté jusqu’à maintenant comme une vraie suite. Ci-dessous la vidéo animée du story-board d’origine.

L’esthétique

On espère en prendre plein la vue avec BLADE RUNNER 2049. Les images vues jusque ici semblent aller dans ce sens, avec des décors réalistes renonçant pour la plupart au numérique et des couleurs plus saturées allant vers le fluo, lorgnant vers le travail artistique récent du film Ghost in the shell au détriment de la pluie et d’une atmosphère sombre et désabusée de film noir. La photographie de Roger Deakins ne devrait vraisemblablement pas nous décevoir, les producteurs ayant fait le forcing pour éditer un teaser à la vue des premiers plans mis en boîte, alors qu’ils n’avaient même pas encore été traités !

Un rythme lent

C’est Denis Villeneuve et son monteur qui le disent : BLADE RUNNER 2049 prendra le temps d’étirer ses plans, pour mieux glisser dans la contemplation quand il le faudra. Les plans sublimes de déambulation dans le désert, proches d’un clip ou d’une pub de luxe viennent confirmer ces dires, tandis que les fans de 1982 se réjouissent. Cette volonté de prolonger le rythme du film originel est louable, mais cela passera-t-il en 2017, à l’heure où le film se vend comme un blockbuster, à la durée annoncée de 2h43 pour la version cinéma ?

La question du Replicant

Voilà un point sur lequel le film sera attendu au tournant. Pourquoi le personnage de Harrison Ford apparaît physiquement vieilli alors qu’il est censé être un replicant, à la durée de vie de 4 ans ? Certes, la question est toujours brûlante et varie selon les différentes versions du premier film, mais tout a été mis en scène lors de la final cut par Ridley Scott pour confirmer cette thèse. Les pistes les plus flagrantes demeurant le rêve de la licorne ou les yeux rouges robotiques luisant de Rick Deckard en compagnie de Rachel, explicitées dans la dernière version sortie du film et considérée comme définitive. Sans oublier que Scott l’a lui-même affirmé en interview, vidéo toujours disponible sur le net, autant dire que la qualité du scénario, la cohérence de l’histoire et son positionnement sur ce point précis seront primordiales.

L’importance de la musique

Le tout premier teaser d’1min30 jouait à fond la carte du fan service avec des décors et la gueule d’Harrison Ford surgissant de l’obscurité, le tout emballé par les notes au synthé du thème envoûtant de Vangelis. Malgré tout, on est en droit de se demander si l’on en restera pas là, étant donné que Denis villeneuve collaborera à nouveau avec son compositeur attitré Jóann Jóhannsson pour un travail qu’il qualifie « d’incroyable et minimaliste ». Villeneuve avoue aussi avoir eu recours au renfort de l’incontournable Hans Zimmer  pour d’autres pistes. Un héritage très lourd à prolonger une fois de plus, tant la partition du compositeur grec s’avère un élément esthétique indissociable, ayant largement contribué au statut culte du film de 1982.

Pourquoi se réjouir

Le réalisateur Denis Villeneuve évidemment, qui n’a pas signé un seul mauvais film et ses premiers pas dans la science-fiction avec le très bon Premier Contact. Il y a aussi le retour de figures importantes, contributeurs à la réussite technique et artistique du premier Blade Runner : le nom de Ridley Scott en tant que producteur demeure malgré tout rassurant et on retrouve Bud Yorkin à la production également et Hampton Fancher à l’écriture du scénario, soit deux noms ayant déjà officié avec brio sur les mêmes postes en 1982 ! On note aussi la présence au casting du nom de Edward James Olmos, qui interprétait Gaff…

Ce qu’on pourrait craindre

Ryan Gosling dans son registre une fois de plus de héros monolithique, devra convaincre dans le rôle de la relève. Aussi, le scénario demeure actuellement une équation totalement inconnue et on se demande comment les nouveaux personnages de Ana de Armas, Robin Wright et Jared Leto s’en sortiront et quelle sera leur place. Enfin, on espère que le visuel plus coloré ne dénotera pas trop avec une certaine noirceur.

Il y a eu des classements officiels, sur internet, dans des pages de magazine, à la télévision et d’autres classements moins officiels, entre amis, collègues ou élèves à l’université, mais Blade Runner de Ridley Scott est souvent considéré comme le plus grand film de science-fiction de tous les temps, en dépit d’un intérêt extrêmement limité porté par la génération actuelle, qui a les yeux tournés vers une galaxie plus lointaine. C’est probablement dans des conditions moins discrètes que sortira la suite de Denis Villeneuve le 4 Octobre prochain, mais pour une minorité d’amoureux de Sean Young, éternels rêveurs d’un Los Angeles 2019 bercés par une pluie continue et les incessants « Don’t Walk » des passages piétons emplis de vapeurs diverses et de fumée, l’attente, parée de fébrilité, se fait assurément rude.

Loris Colecchia

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