Ayant remporté le Prix FlyAsiana du Meilleur Court-métrage avec lors de la précédente édition du Festival du Film Coréen à Paris, le réalisateur et acteur a présenté lors d’une séance spéciale une rétrospective de ses films. Au total sept courts-métrages. Quatre en tant qu’acteur et trois qu’il a réalisé. Le tout offre une vision d’ensemble d’un garçon talentueux aux multiples facettes.

Shin Ju-hwan l’a dit lui-même, ses premiers courts-métrages ne sont pas très bons. Tournés en peu de temps et avec peu d’argent, ses projets d’études ont forcément de grandes faiblesses. Malgré tout il se dégage dans chaque film de nouveaux progrès. Avec le premier, (2009) on ne doit pas s’attarder sur la photographie peu travaillée ou sur une mise en scène trop appuyée, témoin du manque d’expérience du réalisateur dans ces domaines. Car en incluant quantité de plans, de cadrages ou d’effets de montage trop particuliers, le résultat devient logiquement brouillon. Ce qui ressort de ce premier essai, c’est la présence que dégage Shin Ju-hwan devant l’écran. Avec son physique longiligne, dans un costume noir parfaitement taillé, il s’impose dans le champ. Même si le scénario se perd rapidement, le sud-coréen se dévoile entièrement dans ce drame.

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Dès lors on comprend que sa première passion est le métier d’acteur. C’est dans cette section qu’il étudie à la fac de Konkuk à Seoul. Il n’intègre la section réalisation qu’en option. Ainsi il participe à trois courts-métrages, dont un séparé en deux parties. Ce dernier, titré Part 1 et Part 2, est réalisé par un autre étudiant, Kim Wan, en 2010.
Son histoire est simple : deux garçons sont engagés pour enterrer de mystérieux colis. Lorsqu’ils découvrent ce qu’ils contiennent ils paniquent et sont dès lors soumis à un dilemme moral. Auront-ils le courage de se débarrasser des colis comme prévus ?
Dans ces deux parties tout passe par les dialogues et le mystère de ce que contiennent les valises. La dramaturgie et la tension montent jusqu’à une chute surprenante qui donne un tout autre ton au film, bien plus comique alors.
Shin Ju-hwan interprète un personnage d’abord confiant et sûr de lui. Finalement il se révèle incompétent face à la situation. Shin bascule ici d’un caractère à l’autre avec beaucoup d’aisance.
La projection de Black Man (Kim Byungsuk – 2013), auquel participe Shin Ju-hwan, laissa assez perplexe le public, mais également son interprète principal. Ce dernier déclara ne pas avoir bien compris le film après son montage final. Une honnêteté surprenante et agréable. A l’inverse dans Interview (2011) de Kim Kihoon l’histoire simple offre un court-métrage très juste et émouvant et présente une toute autre facette de Shin Ju-hwan. Ce dernier officie ici dans un registre bien plus drôle, voir cartoonesque.

” Même s’il espère faire carrière devant la caméra, sans surprise au vu de sa bouleversante prestation dans Sexking, il a montré un vrai talent dans l’écriture et maîtrise sa caméra ”

L’importance du scénario, Shin Ju-hwan l’a rapidement compris. Dans sa seconde réalisation, (2010), il développe une intrigue angoissante très bien écrite.
Dans une salle de classe, un groupe d’étudiants se réunit pour parler d’un projet de film. Seulement une épidémie mystérieuse est annoncée dans le pays. On compte déjà plusieurs morts mais personne ne connait les symptômes.
Cette fiction très surprenante convient parfaitement à la durée limitée du court-métrage. L’histoire n’a pas le moindre défaut et fonctionne comme une boucle.
Il restait encore un palier à franchir en terme d’image. Avec Sexking, c’est chose faite. Il maîtrise son court-métrage à tous les niveaux. Un soin particulier est apporté à la photographie et surtout la mise en scène s’est calmée. Shin se contente de poser sa caméra et laisse vivre ses personnages. Plus d’intrusion, de gros plans inutiles ou de mouvements de caméra violents qui n’ont pas lieu d’être. Le garçon a su simplifier son approche pour laisser l’histoire et ses personnages s’exprimer.
Durant une soirée entre d’anciens élèves, ces derniers se remémorent leur passé et particulièrement leur camarade Sexking. Un jeune homme surnommé ainsi en raison de ses nombreuses conquêtes à l’université. Une réputation qu’il s’est lui-même créé.
Shin Ju-hwan aborde le thème du Sexe avec un personnage écœurant mais sur le chemin de la rédemption. La force du film vient du mélange de temporalité. En allant et venant dans le passé de Sexking on voit son image évoluer durant le film. Présenté d’abord comme un personnage méprisable, il devient pathétique, avant d’inspirer de l’empathie et devenir presque attachant.

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Avec ce film de fin d’étude, Shin Ju-hwan émeut en tant qu’acteur et par sa réalisation. Même s’il espère avant tout faire carrière devant la caméra, sans surprise au vu de sa bouleversante prestation dans Sexking, il a montré un vrai talent dans l’écriture et semble aujourd’hui capable de maîtriser sa caméra. Reste à espérer que ses futurs projets de longs-métrages en Corée puissent nous parvenir.