THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW est un des rares films (voire le seul) qui s’inscrit dans plusieurs décennies où adaptation, évolution, interprétation sont la source de sa longue existence.
Le film de Jim Sharman est davantage connu aujourd’hui pour ses soirées. Pourtant il ne faut pas oublier sa genèse et l’œuvre même. Ce film est initialement inspiré de la comédie musicale londonienne The Rocky Horror Show de Richard O’Brien (1973), qui connut un incroyable succès alors que le film, lui n’en eu aucun… sauf par un petit groupe de fans qui, petit à petit, rendit le film interactif.
Il semble qu’aujourd’hui celui-ci s’inscrit plus aisément dans notre société contemporaine. Nous pouvons imaginer ce qui a déplu à l’époque de sa sortie : une trop forte connotation sexuelle, le thème de l’homosexualité et des travestis était bien plus tabou et l’intrigue est quelque peu faible. 30 ans après, les allusions (homo)sexuelles parfois très explicites ne choqueront plus réellement le spectateur (à de très rares exceptions) et l’intrigue elle ne manquera pas de nous amuser.
Pourtant si les spectateurs espèrent voir une grande œuvre du 7ème art, alors oui, la déception peut être grande. Mais s’ils s’apprêtent à partager un instant drôle, rythmé par une bande originale entrainante, et absolument déjantée, ils pourront alors apprécier entièrement le film. Mais il faut avouer que THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW, en s’intégrant à des spectacles interactifs, en est d’autant plus prenant. L’un répond à l’autre. Ce film donne irrémédiablement envie de bouger, de vivre avec, d’en rire, etc. Le spectacle interactif se devait d’être. Le film a de toute évidence toujours fait appel à la complicité de ses spectateurs : de nombreuses allusions à d’autres films, des tableaux, des répliques, etc. s’enchainent sans cesse.
Si le scénario a peu d’intérêt, le film nous saisit immédiatement. Il s’appuie principalement sur un univers parfaitement dessiné. On déteste ou on adore : cela en importe peu. Il est indéniable que le film est atypique, entrainant ou dérangeant. Mais il est là. Tim Curry (Ca, Maman, j’ai encore raté l’avion) qui tient le rôle de Frankie, le travesti du film, est absolument épatant. Assumant parfaitement sa tenue (porte jarretelle, bustier, maquillage intense et très haut talon) il écrase tous les autres personnages par son charisme. Dès lors, loin d’être à l’image des canons de beauté, Tim Curry piège notre regard, il est impossible d’apprécier autre chose. Un paradoxe semble pourtant émerger de ce personnage : habillé en femme certes, et pourtant gardant une virilité qui pourrait choquer dans cette tenue de femme, Il échappe à un quelconque stéréotype d’homme efféminé sans pour autant être ridicule. S’il n’y avait qu’une raison d’aimer le film, ce serait ce personnage.
Le genre comédie musicale peut rebuter certains spectateurs, mais ne pas regarder ce film serait vraiment rater une œuvre atypique.
— Alexandra
Ne pas fermer les yeux – Tribune
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