Photo du film L'attachement
Crédits : Karé Productions / France 2 Cinéma / Umedia

L’attachement, la vie à tout prix

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3.5

Il existe une infinité de façons de raconter le deuil au cinéma. Carine Tardieu, elle, a choisi de filmer ce qui reste vivant après la perte, à travers les gestes les plus infimes du quotidien.

Aux antipodes de Ponette, une autre manière de filmer la perte

Aux antipodes du film Ponette de Jacques Doillon (1996), qui traitait à peu près du même sujet, à savoir la perte de la mère pour une toute petite fille, Carine Tardieu (Ôtez-moi d’un doute) a choisi comme angle de vue ce que l’on garde en vie après la perte.

Les cinémas d’art et essai permettent parfois de rattraper les films marquants de l’année précédente. L’Attachement, César du meilleur film 2026, explore les liens humains, notamment parents-enfants. Les premières images du film plongent dans une chambre d’enfant, au réveil. On entend, avant de le voir, le souffle régulier d’un petit garçon qui dort. Puis on voit ce petit garçon avec sa maman réaliser les gestes qu’il fait chaque matin : mettre son tricot de corps, puis son pantalon, puis ses chaussettes. L’enfant accomplit tous ces gestes quotidiens avec l’aide de sa maman, dont on ne voit que les mains. On entrevoit les multiples gestes maternels du rituel de l’habillage. Ce rituel empreint de tendresse, de douceur et d’amour sera le dernier, mais on ne le sait pas encore.

Ce sont tous ces milliers de petits gestes anodins que le film s’attache à filmer, tout en délicatesse : lacer les lacets de l’enfant, jouer avec lui à cache-cache, ralentir le pas pour se mouvoir à son rythme. Ces choses que l’on ne remarquerait pas ailleurs deviennent ici le cœur du récit.

Une reconstruction collective, portée par une distribution habitée

Tous ces mini-liens qui créent la relation avec la maman, ce petit garçon va les recréer avec sa voisine, jouée par Valeria Bruni Tedeschi, femme indépendante sans enfant qui va petit à petit adopter ce petit garçon, adopter son rythme, sa vie, ses centres d’intérêt. Le film raconte aussi le deuil du père, cet homme ravagé par la perte de sa femme au moment même où il devient père lui-même. On découvre aussi la douleur de la mère de cette femme (formidable Catherine Mouchet), incapable tout à coup de faire face devant ses petits-enfants.

Tout au long des premiers mois de la vie de cette petite fille qui vient de naître, des liens se créent, des amours naissent, des amitiés improbables voient le jour (entre Pio Marmaï et Raphaël Quenard), et ces deux enfants continuent de grandir, entourés d’amour, par toutes ces grandes personnes qui apprennent elles aussi à faire avec la perte, avec les liens qui se recréent ou qui se défont, au gré des déménagements, des voyages, des fêtes. Carine Tardieu filme les mille et une facettes que prend la reconstruction d’un homme après un terrible drame, et montre que l’on peut être heureux malgré tout, que la fatalité n’existe pas.

Portés par une belle bande d’acteurs et d’actrices (Catherine Mouchet et Marie-Christine Barrault, Vimala Pons et Raphaël Quenard, mi-figue mi-raisin), les personnages, tous très différents, apportent une singularité, une authenticité à ce film solaire. Pio Marmaï et Valeria Bruni Tedeschi sont très justes et très touchants dans leurs rôles respectifs. En toile de fond, une belle réflexion sur le féminisme en général et sur la condition des femmes, sur ce qu’elles endurent durant l’accouchement.

Enfin, pour conclure, on peut citer la remarque que fait Alex à Sandra : « Toi qui es une spécialiste du féminisme, c’est quand même étrange que ton histoire préférée soit Blanche Neige. » On est tous remplis de contradictions.

— Marie B

Auteur·rice

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