Après une troisième suite décevante mais rentable en 2021, la saga Conjuring remet le couvert avec un nouvel et ultime opus intitulé L’HEURE DU JUGEMENT. Basé sur le cas de la famille Smurl, hantée par un démon, ce dernier épisode tente de faire oublier la réputation d’escrocs des Warren, en tirant méchamment sur la corde sensible. En résulte un film moyen, sans grande saveur, qui nous surprend en train de regarder notre montre au bout d’un quart d’heure.
Conjuring, une saga usée mais toujours rentable
La saga Conjuring constitue certainement l’un des plus grands succès de l’horreur du XXIe siècle. Débutée en 2013, il y a à présent plus de dix ans, la formule s’est pourtant essoufflée depuis un long moment. Étiré dans tous les sens, donnant lieu à de multiples spin-off, avec les Anabelle, La Nonne, Wolves at the Door et La Malédiction de la dame blanche, le Conjuring Universe nous a déjà lassés depuis longtemps. Nonobstant, la recette continue de remplir les tiroirs-caisses. D’où la mise en chantier d’une série pour HBO Max et la sortie de ce quatrième opus de la saga originelle, censé apporter une conclusion.
En fait de conclusion, on observe plutôt un passage de relais entre le couple Warren, leur fille et leur beau-fils. Dans la réalité des faits, ce dernier s’est effectivement vu attribuer la gestion du musée des Warren, peuplé des célèbres objets hantés amassés par les enquêteurs du paranormal. Et cette réunion de famille, qu’on imagine servir à un futur prequel ou à une suite basée sur la descendance des Warren, occupe bien les trois quarts des deux heures quinze de long-métrage. Au point d’éclipser les phénomènes vécus par la famille Smurl. Et l’on en vient à mettre le doigt sur les écueils des Conjuring 3 et 4.
Conjuring : l’heure du jugement, un nouvel épisode hors-sujet
En effet, le défaut du précédent volet, Conjuring : sous l’emprise du diable, était de passer totalement à côté de son sujet. Alors que l’on trépignait de connaître les miscellanées, certainement fantasmées, d’un célèbre procès où un meurtrier avait assuré ne pas être responsable de ses actes en raison d’une possession démoniaque, le film s’occupait davantage d’iconiser le personnage de Lorraine Warren. Et L’HEURE DU JUGEMENT commet bel et bien la même erreur en nous dressant ce portrait de famille niaiseux au possible, où le pouvoir de l’amour triomphe des pires démons de l’Enfer.
Une logique d’écriture à n’en point douter commerciale, afin de créer un attachement à la famille Warren chez le spectateur. Tant et si bien que CONJURING : L’HEURE DU JUGEMENT se perd dans une profusion de panneaux pour tenter de faire oublier la triste vérité sur le couple Warren – désormais bien plus considérés comme des escrocs du paranormal que comme de véritables héros. Or, à trop vouloir sublimer ses protagonistes, ce nouveau Conjuring oublie la force des deux premiers volets réalisés par James Wan. Deux films d’épouvante efficaces, tournés comme un hommage au cinéma d’horreur des années 70, mais qui parvenaient un tant soit peu à surprendre sur la forme.
Une suite moyenne et sans saveur
En effet, les deux premiers CONJURING utilisaient davantage les dossiers Warren comme prétextes à des intrigues purement fantastiques – bien qu’ils adressaient malgré tout une sympathie contestable au célèbre couple. CONJURING : L’HEURE DU JUGEMENT, comme son prédécesseur, néglige bien trop souvent son récit d’horreur. Les ingrédients étaient pourtant là. Une maison et une famille tourmentées par une force obscure, les Warren pour seul salut. Malheureusement, le scénario n’en a cure et l’on en vient à s’ennuyer dans l’espoir de voir l’intrigue avancer… D’autant que la réalisation ne parvient que rarement à rattraper l’ensemble.
Déjà à l’œuvre sur le Conjuring Universe, avec La Malédiction de la dame blanche, Conjuring : sous l’emprise du diable et La Nonne : la malédiction de Sainte-Lucie, le réalisateur Michael Chaves prouve une nouvelle fois ses qualités de brave “faiseur”, sans pour autant briller par l’inventivité de sa mise en scène. Si l’on retient quelques jolis effets, concentrés sur les miroirs qui servent de vaisseaux à l’entité démoniaque, la réalisation peine à surprendre – là où les opus de Wan avaient su exploiter les codes du film de possession des années 70 pour les renouveler. Correct, sans réelle prise de risque et relativement hors-sujet, CONJURING : L’HEURE DU JUGEMENT se révèle en définitive bien trop long pour ce qu’il est… Une suite moyenne et sans saveur.
Lilyy NELSON
Ne pas fermer les yeux – Tribune
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