Dans De la Comédie-Française, leur premier long métrage très réussi, les co-réalisateurs Bertrand Usclat et Martin Darondeau invitent le spectateur à pénétrer dans les coulisses et les traditions de l’institution mythique, grâce aux sociétaires qui s’en donnent à cœur joie.
« Que diable allait-elle faire dans cette galère ? »
C’est sous l’œil bienveillant de Molière, qui fera d’ailleurs une apparition hilarante sous les traits de Benjamin Lavernhe (En fanfare), que De la Comédie-Française s’ouvre avec panache. Si aucun des deux réalisateurs Martin Darondeau et Bertrand Usclat ne peut se targuer de faire partie de la troupe, les deux complices de la série Broute contrebalancent avec malice leur illégitimité à en parler en réunissant à l’écran une vingtaine de sociétaires, et non des moindres.
Pauline Clément, 546ème sociétaire et collaboratrice artistique du film, est ainsi au cœur de l’histoire. C’est en effet au travers de son personnage Nina, montant Macbeth de Shakespeare pour sa première mise en scène, que le spectateur découvre dans un compte à rebours haletant tous les aléas possibles que peuvent rencontrer les pièces jouées à la Comédie-Française.
« C’est compliqué, Shakespeare ! »
Même si les obstacles donnent parfois l’impression d’avoir fait l’objet d’une check-list exhaustive, les auteurs de De la Comédie-Française atteignent parfaitement leur objectif comique. Car ils réussissent avec brio à tourner en dérision les situations ubuesques et décalées entre la réalité et la perception par leurs personnages de cette même réalité. Malgré sa charge mentale de jeune maman, Nina fait preuve de bonne volonté et d’une incroyable capacité d’adaptation et de résolution au pied levé des problèmes de tout le monde. Une vraie « people pleaser » qui se perd parfois pour respecter la fameuse règle d’or à la Comédie-Française : on n’annule pas les pièces, sinon on rembourse.
Nina aura droit à tout de la part des acteurs et actrices (certes un peu caricaturaux), même si leurs défauts les rendent touchants. Avec délice, le spectateur croisera ainsi Laurent Stocker (Philippe) en acteur décalé et blasé à souhait et Danièle Lebrun, l’une des plus anciennes sociétaires, qui interprète Nadine, enfermée dans sa réputation d’addict au pétard. Julien Frison est Antoine, craintif des superstitions et mal à l’aise dans sa liaison avec Émilie (Marina Hands), et Adeline d’Hermy, qui joue Suzanne, si sollicitée dans d’autres pièces qu’elle en perd les pédales et le sens.
Ode au spectacle vivant
Nina ne sera pas non plus épargnée par les autres professionnels du théâtre, fortes têtes qui ne voient le spectacle que par leur seul bout de la lorgnette. Tels Stéphane (Guillaume Gallienne), gardien trop à cheval sur le protocole, Jacques (Christian Hecq), régisseur monsieur-je-sais-tout ou l’administrateur Thibaut (Serge Bagdassarian), préoccupé par la négociation des subventions avec la ministre de la Culture (Françoise Gillard). Les femmes ne sont pas en reste pour dire sans filtres à Nina tout ce qu’elles pensent : la costumière Fabienne (Florence Viala) ou la maquilleuse remplaçante Mélanie (Sephora Pondi).
De la Comédie-Française propose subtilement au spectateur une réflexion sur la passion qui anime ces acteurs et actrices au service de la Comédie-Française, mais aussi sur la façon dont ils font évoluer leur place au sein de la troupe et y vieillir. Ce qui est enthousiasmant, c’est bien l’occasion joyeuse offerte par les réalisateurs de communiquer leur jubilation à se moquer d’eux-mêmes, de la troupe et de leur institution.
Des acteurs et actrices rattachés et attachés à la Comédie-Française
Car la dérision et l’autodérision qui circulent dans De la Comédie-Française sont sources de grands fous rires dans la salle de cinéma. Preuve, s’il en était encore besoin, que le théâtre peut être moqué, dès lors qu’il est incarné par les plus grands. Nul doute que ce petit bijou, qui a notamment remporté le prix du public au Festival de l’Alpe d’Huez, créera l’envie chez le spectateur d’assister à une représentation de la Comédie-Française. Et, à tout le moins, de lui rappeler, s’il recroise les visages de ces sociétaires au cinéma ou à la télévision, qu’ils sont « de la Comédie-Française ».
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