Que ce soit votre came ou non, vous n’avez pas pu passer à côté de l’annulation retentissante de la série par . Une fin triste pour une série d’une audace folle.

Il arrive qu’un miracle ait lieu sous nos yeux. Qu’une série, sur laquelle nos attente étaient incertaines, se révèle être un objet télévisuel en dehors des normes, porté par une liberté de ton frappante. The OA en était un. Lancée en fin d’année 2016 sur la plateforme Netflix, cette création de et reste, après deux saisons, encore difficile à décrire. Non pas pour de mauvaises raisons mais parce que la narration s’aventurait là où on s’y attendait pas. Sa base promettait une sorte d’enquête lorgnant vers le fantastique. À savoir l’histoire de Prairie, une jeune femme qui réapparait 7 ans après sa disparition. Anciennement aveugle, elle a désormais retrouvé la vue. Comment un tel changement peut-il avoir eu lieu ? Que s’est-il passé durant son absence ? C’est justement les réponses à ces questions que le spectateur cherchera dans les épisodes, en basculant avec une fluidité renversante entre passé et présent, tout en envisageant un avenir encore plus stupéfiant.Nous n’irons pas plus loin dans notre description du show, car il faudrait du temps pour en restituer la richesse narrative et thématique. Des mots risqueraient d’ailleurs de ne pas être suffisants pour prendre la pleine mesure du spectacle atypique qui s’est déroulé sous nos yeux. Et il y a la possibilité de passer pour un fou au moment d’évoquer cette démentielle scène de danse en communion, moment clé dans l’aboutissement de la première saison. La seconde, sortie en 2019 avait repoussé les limites instaurées pour aller loin. Très loin. Trop loin ? Pour nous, non. Pour Netflix, peut-être.

Dans une boîte qui revendique ouvertement une certaine liberté accordée aux auteurs (argument recevable pour attirer des personnalités confirmées sur le petit écran), qu’une audacieuse proposition comme The OA soit annulée fait se poser des questions sur cette promesse. Car, au fond, comme toute entreprise normale, Netflix veut que ses investissements paient. Et quand ils sont disproportionnés par rapport aux retours, on n’hésite pas à couper des têtes. On repense aux rumeurs apparues après la sortie de Triple Frontière. Ce faux actionner plus malin que ce sa promotion le laissait penser a coûté dans les 110 millions de dollars et n’a été visionné que 52 millions de fois. Netflix s’attendait à mieux et envisageait de revoir son mode de fonctionnement pour réduire les coûts à l’avenir. On comprend que les choses sont en train de bouger en interne, et que l’Eldorado auquel pouvait s’apparenter la plateforme ne le sera bientôt plus. Le sort de The OA rappelle celui de Sense8, autre programme Netflix dont l’ambition et la liberté paraissaient précieuses dans le paysage télévisuel. La réaction du public est d’ailleurs la même suite à l’annulation. On a vu que les gens, sur les réseaux sociaux, avaient exprimé leur mécontentement. Mais cela ne devrait pas suffire pour faire changer d’avis Netflix.

À vrai dire, l’erreur principale est de ne pas laisser les auteurs de The OA lui donner une fin digne de ce nom. On rappelle que Brit Marling et Zal Batmanglij avaient dés le départ pour ambition de conclure le récit après 5 saisons. Un plan de route qui ne devait pas être méconnu par Netflix. Là, en l’état, la frustration grimpe parce qu’on a cru qu’il était possible qu’une aventure aussi éloignée des conventions puissent s’acheminer en toute tranquillité vers sa conclusion. Une série qui sait où elle va est toujours meilleure qu’une autre qui s’improvise (coucou Lost). La plateforme étant adepte des coups de com’, le plus inspiré serait au moins de répondre aux fans en leur assurant, non pas trois saisons supplémentaires, mais un dernier tour de piste histoire de dire adieu comme il se doit à des personnages comme la télévision en propose que trop rarement.

Maxime Bedini