Photo du film SONIC 3
Crédits : Paramount

César 2026 : Emmanuel Curtil, la voix de Jim Carrey, tire la sonnette d’alarme sur l’IA

Il y a des moments dans une cérémonie qui n’étaient pas prévus dans le script, et qui finissent par en être le coeur. Aux César 2026, à l’Olympia, l’un de ces moments avait pour protagoniste non pas une star hollywoodienne ou un réalisateur encensé, mais un homme dont la voix est familière à des millions de Français sans que son visage le soit vraiment : Emmanuel Curtil, doubleur attitré de Jim Carrey depuis 1994.

• Emmanuel Curtil double Jim Carrey depuis 1994, soit plus de 30 ans.
• C’est la première fois que les deux hommes se sont rencontrés en personne, sur la scène des César 2026.
• Curtil a interpellé Catherine Pégard, nouvelle ministre de la Culture nommée le jour même, pour demander une législation encadrant l’IA dans le doublage.
• 85 % du public français consomme exclusivement les versions françaises des films.
• Plus de 4 000 comédiens français ont récemment signé une tribune contre l’usage de l’IA pour reproduire voix et images sans autorisation.

Trente ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que les deux hommes se retrouvent face à face, sur cette même scène. Curtil était venu remettre le César du meilleur son. Mais ce qu’il a apporté avec lui, c’est quelque chose de bien plus rare : une déclaration d’amour sincère et un avertissement qui méritait d’être entendu.

« C’est un véritable honneur pour moi de vous rencontrer ce soir. Enfin. Vous n’imaginez pas le cadeau que c’est pour un comédien comme moi de doubler un artiste tel que vous. Et à chaque fois que je vous retrouve dans un film, j’ai l’impression de retrouver un vieil ami. Je vous assure que je fais le max pour vous abîmer le moins possible. »

Le moment était « ssssssssplendide », comme Canal+ l’a résumé avec le sourire – en référence à la réplique culte de The Mask. Sur scène, l’émotion de Curtil était palpable, sincère, sans esbroufe. Trente ans de travail dans l’ombre, et soudain la lumière. Pour quelqu’un dont le métier consiste à incarner les autres, c’était une parenthèse étrangement intime.

« Des voix humaines, des émotions humaines, pour un public humain »

Mais Curtil n’est pas monté sur cette scène uniquement pour vivre un rêve. Il avait aussi un message à délivrer, et il ne l’a pas mâché. Dans la salle se trouvait Catherine Pégard, fraîchement nommée ministre de la Culture – quelques heures à peine après la démission de Rachida Dati. Une présence que le doubleur a saisie sans hésiter.

« On aimerait bien que Madame la ministre de la Culture, fraîchement nommée, accepte de nous recevoir. Il faut légiférer, protéger les artistes et le public plutôt que les intérêts des géants de la tech. Des acteurs aussi incroyables que Jim Carrey doivent être doublés par de vrais comédiens. Pas par de l’intelligence artificielle, mais par des voix humaines, des émotions humaines pour un public humain. »

Le chiffre qu’il a avancé dit tout : 85 % du public français consomme exclusivement de la version française. Le doublage n’est pas un luxe ou un vestige du passé – c’est un pilier de la culture cinématographique en France. Et ce pilier est aujourd’hui menacé par des outils capables de cloner une voix en quelques minutes, sans acteur, sans interprétation, sans âme.

Son appel fait écho à une tribune récemment signée par 4 000 comédiens français, qui dénoncent la reproduction non autorisée de leur voix et de leur image par des systèmes d’IA. Un mouvement de fond, qui commence à trouver une tribune à la hauteur.

Un symbole au bon moment

Ce qui rend la prise de parole de Curtil particulièrement forte, c’est son contexte immédiat. Il vient de rencontrer Jim Carrey – l’acteur dont il porte la voix depuis que The Mask, Ace Ventura et Dumb and Dumber ont déferlé sur les écrans français en 1994. Et c’est précisément à ce moment-là, auréolé de cette rencontre unique, qu’il choisit de rappeler ce que le doublage représente vraiment : une interprétation à part entière, une lecture artistique d’un jeu, une traduction émotionnelle qui ne se résume pas à aligner des mots sur une piste audio.

L’IA peut reproduire un timbre. Elle ne peut pas ressentir ce qu’Emmanuel Curtil a ressenti sur cette scène, en serrant la main de Jim Carrey pour la première fois.

Auteur·rice

Nos dernières bandes-annonces

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *