GOSH est le premier titre de l’album (génial) de Jamie XX. Son clip, assez fulgurant, a été réalisé par .

À voir ci-dessous :

GOSH, par , un clip de Romain Gavras

On connaît Romain Gavras depuis Kourtrajmé

Déjà à l’époque, il y avait cette envie d’images choc, d’anti-conformisme. Dans le plus pur style post-La Haine, il y avait dans ses premiers films cette vision de la banlieue qui ne reposait pas sur des clichés mais plutôt sur le côté sombre de la pop-culture. Cela passait par cette façon singulière de dénaturer le quotidien par quelques détails (par la mise en scène, le décor, une action précise, ou la singularité des personnages), empreinte de références symboliques ou culturelles lui donnant une toute autre signification.
Son esthétique des débuts, celle du cinéma-guerilla-déconne, date d’une époque où il était encore singulier de se servir d’une caméra non-professionnelle pour filmer des choses spectaculaires, parfois même très cinématographiques. Un style qui se rapproche beaucoup du found-footage ou de l’humour youtube, mais avant qu’ils soient si populaires.

Stress

Stress, de Justice

À partir du choc STRESS (pour Justice), dans lequel des jeunes font preuve d’une violence absolument gratuite envers tout ce qu’ils croisent, ses films commencent à buzzer. Si le motif avait déjà été utilisé par Leos Carax l’année d’avant dans Tokyo, Gavras va plus loin en décuplant la sensation de malaise. Il nous fait regarder en face une vision extrême du quotidien, une violence dénuée de justification ou de sens mais à laquelle il donne pourtant un visage un peu trop reconnaissable. De plus, renforcé par l’aspect visuel et donc une suresthétisation de cette violence. C’est précisément ce qui définira ses œuvres par la suite ; générer des émotions d’autant plus fortes qu’elles sont vides de substance – c’est au spectateur d’y apporter sa propre vision du monde pour qu’elles prennent vie, et ainsi deviennent parfaitement dérangeantes.

Cela dit, ce qui fonctionne génialement sur format court perd en force sur la longueur, comme l’a prouvé Notre jour viendra, avec Vincent Cassel – qu’il est d’ailleurs passionnant de comparer avec « Born Free » de M.I.A.

Notre_jour_viendra

À partir de là, sa vision très singulière du monde se propage à d’autres univers que celui de notre chère France, comme en attestent ses collaborations avec M.I.A., Kanye West ou aujourd’hui JamieXX. Une certaine ampleur renforce les idées de discrimination et d’affirmation de l’individu ainsi que les visions dystopiques qui définissent son cinéma – ce qui rappelle bien évidemment des films comme Punishment Park, ou le Orange Mécanique de Stanley Kubrick. La fameuse symétrie et les mouvements de caméras signatures de l’auteur font d’ailleurs partie des gimmicks de Gavras.

GOSH ne déroge pas à la règle, avec un Paris régi et culturellement dévasté par un gouvernement de style « Corée du Nord », et ou l’individu qui parvient à marquer sa différence (un albinos, donc c’est inné) devient alors comme une sorte de dieu.
C’est puissant, visuellement fort et très évocateur, mais voilà: ça reste assez gratuit si l’on n’y cherche pas un sens soi-même. Et c’est exactement aussi pour ça qu’on aime le cinéma de Romain Gavras.

QUELQUES FILMS DE ROMAIN GAVRAS

Ses clips, tous assez puissants

– « Pour Ceux » – Mafia K’1 Fry (2003)
– « Signatune » – DJ Medhi (2006)
– « Stress » – Justice (2007)
– « Trankillement » – Fatal Bazooka (2007)
– « Changer le Monde » – Rocé (2007)
– « I Believe » – Simian Mobile Disco (2007)
– « The Age Of Understatement » – The Last Shadow Puppets (2008)
– « Born Free » – M.I.A. (2010)
– « Bad Girls » – M.I.A. (2012)
« No Church In The Wild » – Jay-Z; Kanye West (2012)

Vous pourrez également visionner quelques courts-métrages de Kourtrajmé dispos ICI, sur le site de lesnouveauxcinephiles.com.