Retour sur trois films qui ont marqué la carrière du cinéaste Jonathan Demme, décédé le 26 avril 2017 à l’âge de 73 ans.

On apprenait hier le décès du réalisateur, producteur et scénariste américain Jonathan Demme, à l’âge de 73 ans, d’un cancer de l’œsophage. Avec plus de vingt films et plusieurs documentaires et séries sur lesquelles il a participé, le cinéaste aura marqué l’histoire du cinéma américain.
Retour sur trois de ses œuvres les plus marquantes.


Le Silence des agneaux (1991)

 

Le Silence des agneaux - Jonathan Demme

Bien que débutant sa carrière dans les années 1970, c’est surtout dans les années 1990 que Jonathan Demme se révèle. Après un dizaine de réalisations, il livre ce qui restera comme une des œuvres les plus ancrées dans l’imaginaire collectif : Le Silence des agneaux. Un thriller captivant et angoissant dans lequel une agent du FBI doit collaborer avec un ancien psychiatre emprisonné pour cannibalisme, dans le but de capturer un tueur en série. Aujourd’hui encore Le Silence des agneaux est une référence du genre. Effrayant, porté par un Anthony Hopkins magistral et une Jodie Foster tout autant, le film envoûte par son ambiance étouffante. Oscar du meilleur réalisateur pour ce film, Jonathan Demme livre de nombreuses séquences désormais iconiques, parmi lesquelles ce final, dans lequel l’héroïne se retrouve plongée dans le noir avec le tueur – séquence qui aura influencée dernièrement le très bon Don’t Breathe.


Philadelphia (1993)

 

Philadelphia - Jonathan Demme

Autre film notable de Jonathan Demme, Philadelphia (1993). Nous sommes en 1993 et Jonathan Demme s’apprête à bouleverser le cinéma hollywoodien avec l’un des premiers films à traiter du SIDA et à révéler l’homophobie ambiante. Ou comment un avocat réputé voit son monde professionnel se retourner contre lui dès lors qu’est révélée sa maladie. Un drame bouleversant qui permet à Tom Hanks d’obtenir un Oscar amplement mérité. Mais surtout le film, inspiré de faits réels, marque un premier tournant dans la carrière du réalisateur, qui par la suite développera davantage un regard sur le monde. Un film avec un discours qui tend vers l’humanisme et témoigne de la capacité de Demme à s’inscrire parfaitement dans l’instant présent et a capter un lieu précis ; la ville de Philadelphie. Difficile ainsi de ne pas penser à Philadelphia à chaque écoute du morceau de Bruce Springsteen, Street of Philadelphia, qui introduit le film et reçu l’Oscar de la Meilleure chanson originale.


Un crime dans la tête (2004)

 

Un crime dans la tête - Jonathan Demme

Au début des années 2000, l’Amérique est sous le choc après l’attaque terroriste du 11 septembre 2001. Demme réalise alors Un crime dans la tête en 2004, remake du film de Frankenheimer (1962). Avec ce film, il évoque un sentiment de paranoïa politique ambiant, alors que George Bush s’apprête à être réélu pour un deuxième mandat. Denzel Washington joue un ancien soldat qui revit dans ses cauchemars une embuscade. Sous fond de lavage de cerveau, de manipulation sur la guerre du Golfe, de scandales étouffés, l’œuvre de Demme se présente comme une fiction, mais fait étrangement écho avec la réalité et la situation dans son pays, et notamment sur l’arrivée au pouvoir de Bush. En le remettant dans ce contexte, Un crime dans la tête est peut-être le film de Demme le plus glaçant. Et alors que l’Amérique semble bien parti pour ouvrir une nouvelle page complexe de son histoire après avoir élu Donald Trump, on ne peut que regretter le regard socio-politique du réalisateur, auquel son dernier film, Ricki and the Flash (2015), ne rend pas vraiment hommage.