Voilà 10 ans que le Festival du film coréen à Paris (FFCP, via l’Association 1886) permet au public parisien de découvrir le cinéma coréen. Un rendez-vous important pour ce cinéma puisque «  95% des films projetés ne sortiront pas en France » comme nous l’explique David Tredler, chef programmateur au festival depuis la huitième édition. Parlant même d’« exploit » pour la poignée de films présentés en 2014, lors de l’édition précédente, et distribués par la suite en salles (A Cappella, Hard Day, Sea Fog). Même si le festival peut être en contact avec certains distributeurs français par la suite, cela n’en fait pas vraiment un lieu d’achat, mais plutôt un lieu de découverte pour un large public. Cette année, seul Right Now, Wrong Then de Hong Sang-soo devrait pour l’instant sortir en France. Et ce n’est pas parce que le festival fête aujourd’hui ses 10 ans que cela va changer.

Cette année, le festival se voit labellisé « événement officiel » de l’année France-Corée, qui célèbre les 130 ans des relations diplomatiques entre les deux pays. Un titre qui offre plus de marge de manœuvre avec davantage de financements, sans pour autant changer le contenu du festival de manière drastique, pour éviter de creuser un écart évident avec l’année suivante. A la place, l’équipe du festival a décidé d’organiser les « Dimanches en Corée ». Un rendez-vous mensuel (toujours au Publicis) pour poursuivre les projections du cinéma coréen tout au long de l’année. « On cherche avec cela à maintenir le lien désormais entre le public et le cinéma coréen au Publicis. » raconte David Tredler.

FFCP 2015

Pour Yoo DongSuk, le directeur du festival, ce petit anniversaire lui fait surtout prendre conscience que dix années se sont écoulées. Où tout commença avec Bae Yong-jae (président du festival), Cha Minchol (directeur général jusqu’à la 3e édition) et Lee Sang-hoon (le chef programmateur jusqu’à la 2e édition). Trois étudiants coréens désireux de montrer la diversité de ce cinéma et de ne pas le limiter à quelques auteurs déjà connus, ou au genre le plus populaire, le thriller. D’ailleurs, cette année encore (au fil de nos critiques) nous pouvions observer cette diversité de genres dans les films présentés (comédies musicales, comédies romantiques, drames, policiers…), mais dont la particularité reste une volonté de porter un regard personnel et critique sur la société coréenne.

Une première édition très compliquée à mettre en place, fondée sans expérience et avec des financements personnels. Il faudra attendre la 3e édition pour que le KOFIC, équivalent coréen du Centre national du cinéma (CNC) apporte son aide via le Centre culturel coréen. Puis la 6e pour obtenir l’appui d’entreprises privées – des sponsors asiatiques divers, allant de la marque de pneu ou de voiture à la compagnie aérienne, et le soutien de partenaires médias du cinéma comme les Cahiers du Cinéma ou Bref Magazine -, désormais majoritaires dans le financement du festival. Des débuts difficiles qui n’auront donc pas eu raison de la motivation des fondateurs.

Il est évident que le festival (et n’importe quel autre) ne peut pas se contenter des seules recettes provenant du public, même si chaque séance affichait complet. « L’apport du public couvre en grande partie la location du cinéma et nous permet de rentrer dans nos frais avec un bilan équilibré » nous dévoile Marion Delmas, la chef de communication. En effet, si petit soit-il, un festival comme le FFCP reste coûteux à mettre en place. Outre la location des deux salles du Publicis durant une semaine, il faut compter l’achat des films présentés durant le festival, ainsi que la prise en charge des invités (voyage, logement, autres…), dont le nombre s’élève aujourd’hui à dix.
Pour faire tourner tout cela, ce n’est pas moins de 40 à 50 bénévoles, avant tout passionnés du cinéma coréen – comme David Tredler qui suivait le festival comme spectateur avant qu’une place de programmateur se libère. Et si certains ont un travail à côté et peuvent s’organiser pour le festival, d’autres sont étudiants français ou coréens. Entre le retour des uns en Corée et des dates de partiels qui ne le permettraient plus pour d’autres, c’est une grande partie du staff qui est renouvelée chaque année.

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Une équipe qui a grandi en même temps que l’affluence du public, chaque année en hausse, obligeant le festival à se délocaliser à trois reprises. Une première année au Reflet Médicis, les quatre suivantes au Grand Action, puis les 6e et 7e éditions au Saint André des Arts. Le dernier déménagement au Publicis Cinémas fut une obligation pour faire face au public d’habitués formé au fil des ans. « On avait parfois 250 personnes qui voulaient voir un film, pour une salle qui peut en accueillir 120 », se souvient Yoo DongSuk. Une différence certaine et un bond en avant avec les deux salles du Publicis de 200 et 400 places.
Le nombre de films et d’invités a également suivi cette même courbe à la hausse. Et le travail devient de plus en plus conséquent pour cette équipe qui s’y remettra dès le début 2016 pour la prochaine édition. Rien que la mise en place d’une programmation de 57 films (27 longs et 30 courts) nécessite de faire des visionnages dès février. « Pour les longs-métrages cela représente une bonne centaine de films. Pour les courts il faut compter dans les six cents », nous expliquent David Tredler et Marion Delmas, respectivement en charge de ces sections. A noter d’ailleurs la particularité du festival de mettre uniquement des courts-métrages en compétition, via les différents Prix FlyAsiana.

En ouverture de cette 10e édition, Kim Dong-ho, fondateur du Festival international du film de Busan (l’un des plus importants festival d’Asie) s’est montré confiant au sujet du FFCP. L’imaginant déjà se poursuivre aux 20e puis 30e éditions. Pour Yoo DongSuk, la vision reste davantage ancrée sur le présent. Aujourd’hui très content techniquement et humainement des relations avec le Publicis, quand on lui demande s’il envisage un nouveau changement de lieu dans les années à venir pour parer une affluence toujours plus forte, il répond évasif et en souriant d’un simple « On ne sait jamais… ».

Pierre Siclier
FESTIVAL DU FILM CORÉEN A PARIS 2015
CRITIQUES

A MIDSUMMER’S FANTASIA, de Jang Kun-jae
– ALICE IN EARNESTLAND, de Gooc-jin Ahn
ASSASSINATION, de Dong-hoon Choi
END OF WINTER, de Kim Dae-hwan
ISLAND, de Park Jin-seong
SPELLBOUND, de Hwang In-ho
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Interview de Jang Kun-jae, réalisateur d’A MIDSUMMER’S FANTASIA

Interview de Kim Dae-hwan, réalisateur d’END OF WINTER