À l’occasion de la sortie en DVD de l’intégrale de l’œuvre de Jane Campion, nous nous replongeons dans sa filmographie. Une occasion en or pour découvrir ou redécouvrir ses premiers courts métrages, ses films et sa série dont la seconde saison est en cours d’écriture. Artiste et cinéaste marquante de ces dernières années, Jane Campion s’est illustrée en parcourant des thèmes singuliers et universels, personnels et communs à tous, originaux et intemporels.

Portraits de femmes réalisés par une femme pour les femmes pourrait on dire. Telle est la première certitude que l’on pourrait énoncer au sujet du cinéma de Jane Campion. Faisant des femmes son personnage central, osant exposer leur corps et leurs faiblesses, dénuder leur âme et leurs forces, Jane Campion les dessine sans fausse pudeur et sans jugement. Dans leur langage, dans leur façon d’être et de se comporter, elles sont tour à tour cruelles, authentiques, mystérieuses, plurielles, audacieuses et crues. Que ce soit Sweetie (dans Sweetie), Janet Frame (Un Ange à ma Table), Ada (La leçon de Piano), Isabel (Portrait de Femme) ou même Fanny  (Bright Star), les femmes se révèlent à la fois prisonnières et gardiennes de leurs sentiments, de leurs émotions et de leurs représentations. C’est en se montrant indépendantes, autonomes et féministes que les femmes de Jane Campion deviennent fragiles et esclaves de leurs sens. C’est en voulant renverser les rôles hommes / femmes, en obligeant les hommes à subir leur domination que les femmes s’écroulent sous leur propre poids.

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Mais la femme de Campion n’existe qu’au regard de l’homme de Campion. Devenant sensible et émotif au premier regard, les hommes de Campion sont au final les « révélateurs » de ses femmes. C’est eux qui offrent la possibilité aux femmes d’incarner le courage, la force, la témérité et  la détermination. En donnant l’impression de se soumettre aux femmes, les hommes y puisent leur  « pouvoir ».  Baines (La leçon de Piano), Gilbert Osmonde (Portrait de Femme), James A. Malloy  (In the Cut) ou même John Keats (Bright Star) finissent par imposer aux femmes leurs propres volontés. C’est par leur sensibilité qu’ils permettent aux héroïnes de transformer fantasmes en réalité. C’est par leur arbitrage qu’elles obtiennent ce qu’elles désirent.

Voilà un autre thème de Jane Campion. Que ce soit dans ces « portraits biographiques » (Janet Frames dans Un Ange à ma table ou John Keats / Fanny Brown dans Bright Star), dans son « adaptation » (Portrait de femme) ou encore dans ses oeuvres originales ( tous ses autres projets sauf erreur de ma part), le désir trouve sa propre voie. Protagoniste à part entière, le désir s’insinue dans chaque plan, dans chaque pensée et dans chaque émotion. Moteur des personnages, le désir les possède et les pousse dans leurs retranchements. L’inimaginable devient possible et les relations hommes / femmes s’en trouvent bouleversées. Des affrontements intimistes et intenses et des conflits, naissent les plus beaux tête-à-tête. Premières sujettes au désir, les femmes abolissent les derniers remparts de la pudeur et des conventions. Laissant libre cours à leurs besoins et à leurs envies, les femmes transforment les hommes en « objets » avant de finir en leur pouvoir. C’est en obéissant aux désirs des femmes et en acceptant ce statut d’objet que les hommes reprennent l’ascendant sur la gente féminine.

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Outre le désir, l’environnement influe en permanence sur ce jeu de rôle. Passant du désert aride aux végétations sauvages, de la ville étouffante à la nature enivrante et / ou dépouillée, le décor omni présent envahit l’espace et le cadre. Il permet aux sentiments de se développer. Il aide les émotions à grandir et à s’épanouir. Les étouffant, les exilant, les bannissant ou encore les exposant, la nature n’est pas un simple abri. Elle se métamorphose en refuge et en asile. Cachant les liaisons adultères dans le cadre de La leçon de piano ou abritant les confessions amoureuses dans Bright Star, la nature offre un ultime repaire aux couples passionnés perdus dans l’immensité du décor et dans l’intensité de leurs émotions. Ce protagoniste environnemental parfois grandiose, effrayant ou quelque fois morbide devient un décor sublimé par la caméra de Jane Campion. Véritable oeuvre d’art dans certains plans de Bright Star, la nature et les prises de vue intérieure se déclinent en tableaux naturalistes. Les troncs maladifs et gris des arbres de La leçon de Piano font de la foret un cimetière hanté par les âmes brumeuses. Ces univers sont déclinés aux fils des films  de la réalisatrice pour offrir une palette variée et toujours « habitée ».

Au sein de ces mondes gagnés par la nature, l’art trouve toujours sa place. Le brouhaha des vers de Bright Star résonne avec les mélodies de La leçon de piano. Les mots griffonnés sur les cahiers dans Un Ange à ma table se superposent aux pieds annotés dans le métro de New York dans In The Cut. Sous une forme ou sous une autre, l’art s’immisce dans tous les films de la réalisatrice pour intensifier les émotions et découvrir les sensibilités. Se heurtant aux regards des autres, les artistes de Jane Campion incarnent une forme de beauté suprême. Offrant aux hommes et aux femmes un point de rencontre, l’art permet surtout à l’artiste du couple de s’exprimer honnêtement  (véritablement) sans avoir à se conformer à sa propre image. Source de liberté et de tourments, l’art abolit les frontières et anéantit les masques.

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Regorgeant de trésors, la filmographie de Jane Campion est aussi singulière par sa « simplicité » et par son coté « minimaliste ». Bénéficiant d’une intrigue épurée, de personnages intenses et d’une histoire simple, Jane Campion s’empare d’une trame par film sans jamais l’abandonner. Telle une idée fixe, ses scénarii se renforcent en intensité dans les tête-à-tête et dans les confrontations entre les protagonistes. Sachant s’en tenir à l’essentiel, la réalisatrice maintient un cap pour faire vivre à ses héros les tourments et les tempêtes les plus intenses des sentiments et des émotions.

C’est de tous ces éléments que sont faits les films de Jane Campion. Des femmes, des hommes, la nature, le désir, l’art et une intrigue minimaliste. Les mélangeant avec soin, avec précision et avec savoir faire, Jane Campion harmonise par petites touches des thèmes universels et intemporels.

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JANE CAMPION SUR LE BLOG DU CINÉMA
PORTRAIT DE LA RÉALISATRICE

Artiste et cinéaste marquante de ces dernières années, Jane Campion s’est illustrée en parcourant des thèmes singuliers et universels, personnels et communs à tous, originaux et intemporels. Nous profitons de la réédition de sa filmographie en vidéo pour dresser un portrait de la cinéaste à travers l’analyse de l’intégralité de son oeuvre.

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CRITIQUES DE SES DIFFÉRENTS FILMS

Analyses des courts métrages, Peel, Passionless Moments, A Girl’s Own Story, After Hours et The Water Diary;

Critique des Longs métrages
– SWEETIE, 1989
 UN ANGE A MA TABLE, 1990
– LA LEÇON DE PIANO, 1993
PORTRAIT DE FEMME, 1996
– HOLY SMOKE, 1998
– IN THE CUT, 2003
– BRIGHT STAR, 2009

Critique de la série
TOP OF THE LAKE, 2013

INTÉGRALE JANE CAMPION: le contenu du coffret

http://video.fnac.com/a8932259/Coffret-Jane-Campion-12-films-Edition-speciale-Fnac-DVD-DVD-Zone-2ob_d32b08_3d-boxset-br

Contenu du coffret DVD 

Courts métrages :
– PEEL, 1982
– PASSIONLESS MOMENTS, 1983
 A GIRL’S OWN STORY, 1984
– AFTER HOURS, 1984
– THE WATER DIARY, 2006 (inédit, tous territoires)
– THE LADY BUG, 2007 (inédit, tous territoires)
Tissues (inédit, tous territoires)

Séries
– TOP OF THE LAKE, 2013

Longs métrages
– TWO FRIENDS, 1986 (TV)
– SWEETIE, 1989
 UN ANGE A MA TABLE, 1990
– LA LEÇON DE PIANO, 1993
PORTRAIT DE FEMME, 1996
– HOLY SMOKE, 1998
– IN THE CUT, 2003
– BRIGHT STAR, 2009

 

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Invité

un très bon dossier, bravo !!
je vais jeter un oeil à vos critiques sur ses courts également, ça m’intéresse beaucoup !

Portrait de Jane Campion

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