Photo du film INCROYABLE MAIS VRAI
Crédits : Atelier de production Arte France Cinema Versus Production

INCROYABLE MAIS VRAI, le meilleur Dupieux ? – Critique

Une révolte tragicomique et la fête est finie, le cinéma français tient son patron. Avec une réalisation distinguée, des clins d’œil eisensteinien dans son montage et des comédiens d’une justesse fascinante, Quentin Dupieux, avec son INCROYABLE MAIS VRAI, annonce d’entrée la couleur de ce printemps du cinéma français. Sortie prévue le 15 juin prochain.

Une comédie, vraiment ?

Toujours aussi iconoclaste, Quentin Dupieux nous emmène dans une aventure dans son univers au style unique entre États-Unis des années 70 et France d’aujourd’hui. Ayant trouvé depuis longtemps son esthétique, épurée, un brin estival tout en y insufflant quand il faut une dose d’angoisse, la qualité de la filmographie du cinéaste n’est plus à prouver notamment avec le succès de Mandibules en 2020 ou encore de Réalité en 2014. Souvent proches d’un délire de potes comme Steak (2007) ou Wrong Cops (2013), celui qui au début était bousculé par la critique, présenté comme un musicien qui essayait de faire du cinéma à fermé bien des caquets et ce sera encore le cas cette année avec Incroyable mais vrai, sa nouvelle réalisation.

Photo du film INCROYABLE MAIS VRAI
Crédits : Atelier de production Arte France Cinema Versus Production

Présenté au Festival international du film d’Istanbul, le film présente un couple formé d’Alain Chabat et Léa Drucker emménageant dans une nouvelle maison, la leur. Au gré d’un montage erratique, déroutant le film nous emmène dans peu à peu de sa diégèse : un long glissement grinçant dans une folie douce. A travers une imagerie simpliste et décalée le film s’immisce insidieusement à coup de grandes répliques beaufs au possible dans nos questionnements autour de la masculinité, de la jeunesse, de notre sexualité.

L’action, animée autour du couple Chabat / Drucker se décentre peu à peu pour donner de la substance au couple Benoît Magimel / Anaïs Demoustier dont les interactions sont à la fois risibles et touchantes. Numéro d’équilibriste absolu, Dupieux réussi à faire rire sans artifice, se détachant d’une forme crue parfois trop absurde pour épurer au maximum le fond.

Photo du film INCROYABLE MAIS VRAI
Crédits : Atelier de production Arte France Cinema Versus Production

Dupieux se réinvente

Le plus impressionnant est cette rupture des codes propres à sa narration habituelle. En entamant le récit de manière très absurde mais aussi assez potache, le cinéaste réussi – bien aidé par un jeu des comédiens extrêmement juste – a renverser ses propres codes pour au fur et à s’en éloigner pour toucher du doigt des thématiques qu’il a pu s’employer à questionner précédemment mais jamais aussi frontalement. C’est avec brio que cette comédie, « ce nouveau Dupieux », ne ressemble dans son fond que très peu à un Dupieux et s’émancipe comme un film à part entière ce que Mandibules avait plus de mal à faire l’année passée. Ici, les ficelles ne se voient plus, elles s’effacent au fil de la narration. Véritable tour de force s’il en est, le cinéaste et ses acteurs arrivent à traiter des sujets de fond aussi importants que le rapport à l’autre, le capitalisme, le virilisme ou la société du spectacle dans un long-métrage de seulement 1h14.

Il y a chez le cinéaste cette capacité à inventer des histoires que les autres n’écriraient pas, de mettre en scène ce que le commun des mortels ne sauraient imaginer, cette faculté à incorporer la musique parfaite sur l’imagine parfaite. Souvent ce cinéma peut laisser perplexe, voire parfois révulser par son absurdité assumer, parfois excluante. Mais avec INCROYABLE MAIS VRAI, Dupieux atteint l’équilibre d’une comédie plus dramatique que comique sans renier pour autant son propre style. C’est aussi pour cela que ce film qui sortira sur les écrans français le 15 juin 2022 est une réussite.

Etienne Cherchour

Titre original : Incroyable mais vrai
Réalisation : Quentin Dupieux
Scénario : Quentin Dupieux
Acteurs principaux : Alain Chabat, Léa Drucker, Benoît Magimel, Anaïs Demoustier
Date de sortie : 15 juin 2022
Durée : 1h14min
4
Brillant

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