Photo du film ALICE SWEET ALICE
Crédit : Rimini Éditions

ALICE, SWEET ALICE, douce et sanglante psychopathe – Analyse

Dans une église catholique, une jeune communiante est étranglée avec un cierge pendant l’office. Tout accuse sa petite sœur, Alice, connue pour ses écarts de conduite. Seul film notable de la carrière de son réalisateur, ALICE, SWEET ALICE se distingue comme une série B visionnaire, en avance sur son époque.

Entre Psychose et Carrie au bal du diable, ALICE, SWEET ALICE prend racine dans une époque bien particulière, où les carcans traditionnels sont encore très présents, malgré les avancées socio-politiques. Le cinéma de la première moitié des années 70 s’est justement penché sur ces mutations et témoignent de la libération des mœurs, comme de l’aliénation suscitée par la croyance aveugle et le repli vers d’anciennes valeurs. Ainsi donc, ALICE, SWEET ALICE situe son intrigue au cœur d’une communauté catholique américaine, où s’opposent deux petites filles. L’une dépeinte comme l’enfant sage et l’autre, comme l’enfant terrible.

Photo du film ALICE SWEET ALICE
Crédit : Rimini Éditions

Après avoir été excommunié de sa communauté religieuse en raison du contenu explicite de son premier film (Deep Sleep), le réalisateur Alfred Sole règle ses comptes avec l’église catholique. Jusqu’au-boutiste, il place son récit dans le diocèse de Patterson, New-Jersey, d’où il est originaire. Et ALICE, SWEET ALICE de baigner dans une imagerie religieuse omniprésente, où sont sciemment écornées des figures comme celle du prêtre ou de la vieille fille bigote. Pire encore, le premier meurtre a lieu dans la maison de Dieu, sous les regards des statues des saints et de celle de Jésus-Christ, notre sauveur.

Damien, Carrie et Alice

Alfred Sole s’empare dès lors de deux thématiques prépondérantes dans le cinéma d’horreur de l’époque : la religion chrétienne et l’enfant maudit. De L’Exorciste en 1972 au premier volet d’Amityville en 1979, ces thématiques vont grandement imprégner le genre et ALICE, SWEET ALICE pourra même se gausser d’en être l’un des précurseurs. Car, si Carrie au bal du diable de Brian de Palma et La Malédiction de Richard Donner sortirent la même année, le film d’Alfred Sole garde la primeur. En effet, au moment de sa sortie, il était déjà en production depuis six longues années – où la recherche de financements fut quasiment quotidienne.

Photo du film ALICE SWEET ALICE
Crédit : Rimini Éditions

En amont, Black Christmas de Bob Clark (1974) avait posé les bases du slasher, tel qu’on l’entend aujourd’hui. À savoir un psychopathe caché dans l’ombre, décimant un à un les membres d’un groupe d’individus. Toutefois, si ALICE, SWEET ALICE adopte quelque peu cette logique, il reste relativement traditionnel dans sa structure de whodunit, avec une résolution parapsychologique proche du Giallo italien. Si les meurtres à l’arme blanche évoquent forcément le Psychose d’Hitchcock, il préfigure cependant bel et bien la vague des psychokiller movies gores qui s’apprête à déferler sur les années 80 et le début des années 90. On note d’ailleurs au générique un jeune William Lustig, futur réalisateur de Maniac, en charge du maquillage et des effets spéciaux.

Prêtrise et trahisons

Par ailleurs, ALICE, SWEET ALICE constitue l’un des premiers médiums à traiter de l’éclatement de la famille nucléaire au cinéma. En effet, les parents des deux sœurs sont divorcés, et leur mère les élève seule, dans un appartement miteux, au voisinage peu fréquentable. Par certains aspects, le récit se concentre aussi sur le sentiment de persécution de la petite famille au sein de sa communauté religieuse. La tante bigote n’aime pas Alice, car elle a été conçue hors mariage. La bonne du curé, d’ordinaire si douce, méprise la mère et ses deux filles, en raison de la séparation effective des deux parents. Autant de revers adressés au culte catholique, qui atteignent leur paroxysme avec la figure du prête, très intéressé, sinon trop, par les jeunes adolescentes ou leurs jolies mamans.

Photo du film ALICE SWEET ALICE
Crédit : Rimini Éditions

Enfin, le personnage d’Alice ne manque, lui non plus, certainement pas d’intérêt. Parmi les enfants plus ou moins maléfiques des films d’horreur des années 70, elle se démarque par son manque d’empathie. Également par sa posture d’antagoniste présumée. En effet, loin de se positionner en victime, Alice est dépeinte comme une enfant caractérielle et revêche. Elle suscite néanmoins la compassion, au point qu’on en vient à espérer qu’elle soit lavée de tout soupçon. Figure assez moderne pour son époque, Alice est simplement une personne peu recommandable et visiblement instable. Est-elle une dangereuse meurtrière pour autant ? La question reste ouverte.

Lily Nelson

Alice sweet alice,avis,critique,film,communion sanglante

Pour la première fois en haute-définition, ALICE SWEET ALICE sort en combo Blu-Ray et DVD chez Rimini éditions. Le film est accompagné d’un livret de 20 pages conçu par Marc Toullec, avec en bonus, une présentation de Gilles Gressard, écrivain et historien du cinéma.

Note des lecteurs0 Note
Site Web | Plus de publications

J'aime les films d'horreur, les comédies musicales... et les paradoxes.

Écoutez-nous !

Soutenez-nous !

Rédactrice
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires
0
Un avis sur cet article ?x