Photo du film IRRÉVERSIBLE
Crédit : Carlotta Films

IRRÉVERSIBLE, le coup de poing de Gaspar Noé – Analyse

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Ciné+ Frisson diffuse la version intégrale du film polémique, précédée par le documentaire IRRÉVERSIBLE, À L’ENVERS ET CONTRE TOUS. L’occasion de revoir le chef-d’œuvre de Gaspar Noé qui, près de vingt ans après son scandale cannois, n’a rien perdu de sa force, ni de son aura.

Cannes 2002. On se souvient des images. Des images de ces spectateurs qui sortent de la projection d’IRRÉVERSIBLE, furieux et indignés. De cette femme, toutes griffes dehors, qui brocarde Monica Bellucci : « Comment est-ce que vous avez pu faire un film pareil ?! ». On est loin de se douter qu’en son for intérieur, celui par qui le scandale arrive, Gaspar Noé, jubile. Bien qu’on le barde de menaces, il considère son film comme une réussite. Car il fait réagir. Devant la caméra de Marc Godin, auteur du documentaire IRRÉVERSIBLE, À L’ENVERS ET CONTRE TOUS, le réalisateur continue de s’émerveiller : « C’est dingue de voir comment le cinéma peut déclencher des réactions aussi viscérales. »

Photo du film IRRÉVERSIBLE
Crédit : Carlotta Films

Viscéral. Le terme est bien choisi. Par le prisme de 2021, le film coup de poing de Gaspar Noé cogne désormais un peu plus fort. Dans une époque où les mots « viol », « agression sexuelle » et « féminicide » maculent quotidiennement l’actualité, IRRÉVERSIBLE trouve une nouvelle résonnance. « C’est ça, la violence. » Ainsi, Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, décrit l’œuvre de Gaspar Noé dans le documentaire de Marc Godin. Et à en croire les réactions du petit monde de la Croisette cet été-là, on préférait, à l’époque, détourner le regard. Aujourd’hui, à cet énième éveil des consciences, à la crainte du tribunal public sur les réseaux sociaux, on le détourne un peu plus. Un viol au cinéma, filmé comme celui d’IRRÉVERSIBLE… De nos jours, aucun producteur n’en assumerait le financement.

Effectivement, Thierry Frémaux se montre catégorique : IRRÉVERSIBLE est un film « gonflé et courageux ». Albert Dupontel le considère comme « magnifique ». Vincent Cassel s’en dit « très fier, encore aujourd’hui ». Le documentaire de Marc Godin souligne à quel point IRRÉVERSIBLE revêt une importance significative dans le cinéma français. L’œuvre fut un passage marquant dans la carrière de son réalisateur, mais aussi de ses acteurs, notamment Monica Bellucci, Vincent Cassel et Albert Dupontel – dont les filmographies s’enorgueillissent rarement de positionnements artistiques aussi radicaux. D’autant qu’IRRÉVERSIBLE est un projet béni. Témoin d’une époque révolue où le culot était encore salué et récompensé par des modes de production désormais bien plus frileux…

Photo du film IRRÉVERSIBLE
Crédit : Carlotta Films

IRRÉVERSIBLE n’en demeure pas moins un miracle. Un rape & revenge conceptuel, monté à l’envers et vendu sur un scénario qui ne dépassait pas quelques lignes. Même en ces temps plus cléments, il fallait oser. Ce pari pris, subsiste un grand film. Malgré le poids des années, IRRÉVERSIBLE reste foudroyant et – le terme lui colle à la peau – viscéral. Cela tient à son montage, ses lumières, sa musique, ses ambiances. Tout, dans ce film, est abrupt, cruellement sensible et réaliste. Après Seul contre tous, Gaspar Noé a cessé de tâtonner pour trouver sa patte. Il happe et pousse à bout pour faire naître un ressenti coûte que coûte. Néanmoins, on se fourvoierait à définir la filmographie de Noé comme un cinéma de l’abject. Au contraire, toute l’œuvre du réalisateur est traversée d’une profonde humanité et IRRÉVERSIBLE ne fait pas exception.

Comme le souligne Albert Dupontel dans IRRÉVERSIBLE, À L’ENVERS ET CONTRE TOUS, il existe chez Noé un paradoxe. S’il est capable de démontrer toute l’horreur du fait divers, il se surpasse tout autant à « sublimer l’être humain », rappelle Monica Bellucci. Et de moments de grâce, d’instants suspendus, IRRÉVERSIBLE en est rempli. Peut-être est-ce d’ailleurs ce qui rend la pénible scène du tunnel d’autant plus insoutenable. Dans un univers où pourtant, la beauté existe, elle paraît bien plus cruelle encore. Au sol, filmée du point de vue de la victime, elle ne nous épargne pas. La réalité non plus, ne nous épargne pas. Jamais. Vingt ans plus tard, la gifle assénée par le film de Gaspar Noé laisse toujours une brûlure aussi vive. Peut-être est-ce là ce qui le distingue d’une simple provocation. Peut-être qu’en réalité, IRRÉVERSIBLE avait bien plus à offrir qu’on a voulu le laisser croire. Et peut-être qu’il faudrait, vingt ans plus tard, se laisser convaincre de le revoir. À bon entendeur…

Lily Nelson

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