Photo du film LATE NIGHT WITH THE DEVIL
Crédits : Capelight Pictures OHG

LATE NIGHT WITH THE DEVIL, Satan en plein talk-show

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En 1977, à l’orée de la satanic panic, LATE NIGHT WITH THE DEVIL s’amuse à torturer l’équipe d’un talk-show à la télévision américaine. Une période où les médias US ont créé et entretenu les craintes du public quant à l’existence de cultes sataniques. Un “arroseur-arrosé” qui offre sa vengeance au film d’horreur, souvent accusé lui-même d’ambitions démoniaques…

L’enfant de Network, plus que de Ghostwatch

Remarqué dès 2023 dans les festivals spécialisés, LATE NIGHT WITH THE DEVIL a avant tout plu par son concept. Un talk-show télévisé de 1977, enregistré à l’occasion d’Halloween et jamais rediffusé depuis, en raison de son contenu extrêmement dérangeant. Souvent comparé à Ghostwatch de Lesley Manning sorti en 1992, le film des Australiens Cameron et Colin Cairnes n’a pourtant pas grand-chose à voir avec son aîné, si ce n’est dans son inspiration formelle. Tout comme Ghostwatch, LATE NIGHT WITH THE DEVIL imite une émission télévisée sur le paranormal. Néanmoins, l’ambition s’avère totalement différente.

Ghostwatch était effectivement conçu comme un TV-hoax, un canular, censé donner au téléspectateur l’impression qu’il regardait un véritable talk-show de son époque en direct. LATE NIGHT WITH THE DEVIL assume, au contraire, sa dimension fictionnelle et n’a pas pour objectif de rendre son intrigue réaliste, puisqu’il donne plutôt à voir une satire des émissions des années 70. Si les deux longs-métrages ont pour point commun le médium télévisé, il faut davantage creuser du côté de Network de Sidney Lumet pour l’inspiration thématique… dans un esprit plus franchouillard et moins ambitieux cependant (restons mesurés).

Satanic Panic !

LATE NIGHT WITH THE DEVIL s’affilie davantage à la critique des médias, de leur star-system et de la course à l’audience, qu’au TV-hoax de Lesley Manning. Une critique qu’il s’amuse à placer dans le contexte naissant de la satanic panic – littéralement “panique satanique” – qui a touché les États-Unis à compter des années 80. Une panique morale et une peur généralisée face aux rites et sectes sataniques, inventées de toutes pièces par les médias, et surtout, entretenues par eux. En tant que film d’horreur, genre mis en cause à l’époque, LATE NIGHT WITH THE DEVIL se saisit du sujet avec ironie.

Pour ce faire, il utilise tout un référentiel médiatique, propre à la culture du paranormal. Le personnage du médium Christou, par exemple, porte un nom assez commun parmi les figures ésotériques de l’époque, et réfère à nombre de charlatans qui étaient fréquemment invités sur ce type de plateau télévisé. Face à lui, le prestidigitateur Carmichael Haig, sceptique en pleine démystification des événements paranormaux, évoque aussi bien Houdini, qui s’était investi de cette mission au début des années 20, que le magicien James Randi, qui s’est personnellement écharpé en direct avec des médiums.

Un miroir caricatural

Enfin, Lilly d’Abo et la parapsychologue June Ross-Mitchell font éminemment référence à Michelle Smith et à son psychologue, Lawrence Pazder. En 1980, ces deux derniers ont donné un point de départ à la satanic panic avec la sortie de leur livre Michelle remembers. Pazder y exhumait les souvenirs enfouis de la jeune Michelle, prétendument victime des abus d’un culte satanique. Un duo infernal (sic), lancé sur les ondes, validé et exhaussé par des médias en pleine course à l’audimat. Un duo qui, paradoxalement, aura fait beaucoup de mal au cinéma d’horreur – jugé sataniste – alors qu’il s’en inspirait largement.

Malgré son filtre “grain vintage” un peu toc et ses illustrations malheureusement générées par IA, LATE NIGHT WITH THE DEVIL tend un miroir caricatural mais justifié à la télévision de cette époque. Laquelle entendait dénoncer les prétendues infâmies – sacrifices humains, rituels et orgies – commises par une certaine intelligentsia, alors qu’elle-même constituait une élite, prête à tout pour garder son assise sur l’audience. On note d’ailleurs un clin d’œil à Anton Szandon LaVey, fondateur de l’Eglise de Satan, et ami avec de nombreuses personnalités des années 70. Un pied de nez donc, du film d’horreur à ses vieux détracteurs.

— Lilyy NELSON

Auteur·rice

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