On arrive au bout du chemin avec la dernière partie de notre liste des années 2010. Il ne reste que 25 films et, encore une fois, une grande variété est à noter.

Les 100 films à retenir des années 2010 – Partie 1 : De Drive à Gone Girl
Les 100 films à retenir des années 2010 – Partie 2 : De Inception à Foxcatcher
Les 100 films à retenir des années 2010 – Partie 3 : De Nymphomaniac à Vice Versa

A Ghost Story, réalisé par David Lowery (2017)
Les mauvaises langues réduisent A Ghost Story à son plan à rallonge sur Rooney Mara qui se goinfre de tarte. C’est, en réalité, un moyen grossier d’évacuer de ne pas se confronter à toute la portée dramatique que se dégage de cette séquence, et même du film dans son entièreté. David Lowery pond là un objet difficile à aborder, qui ne nous prémâche pas le travail. En visant une simplicité narrative et formelle, le metteur en scène arrive avec un rien à nous assaillir de décharges émotionnelles. Rarement le deuil n’aura été aussi terrassant au cinéma et, rarement, la figure de fantôme aura été vecteur d’une tristesse si déchirante à sonder. – Maxime Bedini

Mad Max : Fury Road, réalisé par George Miller (2015)
J’avais écrit en 2015, à chaud, au soir même de sa projection cannoise du 15 mai 2015, qu’il faudrait voir si avec le temps Fury Road trouverait son statut de chef d’oeuvre intemporel comme Mad Max 2 avait pu l’acquérir. Pour ma part c’est un grand OUI, même si je relativise également en admettant que la valeur de Fury Road provient tout autant de ses qualités directes (un excellent film d’action au rythme incroyable et à la mise en scène folle, un scénario riche aux innombrables couches existant exclusivement dans le décors et les actions des personnages) que de ce qu’il représente au sein de la saga Mad Max dans son ensemble ; Fury Road a su finalement trouver les exacts motifs lui permettant de renouveler le discours entamé en 1979 tout en poursuivant les thématiques du passé, notamment sur les thèmes de la Femme, de l’écologie et de la religion. Cela-dit, ayant été élevé au jeu vidéo et la narration environnementale, la quadrilogie Mad Max dans son ensemble ne cesse de me parler par sa façon de raconter tant de choses par son décors et ses scènes d’action plutôt que par le dialogue; Fury Road à ce “jeu”, réussit à mon sens à dépasser ses maîtres ! – Emmanuel Soumet

Un Grand voyage vers la nuit, réalisé par Bi Gan (2019)
Un jeune homme revient dans sa ville natale pour retrouver la femme qu’il a aimé. À travers une enquête Modianesque, le film déambule le long d’un territoire intérieur, celui des rêves et des souvenirs. Un Grand Voyage vers la Nuit est une expérimentation labyrinthique, un geste de cinéma radical façonné dans un écrin esthétisant. Bi Gan s’empare des codes du film noir pour une exploration cinématographique pure, une errance hypnotique vertigineuse, un passage entre deux mondes enfouis dans les limbes de la nuit. – Hadrien Salducci

Enter the void, réalisé par Gaspar Noé (2010)
Sous prétexte qu’il apparaît dans le cinéma français comme un électron libre et subversif, certaines critiques ont souvent tenté en vain d’intellectualiser le cinéma de Gaspar Noé, alors qu’il est avant tout affaire de sensations, de trips sensoriels radicaux. Librement inspiré du Livre des Morts Tibérains, Enter the void est à la fois une immersion dans un océan de sensations, et une exploration du vide le plus angoissant, où l’on reconnait l’art de Noé d’entremêler l’euphorie et le spleen. S’autorisant une virtuosité dans la mise en scène, et plus particulièrement la spacialisation, même lorsque le récit confine au malsain et au morbide, Noé invente une forme nouvelle de cinéma qui n’a pas fini d’infuser chez les cinéastes des quatre coins du monde. Les critiques parlent parfois de récit d’errance, notamment pour Antonioni ; nous avons ici une réalisation, un dispositif technique de l’errance. – Arkham

Ernest et Célestine, réalisé par Benjamin Renner et Vincent Patar(2012)
Dans un monde où l’univers du film d’animation semble être dominé par Disney et compagnie, Ernest et Célestine, film belgo-franco-luxembourgeois, se démarque pour le plus grand plaisir des spectateurs. Adapté de la série de livres pour la jeunesse du même nom, ce long-métrage, suit l’histoire d’amitié aussi originale qu’unique d’une petite souris et d’un ours. En souhaitant rester fidèle au graphisme des albums d’origine, le film dégage un sentiment de spontanéité et de tendresse aussi attendrissant que fascinant. À travers des personnages et des paysages qui se dessinent puis s’effacent au fil de l’action et des émotions, Ernest et Célestine permet aux spectateurs de retomber dans le monde de l’enfance où l’imaginaire est roi et l’éphémère devient magique. Avec une simplicité touchante qui cache un travail recherché autour des dessins, le film a eu l’honneur d’être décrit comme étant un « joyau du cinéma d’animation français » lors de sa projection hors compétition au Festival de Cannes en 2012. Délice pour les yeux, le minimalisme enchanteur d’Ernest et Célestine est sûr de conquérir le cœur des plus petits comme des plus grands, faisant de lui l’un des meilleurs films d’animation de ces dernières années. – Sarah Cerange

The house that jack built, réalisé par Lars von trier (2018)
Revenu du Purgatoire après ses propos jugés déplacés au Festival de Cannes 2011, Lars von Trier avait des choses à se faire pardonner. Toute l’irone de la situation est qu’il revient sur les lieux du crime avec The House That Jack Built, portrait au plus près d’un serial-killer, à tel point que nous étions invités à pénétrer dans son esprit pour partager ses pensées les plus tordues. Le réalisateur danois n’a pas mis de côté son sens de la provocation mais se livre dans ce film à une sorte d’introspection, sans se ménager. Tout est pardonné, maintenant. – Maxime Bedini

Carré 35, réalisé par Eric Caravaca (2017)
Documentaire intime et pudique réalisé par Éric Caravaca, qui parvient à reconstituer les premiers mois de la vie de sa sœur décédée avant sa naissance. Lourd secret dont personne ne parlait chez lui, mais hantait pourtant toute la famille, car l’absente était malgré tout présente. Sa démarche thérapeutique s’apparente à la psychogénéalogie, approche qui remet en perspective la mémoire familiale refoulée et transgénérationnelle, dont les traumatismes et les non-dits vécus par les ancêtres d’un individu peuvent se répercuter sur ce dernier, et parfois induire inconsciemment des troubles. Évitant tout débordement personnel, le réalisateur ne s’aventure jamais dans le territoire de l’indécence mais fascine le spectateur par la contextualisation de son histoire personnelle dans la grande Histoire. – Sylvie-Noëlle

The Strangers, réalisé par Na Hong-jin (2016)
Passé le choc The Chaser, avait suivi le moins réussi The Murderer. Puis, le sud-coréen Na Hong-Jin nous revenait avec The Strangers en 2016, un formidable film noir, sorte de grande fresque sur le mal qui se répand insidieusement dans une petite bourgade montagnarde où une pluie diluvienne ne cesse de s’abattre, en hommage avoué à Seven de David Fincher. Commençant tel un polar, le film mélange les genres avec un brio déconcertant dont le cinéma asiatique semble être le seul à en maîtriser les codes, pour glisser vers le fantastique lors d’une dernière partie inoubliable. Nous nous y glissons avec un plaisir coupable, avant d’assister à la plus originale et spectaculaire séquence d’exorcisme filmée au cinéma. Pas toujours évident à suivre, de par son extrême densité et sa propension à brouiller volontairement certaines pistes, The Strangers était l’une des dernières œuvres sud-coréennes les plus marquantes de ces dernières années, avant de se faire récemment détrônée par le raz-de-marée Parasite de Bong Joon-Ho. –  Loris Colecchia

La Piel que habito, réalisé par Pedro Almodóvar (2011)
La Piel Que Habito est un film qui restera un objet un peu à part au sein de l’œuvre de Pedro Almodovar. Déjà parce que, au-delà de sa simple architecture (complexe et millimétrée comme le font les maîtres anglophones du thriller à rebondissements – Fincher, Hitchcock, Shyamalan ; et il y a plus longtemps Christie), il se plonge dans un genre dans lequel l’espagnol ne s’était jamais vraiment aventuré : l’angoisse. Même si La Piel Que Habito ne fait pas peur, il met mal à l’aise, se jouant morbide, sordide, malsain, lugubre, se voulant labyrinthique et clinique. Si c’est l’un de ses meilleurs films, c’est justement parce qu’il sait là où s’abandonner au sérieux presque grotesque du film gothique, et là où s’inscrire dans la plus pire tradition Almodovar, dans sa passion extravagante et dans son exploration de thématiques qu’on lui connait si bien : le genre, le sexe, le pouvoir érotique. Le résultat, glaçant et orgasmique, est un tour de force. – Vivien

Cloud Atlas, réalisé par Lana Wachowski, Tom Tykwer et Lilly Wachowski (2013)
Véritable conte moderne sur les générations, les soeurs Wachowski nous signent, avec Cloud Atlas, ce que je pense être leur plus beau film. Action et émotion, un mélange qu’elles réussissent maintenant à gérer à la perfection, Cloud Atlas retrace l’histoire à travers les âges de plusieurs personnages et leurs réincarnations – un ensemble d’acteurs qui préfigurent l’excellente série Sense8. Une belle histoire humaine sur la transmission et les croyances. Les Wachowski nous montre des personnages qui se battent à travers les époques pour en terminer avec l’obscurantisme, et qui cherchent à créer un nouveau monde. Monde qu’ils trouvent souvent dans l’amour. Un thème actuel dans une histoire pour le moins inhabituelle. Raconter dans le désordre, d’une durée de 3 heures et mettant au même niveau un de l’action épique dans le futur et les aventures d’un homme en maison de retraite, Cloud Atlas est un film plein d’audace qui déplaira sûrement à certains mais qui n’en reste pas moins visionnaire. – Nastassia

Une vie cachée, réalisé par Terrence Malick (2019)
Terrence Malick entame la décennie en 2011 avec une palme d’or éblouissante, The Tree of Life. Après une expérimentation à travers une trilogie peut être plus oubliable, le réalisateur revient, presque ironiquement, pour clore les années 2010 de la meilleure des manières, avec un nouveau chef-d’oeuvre. S’il choisit de revenir à forme narrative plus conventionnelle, les envolées lyriques sont toujours là mais cette fois-ci mises au service d’une histoire bouleversante. Celle d’un paysan autrichien qui refusa de prêter allégeance au régime nazi. Terrence Malick lave les péchés de l’humanité dans le martyr d’un homme humble guidé par sa foi. – Hadrien Salducci

Leviathan, réalisé par Andrey Zvyagintsev (2014)
« Il y en a qui estiment qu’il y ait une puissance souveraine dans l’Etat : mais que si on la donnait tout entière à un seul homme ou à une seule cour, tous les sujets deviendraient esclave« . Cette citation de Hobbes dévoile ici toute l’intention du film de Zvaguintsev. Laissant infuser la noirceur de son récit dans ce théâtre kafkaïen, Orson Welles se tient à portée de main du Russe. Le grand procès des hommes honnêtes finit dans la douleur et les sadiques emportent la mise sans le moindre mal. – Sofiane

Birdman, réalisé par Alejandro González Iñárritu (2015)
Ça zigzague et ça balance pas mal à Broadway. Ce qui surprend d’abord dans Birdman, c’est sa capacité à mener tambour battant un récit entièrement construit sur son (faux) mouvement interne. Whiplash ? Tout est dicté par ce rythme percutant – dans tous les sens du terme – où l’adrénaline de la mise en scène renforce la plongée dans l’esprit torturé et agité de son personnage principal. Portrait d’un acteur en crise avec lui-même, Birdman ne cesse de jouer avec l’illusion de la prise de vue pour incarner la démence frénétique de Riggan et épouser son regard perdu entre réalité et fiction. De ce fait, le théâtre représente ce dédale mental – moquetté du motif psychotique de Shining – dont il est difficile de sortir sans se heurter à une mise à nu aussi littérale qu’imagée. Puisque sur les planches comme en coulisses, c’est la vie qui se joue ; comme dans un microcosme où tout ce beau monde se foutrait constamment sur la gueule. Et même si tout semble improvisé, rien ne l’est. Iñárritu endosse alors le tablier du peintre cynique qui, en un complexe coup de pinceau, composerait une œuvre acerbe catalysant toute la folie fiévreuse de ce monde. Le tour de force nous ramène ainsi à la satire Altmanienne qu’est The Player où la caméra voguait déjà au milieu de l’effervescence d’un studio pour en examiner la crise interne.

Dans Birdman, la satire fait mouche. Iñárritu y traite de l’image, de l’apparence et du simulacre pour mieux saisir la condition du métier d’acteur : Riggan reste hanté par son démon intérieur, un oiseau ringard (évidente variation autour du Batman de Tim Burton) – symbole d’une machine hollywoodienne sans scrupule – qui au travers de sa voix-off le pousse à un voyage sans retour, toujours sur le fil(m) entre le vrai et le faux. Endossant ce nouveau masque malgré lui, l’être ricoche pour n’être plus qu’un hématome sur le nez d’une industrie aussi vaniteuse qu’hypocrite. Et il faut dire que Michael Keaton communique à merveille son énergie fiévreuse dans cette œuvre haletante où le phénix renaît de ses cendres. Car au-delà de la performance technique de son plan-séquence, Birdman impose son ébullition, sa percussion, sa batterie incessante et ce battement de cœur qui nous pousse à un sublime arrêt cardiaque. – Fabian

The lobster, réalisé par Yórgos Lánthimos (2015)
Trop peu souvent pense-t-on à recommander ce film de Yorgos Lánthimos pour une séance comédie, pourtant l’extrême noirceur de son fond ne fait que complimenter un cynisme délicieusement drolatique. Dans ce qui est l’architecturalisation d’une application de rencontre, la vacuité et la frustration existentielles des pensionnaires résonnent douloureusement. Les vastes espaces à la lumière d’inspiration hospitalière sont les locaux de la société qui tente de rationaliser l’amour. Mais inévitablement, tenter de contraindre au bonheur par le boitement mène surtout à beaucoup d’incompréhension. Les animaux, eux au moins, ne posent pas de questions. Malgré ses aspects décadents voire nonsensiques, le scénario se révèle extrêmement sensible, soulignant les conflits d’intérêts entre liberté et relations humaines. Le réalisateur confirme sa qualité d’auteur brillant après Canine, il désarçonne par ses idées aussi loufoques que leur traitement. Son long-métrage est remarquable en tout point, d’une grande variété de tons soulignant que face à la douleur, la meilleure réponse reste peut-être l’humour, instinctif. – Manon

A touch of sin, réalisé par Jia Zhangke (2013)
Quatre personnages pour un seul résultat : dresser le portrait de la Chine actuelle. Un exercice dans lequel le brillant Jia Zhangke excelle – sa filmographie en atteste. L’ensemble de ces histoires, déconnectés, navigue entre les genres, fait se frictionner une large variété d’émotions pour nous impliquer. Le metteur en scène sait faire du cinéma en n’oubliant pas qu’il a des choses importantes à dire. Son discours, lucide et implacable, n’écrase jamais la forme, remarquable. – Maxime Bedini

Harry Potter et les reliques de la Mort, réalisé par David Yates (2010 & 2011)
Qui n’a pas lu les romans de J. K. Rowling ? Qui n’a pas voulu se mettre dans la peau des sorciers Ronald, Hermione, Harry ou même Voldemort ? Le monde de Harry Potter fascine par son mysticisme, interroge par ses multiples thèmes abordés et les adaptations cinématographiques ont été parfaitement réussies. Les 2 films que composent Harry Potter et les Reliques de la Mort complètent cette quête d’une magistrale main de maître par David Yates. Retomber en enfance le temps d’un film est la parfaite définition d’un métrage réussi. C’est le cas ici. – Yannick Henrion

Get out, réalisé par Jordan Peele (2017)
Film à part, Get Out est une vraie proposition de cinéma dans laquelle s’allient la créativité de la pellicule et la vivacité des revendications. Le but ? Donner des frissons. Des frissons comme un bon film qu’on irait voir entre potes pour se faire peur. Et des frissons comme dans ces films de genre qui aiment à revendiquer pour dénoncer le terrible. C’est bien en mixant tout ça que le réalisateur Jordan Peele a décidé d’emporter le spectateur. Il l’embarque dans une histoire d’abord tordue, cauchemardesque ensuite, pour mieux l’abattre lorsque le fond du film apparait plus clair. Chris (incarné par Daniel Kaluuya) est noir, sa copine blanche. Visiblement, ça ne pose pas de problème à sa belle-famille. Pourtant, tout parait louche pour notre protagoniste qui va très vite se retrouver pris au piège du plus terrible des effrois, emportant avec lui les spectateurs qui, après s’être baladés du côté de la comédie et du thriller, finissent tout droit dans le film d’horreur.

L’histoire se transforme en une effrayante satire sociale, et le film en un grand film. Au gré d’une mise en scène prodigieuse et inventive, d’une fiction bien ficelée et d’une imagination délirante, Get Out questionne sur la réalité sociale de la première puissance occidentale. Oeuvre tournée sous Obama mais tellement anti-Trump, elle parcourt des thèmes comme la différence, les stéréotypes, le poids du passé et le rapport entre les différentes classes. Jordan Peele n’omet pas la dimension « spectacle » du cinéma, en faisant passer un sacré bon moment à ceux qui ont osé regarder son film. Get Out est donc tout à la fois, un objet réfléchi et divertissant, intelligent et surtout original. Get Out est d’autant plus surprenant qu’il est le premier long-métrage du réalisateur. Il récidivera en 2019, avec la même créativité et la même fibre contestataire, avec une autre pépite, US. – Yohann

Sucker Punch, réalisé par Zack Snyder (2011)
Vastement conspué à sa sortie, il n’est pas surprenant qu’il ait été confronté à un rejet animal, tant il s’émancipe du blockbuster grand public qui caractérise la poursuite de carrière de Zack Snyder. Son esthétique féminine résolument inspirée des mangas, jeux vidéo, comics, est l’exemple même de l’hypersexualisation geek, aussi banalisée qu’elle est malsaine. Ce que le réalisateur fait en revanche, c’est détourner cette culture discutable pour en faire la responsable larvée des tourments psychologiques qu’il dépeint. Les héroïnes, qu’elles se définissent comme victimes ou combattantes, sont aux prises d’une souffrance presque grotesque, confrontant le spectateur à une cruauté qui bouscule sa passivité, tout en restant étrangement ludique. Les deux mondes parallèles sont d’une richesse inouïe, et si les fantasmes d’évasion sont plus spectaculaires visuellement, la réalité dystopique est d’une radicalité qui captive irrémédiablement. Cinquante nuances de glauque (et de vert) teintent en effet l’écran, soutenues par les effets spéciaux qui permettent de décupler l’impact émotionnel de la perversion. Si peut-être davantage de subtilité aurait été profitable, le film et sa fin n’offrent pas moins différents niveaux de lecture autour de l’aliénation qui le rendent passionnant. – Manon

Mandy, réalisé par Panos Cosmatos (2018)
À quoi ressemblerait un revenge movie sous LSD ? On peut se demander si ce n’est pas la question qui a servi d’intention artistique à Panos Cosmatos quand il a conçu Mandy. Un revenge movie qui commence par une première partie douce et légèrement mélancolique, avant de dériver vers une violence gore et démesurée où l’image se confond avec une peinture apocalyptique aux couleurs instables. Servi par une imagerie heavy metal et les synthétiseurs hantés du regretté Johann Johannsson, le spectacle remet en scelle Nicolas Cage qu’on croyait perdu dans les limbes du direct-to-DVD insipide. Au sommet de sa démesure, Cage traverse ce Styx filmique débordant de cuir crissant et de métal rutilant pour mener son personnage jusqu’au degré ultime de la catharsis, à travers de combats de tronçonneuses dont l’absurdité est telle qu’elle confine à la poésie. – Arkham

La Flor, réalisé par Mariano Llinás (2019)
On a beaucoup parlé du dernier film du génial Mariano Llinás, La Flor, à cause de sa durée – et c’est un euphémisme – fleuve. Quatorze heures, six chapitres, quatre parties, quatre actrices, des clins d’œils à Tintin, une comédie musicale, un film d’horreur, un film d’espionnage… entre autres. Certains diront qu’il fallait être accroché pour traverser cette aventure cinéphile unique et tarée, mais en réalité le film de Llinás est si transi de générosité, de moments d’excitation, de libération artistique qu’on se retrouve à tout digérer avec une facilité détonnante. Une telle déclaration d’amour, comme un florilège façon best-of du septième art, touche tellement qu’elle finit par atteindre au plus profond de notre cinéphile. Un film de fou pour les fous. Les fous de cinéma et de fête visuelle, où les images sont reines et où les actrices sont le clou du spectacle. – Vivien

Springbreakers, réalisé par Harmony Korine (2013)
Déshabillant progressivement les codes du teen-movie habituel, Harmony Korine dope son Springbreakers aux hormones fluorescentes. C’est le vide béant des images qui propulse les personnages dans leurs propres abysses, tels des zombies à la recherche d’une surconsommation immobile et boosté par la recherche d’une célébrité factice que l’on cherche à tous prix sur les canaux saturés de la chaîne MTV. C’est déroutant, radical et nihiliste. Springbreakers porte un regard à la fois unique et juste sur notre époque : la vacuité existentielle irriguée par une industrie culturelle, qui semble invincible, est une version schizophrénique du rêve matérialiste. – Sofiane

Lion, réalisé par Garth Davis (2017)
Premier long métrage pour le réalisateur australien Garth Davis et adapté du roman même du personnage principal, Lion nous embarque dans la plus pure et la plus belle des quêtes : retrouver ses origines, rechercher sa famille, ses parents, sa mère. De l’émotion à l’état brut se dégage de ce film, qui ne s’évertue non pas à créer à tout prix de la compassion chez le spectateur, mais simplement à insuffler, naturellement, de l’émoi, du frisson. Un film d’une rare beauté, spontané, qui est à prendre tel qu’il est : saisissant d’authenticité. – Yannick Henrion

The Square, réalisé par Ruben Östlund (2017)
À travers une comédie grinçante et parfois cynique, The Square questionne la place de l’Art dans nos sociétés contemporaines. Alors qu’il est victime d’un vol de portable, Christian, un conservateur de musée arrogant et vaniteux est mis face à ses propres contradictions. Les séquences que Ruben Östlund étire jusqu’au malaise, révèlent tout le ridicule des postures intellectuelles de son personnage qui passe son temps à philosopher sur des concepts idéologiques mais se retrouve démuni lorsque la réalité implacable du monde vient frapper à sa porte. Les valeurs progressistes et bienveillantes qu’il arbore fièrement ne font que masquer un individualisme veule. Le réalisateur Suédois gratte le vernis de la sociale-démocratie pour en faire ressortir ses aspérités disgracieuses. – Hadrien Salducci

The Tree of Life, réalisé par Terrence Malick (2011)
« Il y a deux voies dans la vie : celle de la nature et celle de la grâce » nous prophétisait Jessica Chastain dans The Tree of Life (Palme d’Or 2011). Car l’œuvre de Malick ne sera que grâce et nature, beauté et silence, symphonies et sublime. En contant le récit d’une famille américaine moyenne dans le Texas des années 50, Malick part peut-être à la recherche de sa propre enfance et célèbre ainsi, non sans une certaine mélancolie, la puissance du souvenir : la beauté est là, dans un monde saisi à travers ses impressions, ses fêlures et son fourmillement. Tout y est à fleur de peau, proche des sensations et des émotions. La caméra est ainsi constamment en déplacement, en quête perpétuelle de beauté. The Tree of Life accomplit ainsi son œuvre dans la grandiloquence de ses images et la simplicité de son propos : du Tout découle l’intime ; de l’intime découle notre Tout. Une manière presque panthéiste de donner une dimension phénoménale à ce drame familial sur la nature des hommes qui naissent, vivent, aiment et pensent en voix-off. Une voix-off qui nous perd autant qu’elle nous fascine ; semblable à un murmure de l’au-delà, à un aveu fragile de Malick qui, entre questionnements vagues, doutes humains et pensées métaphysiques, invite à une introspection humaniste et personnelle.

Dans ces paroles nébuleuses, les réponses y sont souvent cachées et chaque spectateur, aussi différent soit-il, y trouvera probablement les siennes (ou pas) ; à condition de se laisser porter par cette double voix et le susurrement de ces images. Aussi impalpable qu’un songe, The Tree of Life invite à l’abandon de soi et à la contemplation d’un Tout ; le spectateur ondulant autour du film comme Jessica Chastain lévite autour d’un arbre. Nous ne sommes jamais loin de l’hallucination tant les plans nous saisissent comme dans un rêve. Parfois déroutant, toujours puissant, The Tree of Life méduse pour la simple beauté du geste : un film de racines aussi généalogiques qu’universelles. – Fabian

Once Upon a time… in Hollywood, réalisé par Quentin Tarantino (2019)
Comme dans Inglourious Basterds, Quentin Tarantino s’empare d’une histoire commune pour la modifier selon sa sensibilité. Once Upon a time… In Hollywood est un rêve de cinéphile, porté par une subjectivité qui en fait toute sa sève. Chacun des plans qui composent ce grand ouvrage déborde d’amour pour une époque qui a fugué depuis trop longtemps. En nostalgique, Tarantino exploite toute la puissance du cinéma et s’offre une parenthèse en forme d’introspection dans sa propre cinéphilie. On quitte notre siège avec étourdissement, encore quelque peu aveuglé par la puissance dans néons qui rendent toutes ces scènes possibles. Alors qu’il clame avoir envie de conclure sa carrière avec un ultime dixième film, on se dit que Once Upon a time… In Hollywood a pourtant la gueule d’un film-somme. Maxime Bedini

proposer un article ?