Star Wars VII: The Force Awakens © 2015 Lucasfilm Ltd

STAR WARS, la postlogie entre nostalgie et innovation – Analyse

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Il ne reste que quelques jours avant la sortie du dernier opus de la saga culte, et avec cette sortie, son lot d’interrogations. Outre les passions qu’a déchaînées la nouvelle trilogie Star Wars, n’ayant eu de cesse de diviser les fans, il convient avant tout d’analyser ces films pour leur contenu, ce qu’ils proposent dans l’univers le plus décrypté et analysé de l’histoire du cinéma.

Les thèmes inhérents à la saga sont d’ailleurs réinvestis en toute logique dans ces films, symbolisant deux approches distinctes : d’une part, une mise en scène et une écriture reflétant la nostalgie de créateurs ayant grandi avec la trilogie initiale et d’autre part, une vision plus novatrice, s’acquittant des prérequis et proposant une perception inédite dans un espace pourtant exploré dans le moindre de ses recoins. Tentative de décryptage.

Les planètes au service de la narration

L’épisode VII débute sur Jakku, une planète qui n’est encore jamais apparue dans l’ensemble des films. Paysages ensablés propices aux gros plans et carcasses de vaisseaux enfouis y sont mis en exergue. Comme dans l’épisode fondateur, la parole est donnée d’emblée aux plus démunis. Dans cette immense désert, il s’agira de peindre un cadre initial opposé aux richesses de Coruscant et de Naboo. Le scénario du film justifie ce choix : pour traiter de la quête initiatique d’un personnage, celui-ci doit nécessairement connaître la part sombre de la galaxie, dirigée par la pègre. Rey, avant de s’envoler vers d’autres horizons, vit sous l’emprise d’un microcosme totalitaire dirigé par Unker Plut. Avant elle, l’odyssée galactique des héros des deux autres trilogies avaient aussi débuté loin des Jedi et de la noblesse politique incarnée par le sénat ou Aldorand.

La situation initiale de ces schémas actanciels est primordiale pour la suite : outre la personnalité courageuse et intrépide de héros promis à un destin extraordinaire, ces scènes permettent d’offrir aux protagonistes des attributs (un sabre laser, une arme, une tenue, des qualités physiques) mais aussi un thème musical qui les suivra par la suite. Le temps de quelques séquences, le spectateur réalise que Rey maîtrise le combat, sait piloter différents vaisseaux, et par le recours à la musique, qu’elle sera l’héroïne de cette nouvelle trilogie.

Star Wars VII: The Force Awakens
Star Wars VII: The Force Awakens © 2015 Lucasfilm Ltd

Jakku perpétue les traditions et se rapproche du style de Tatooine, il n’en sera pas de même pour la planète suivante, Takodana. En suivant Han Solo, Rey découvre un univers qui lui était inconnu. Jouant habilement avec le contre-champ, Abrams insiste d’ailleurs sur ses expressions lorsqu’elle découvre la nature abondante et les étendues d’eau de ce qui s’apparente à un univers inédit pour elle. Le choix des planètes s’inscrit ainsi dans la continuité de l’initiation du héros, qui réalise de plus en plus qu’il ne peut être enfermé dans des carcans. Le réveil de la force mentionné dans le titre s’opère progressivement pour Rey, au contact d’un cadre inimaginé, mais aussi de reliques appartenant au passé. Un sabre laser, des visages connus l’accompagnent sur ces nouveaux décors jusqu’à la conclusion de son épopée.

L’affrontement final se déroulant sur la base StarKiller, Abrams décide, outre le bâtiment militaire, d’introduire un paysage de forêt enneigée, s’avançant en terrains connus mais s’appropriant l’espace pour rythmer ce combat. Les mouvements de Rey sont guidés par l’environnement qui l’entoure et c’est d’ailleurs la potentielle chute dans un précipice à la lisière des bois qui fécondera en elle ses pouvoirs et laissera place libre à sa victoire. Un choix de planète loin d’être anodin puisqu’il sert ici la narration,
dessinant les contours du destin des protagonistes.

Star Wars: The Last Jedi
Star Wars: The Last Jedi © 2017 Lucasfilm Ltd. All Rights Reserved.

Si Abrams optait majoritairement pour des paysages assez connus, Rian Johnson se met davantage au service du grandiose dans le choix de ses planètes. Canto Bight, sorte de Las Vegas galactique est sujet à des courses sur lesquels les plus fortunés parient ardemment, suivant des chevauchées effrénées de fathiers : il est donc logique d’utiliser ces créatures pour élaborer une course poursuite qui sauvera Finn et Rose. Crait et ses champs de sables blancs devient par son immensité un support des plus approprié à la mise en place de contre-plongées soulignant la grandeur des snow-troopers et des forces du premier ordre face à Luke.

Ach-to et ses îles uniformes deviennent le support idéal pour introduire l’exil de Luke et l’étude introspective du personnage, revenant aux travers de plusieurs séquences sur la force et son usage. Les planètes et leurs caractéristiques apparaissent ainsi comme de réels pieds d’appui qui guident le scénario et l’évolution des personnages, passant par des visions évoquant les anciens films, mais amenant aussi le spectateur vers de nouveaux horizons, méconnus et mis au service du déploiement de l’action.

La force universalisée

La force est sûrement le point d’ancrage narratif des trois trilogies. Il s’agissait dans les deux premières du thème central, symbolisant le manichéisme de cet univers en confrontant les personnages à l’éternel dyade du bien et du mal incompatibles. Les premiers films l’introduisaient en insistant sur le mysticisme de cette philosophie pratiquée par les Jedi, insistant à la fois sur sa part ésotérique mais aussi sur la rigueur de l’enseignement à prodiguer pour l’expérimenter à bon escient, sans basculer.

La seconde trilogie adoptait une posture plus didactique et moins biblique, expliquant que la pratique de la force serait liée aux aptitudes physiques des personnages, à leur taux de midi-chloriens. Dans les nouveaux films, peu de personnages ont connaissance de cette doctrine, devenue ancestrale. Rey et Finn s’étonnent même de son existence au début de l’épisode VII, la force s’apparentant pour eux à des récits légendaires, avant de tous deux l’expérimenter, à leur manière.

Star Wars: The Last Jedi
Star Wars: The Last Jedi – Rey (Daisy Ridley) © 2017 Lucasfilm Ltd. All Rights Reserved.

Abrams introduit la force dès la première séquence de son film. Lorsqu’il filme Kylo Ren stoppant un tir de blaster, il souligne la puissance de cet antagoniste et sous-entend qu’il maîtrise parfaitement les rouages de la force. Il est d’ailleurs le seul à utiliser ce pouvoir pendant une grande partie du film avant que Rey en découvre la pratique. Encore une fois, c’est un fil conducteur de la saga qui provoque le réveil en elle d’aptitudes dont elle n’avait pas conscience : le sabre laser d’Anakin, réelle madeleine de Proust, provoque chez Rey des visions et une puissance jusqu’ici insoupçonnée, qu’elle ne maîtrise pas. C’est uniquement lorsque Kylo Ren en fera mention que le spectateur assistera à l’éveil mentionné dans le titre du film. Au terme d’un gros plan sur son visage accompagné du thème de la force, le spectateur comprend qu’elle sera celle qui jouera, durant les films, le rôle de Luke et d’Anakin. Ne lui reste que la traditionnelle formation à suivre pour s’accomplir en tant que jedi.

Kylo Ren, contrairement à Dark Maul ou à Dark Vador, semble d’abord empreint d’un conflit intérieur symbolisé par son casque : lorsqu’il le porte, ses pouvoirs semblent être illimités, mais dès lors qu’il dévoile son véritable visage, il est sujet au doute, laissant entrevoir sa part de lumière. Redevenant par instant Ben Solo, Kylo Ren chercher à s’accomplir du côté obscur en éliminant d’abord son père mais aussi son mentor, Snoke, au terme de séquences où la réalisation n’a eu de cesse d’insister sur l’opposition inhérente à la saga entre ombre et lumière. A la fin de l’épisode VIII, Kylo fait figure de seul véritable antagoniste, dirigeant le premier ordre et décimant la résistance, malgré l’étincelle finale.

Star Wars: The Last Jedi
Star Wars: The Last Jedi – Kylo Ren (Adam Driver)© 2017 Lucasfilm Ltd. All Rights Reserved.

Les pratiques de la force s’universalisent dans les nouveaux films car celle-ci est désormais perçue comme un tout, un ensemble entourant les hommes vivant dans cet univers tel que l’a défini Luke dans l’épisode VIII. D’un petit garçon sur Canto-Bight l’utilisant pour ramener son balai à la possibilité de créer un hologramme pour combattre à distance, la nouvelle trilogie s’affranchit des anciens films pour créer ses propres règles. Le discours de Yoda fait sens : lorsqu’il dit à Luke de faire confiance à l’avènement d’une nouvelle ère qui se libère des carcans nostalgiques et des règles, cela correspond symboliquement à ce que proposent Rian Johnson, et dans une autre mesure Abrams avec ces films, dans lesquels on peut désormais léviter dans l’espace grâce à la force.

Rey n’a pas reçu de réelle formation, c’est la réalisation qui va souligner en elle l’acquisition de ses pouvoirs dans l’ultime affrontement de l’épisode VII avec le recours à de gros plans. Leia vole à travers l’espace, c’est la possibilité d’offrir l’un des plans les plus épiques de toute la saga où on la voit léviter, inerte, au milieu du conflit alimenté par une attaque du premier ordre. Star Wars s’esthétise dans ces films où la photo et la réalisation occupent une place prédominante, tout en utilisant les procédés des anciens films pour fonder ce qui fera l’essence de cette nouvelle trilogie.

Qu’en sera-t-il du dernier opus ?

Beaucoup de questions restent en suspens avant la sortie de l’épisode IX et de nombreuses pistes narratives ont été entrevues dans les bande-annonces. Le retour de Palpatine laisse penser que la nostalgie des deux autres trilogies est toujours bien présente, comme s’il était impossible de s’affranchir de la mythologie originelle, mais de nombreux plans suggèrent aussi l’exploration de nouveaux horizons, tant dans l’usage qui est fait de la force que dans le destin de certains personnages.

Chaque film de la saga est à sa manière un voyage galactique, une quête vers la lumière abolissant préjudices causés par la perversion du côté obscur. Il est certain que le spectateur découvrira un panel de nouvelles planètes et des aventures propres à ces récits. Il est cependant difficile d’imaginer un film où Rey finirait par basculer et où Kylo Ren ne vivrait pas la traditionnelle rédemption qu’ont connu ses aïeuls. La réponse mercredi.

Emeric Lavoine

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