Photo du film REBUILDING
Crédits : Jesse Hope

REBUILDING, portrait touchant d’un « self-remade man »

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4.5

Avec REBUILDING, Max Walker-Silverman signe une touchante ode au cycle de la vie sur fond de Far West américain, campée par un Josh O’Connor transformé dans ce rôle de self-remade man.

Dans le désert américain d’aujourd’hui, les cow-boys ont troqué leur superbe contre une mélancolie dégingandée. Les étendues sans fin de la Wilderness sont constamment à la merci des intempéries. Le rêve américain des origines est réduit en cendres.

La résilience au cœur de REBUILDING

Dusty (Josh O’Connor), jeune cow-boy dont le ranch familial vient d’être rasé par un incendie, tente de se remettre sur pied le plus vite possible. Visiblement, être arraché si drastiquement à sa routine l’ébranle : le cow-boy ne semble pas à sa place lorsqu’il est extrait des plaines. Sanctuaire ou terre d’exil, que cette étendue désertique ? C’est une question qui suit Dusty au long du film et qui évolue avec lui. Toujours est-il que, sans trop savoir pourquoi, le voilà devant la porte de son ex-femme, Ruby (Meghann Fahy, qu’on a pu voir dans Drop game), sous l’injonction de laquelle il renoue avec leur fille Callie-Rose (l’incroyablement prometteuse Lily LaTorre). Entre la déconstruction de ses rêves et la construction d’une relation avec sa fille, Dusty progresse, jour après jour, vers sa nouvelle vie.

Le film s’ouvre sur les braises crépitant dans la nuit, puis la nature calcinée au petit matin. Voilà qui est annonciateur de la posture de Walker-Silverman : avec son personnage, le réalisateur déconstruit le mythe américain pour mieux le reconstruire. REBUILDING se présente comme un contre-western dans lequel le héros est désemparé, et la nature simultanément proie et prédatrice. Mais le ton n’en demeure pas moins optimiste. La vie est un éternel renouveau, ce qu’illustre Dusty lorsqu’il explique à sa fille que les morts renaissent sous la forme d’arbres. Et quand les arbres meurent eux aussi, interroge la petite ? Eh bien, ils finissent toujours par repousser. Ainsi pourrait se résumer le point de vue du film. Les États-Unis d’aujourd’hui changent profondément, et pas que dans les plaines. Mais aucune mutation n’est définitive.

Une ode visuelle à la nature américaine

L’usage récurrent du champ-contrechamp inscrit les personnages dans leur environnement et rend son envergure à celui-ci. Dusty, Callie-Rose et les autres font partie du paysage. Ainsi Mila, jeune mère ayant perdu son mari dans les flammes, avoue que malgré tout, il n’y a pas d’endroit où elle préférerait être. La magnifique photographie d’Alfonso Herrera Salcedo, favorisant les plans d’ensemble, vient appuyer cette déclaration. Malgré les dégâts de l’incendie et la menace que les flammes reviennent tout leur prendre, les personnages sont happés par la poésie de la nature. Un coucher de soleil rosé, l’aurore qui se reflète dans un lac, une tige qui pousse au milieu des cendres : tout est objet de contemplation.

Comme son titre l’indique, REBUILDING parle du processus de reconstruction d’un personnage, lequel passe nécessairement par la déconstruction. La musique country, tant extradiégétique (bande-son signée James Ellington et Jake Xerxes Fussel) qu’intradiégétique, donne le ton. On y trouve un mélange subtil de mélancolie et de joie. C’est bien ce qui résonne dans ce film : la douceur, la simplicité et surtout l’optimisme qui lui sont inhérents touchent en plein cœur, dans un moment où le monde a bien besoin de cette note d’espoir.

— Marie ARRIGHI

Auteur·rice

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