Photo du film Escape From the 21st Century
Crédits : Charybde Distribution

ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY, une madeleine de Proust totalement folle | Critique

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3.5

La percée du cinéma chinois en Occident ne cesse de s’affirmer au fil des années. Qu’il s’agisse de projets ambitieux – comme la trilogie Creation of the Gods de Wu Ershan – ou d’œuvres plus intimistes – tel Black Dogs de Guan Hu –, la Chine parvient à conquérir nos salles et à fasciner. L’Empire du Milieu le fait à coups de long-métrages débordant d’idées, et de ce côté-ci, ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY de Yang Li, le dernier bijou chinois à atteindre nos écrans, n’en manque absolument pas.

Une boîte à souvenir multicolore

ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY est un film de science-fiction abordant un voyage dans le temps pour le moins singulier. Bien que montrant deux temporalités a priori banales pour le genre – 1999 et 2019 –, le film se distingue par la richesse et la variété de ses inspirations. De Stephen Chow aux animes, en passant par le western, James Bond et même Street Fighter 2, ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY se présente comme une immense boîte à souvenir que nous secouons avec jubilation.

Certes, malgré la profusion d’univers convoqués, nous avons parfois l’impression d’assister à un clip avec les musiques et les limitations techniques qui vont avec, la réalité rattrapant la fiction. Néanmoins, le métrage demeure un désordre ordonné qui sait souvent utiliser ses références avec justesse. Entre Everything Everywhere All At Once et Ready Player One, cette planète K devient un espace où les licences prennent vie, parfois jusqu’à l’excès, mais toujours avec brio.

Vaincre l’immuabilité de l’existence

Le thème du voyage dans le temps a souvent été exploré au cinéma, mais il demeure un sujet délicat. Beaucoup de films s’y cassent les dents, particulièrement à cause de règles incohérentes ou trop floues. Pour éviter cet écueil, ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY opte pour une solution simple : tracer une ligne droite immuable. Un choix facile, certes, mais judicieux, puisqu’il évite d’ajouter davantage de chaos, permet de créer des transitions fluides entres les deux temporalités et véhicule une belle philosophie. Par le symbole de la ligne droite, le film affirme que le destin de chacun est déjà écrit. Nous observons cela à travers le trio d’amis, incapable de modifier l’avenir en 1999.

Que faire, alors, lorsque nous savons que notre futur est maussade et qu’aucune action ne peut l’altérer ? Bien qu’il est impossible de sortir de cette ligne, nous pouvons toujours la faire bouger à l’instar des dessins qui sortent du cadre tout au long du métrage. Ainsi, en passant du temps en 1999, les trois héros parviennent à triompher de l’adversité en 2019 sans foncièrement changer leur destin. Malgré ce message porteur d’espoir face à la fatalité, le film livre un constat amer : il vaut mieux rester en 1999.

Retour vers le passé

La nostalgie nous traverse tous, et ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY n’y échappe pas. Elle transparaît clairement à l’image avec un 1999 plus coloré et chaleureux, tandis que 2019 est terne et froid. En 1999 dominent le bonheur, l’amour, la famille, les jeux et les mangas, des plaisirs d’enfance simples qui disparaissent en 2019, remplacés par des thèmes plus sombres tels que la violence, la drogue et la mort. Le désir de revenir vingt ans en arrière habite les héros, mais aussi, et plus encore, l’antagoniste. Il faut dire qu’en deux décennies, la société n’a pas réellement évoluée. Nous voyions encore des ordinateurs et des véhicules d’un autre temps, comme si le monde s’était figé pour rester en 1999.

Paradoxalement, le film verse dans la surenchère dans les deux temporalités, mais cela fonctionne puisqu’il assume pleinement son esthétique pulp. Au final, ce que nous retenons, ce n’est ni 2019 ni 1999, mais l’amitié qui unit les trois protagonistes. C’est là notre véritable ligne droite, dans le film comme dans la vie. À l’écran, elle s’incarne par le format d’image le plus large possible, brisant les époques pour créer quelque chose d’unique. Profiter du temps présent avec les gens que nous aimons, sans se soucier du passé ou du futur est la morale du film, et elle est très belle.

ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY est un film fou, qui rend presque dingue. C’est une explosion de couleurs, d’émotions et d’idées, un tourbillon qui ne semble jamais s’arrêter et qui peut en étourdir plus d’un. Pourtant, le métrage évite les écueils habituels des œuvres ultra-référencées ou traitant de voyage dans le temps, en mettant toujours l’histoire au centre des débats sans jamais détériorer le plaisir de visionnage.

Flavien CARRÉ

Auteur·rice

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