Photo du film EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE
Crédits : Leonine

EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE, engouement sincère – Critique

EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE mérite-t-il les acclamations et le plébiscité général dont il est l’objet ? En phase avec son époque, empli d’hommages sincères, le film de Daniel Scheinert et Daniel Kwan se préfigure déjà comme une œuvre culte.

À sa sortie en mars 2022, EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE a suscité l’engouement sur le territoire américain. Avec plus de 68,9 millions de dollars de recettes au box-office US, il est devenu l’un des films les plus rentables de l’ère post-Covid. Et son succès ne cesse de croître depuis son arrivée dans les salles européennes. Un triomphe certainement imputable à son propos pessimiste, écho au contexte socio-économique actuel, mais ponctué d’une note d’espoir qui conclut son récit rocambolesque. Or, l’humain a besoin d’espoir. D’autant plus en ces temps troublés.

Crazy Poor Asians

Le récit, justement, peine à se résumer en quelques mots. Il s’ancre, au départ, dans un réalisme pathétique et cynique, où l’on découvre une mère de famille d’origine chinoise embourbée dans un quotidien sans joie, ni saveur. Propriétaire d’une laverie aux États-Unis, elle semble encombrée par son mari, comme par son père, et fait peser sur sa fille le poids de sa propre éducation, rigide et sans tendresse. Loin de ses habituels rôles de guerrière, Michelle Yeoh campe ici une ratée, au parcours composé uniquement d’échecs.

Photo du film EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE
Crédits : Leonine

EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE met ainsi en lumière la communauté sino-américaine, les rêves déçus de l’émigration vers le Nouveau monde et le carcan d’une culture devenue pourtant lointaine. La cellule familiale semble repliée sur elle-même, dans un appartement sombre au-dessus de la laverie. Avec, pour seule ouverture sur l’extérieur, une visite au centre des impôts, symbole d’une administration froide et tentaculaire… Où une Jamie Lee Curtis grandiose, elle aussi à contre-emploi, joue une perceptrice en surpoids et acariâtre.

Michelle VS Jamie Lee

Dans ce contexte intervient le fantastique. Comédie de science-fiction entre production indé et formule blockbuster, EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE fait voyager Michelle Yeoh entre des dimensions parallèles, où elle emprunte différentes capacités à ses alter-egos… Dont les existences se révèlent plus florissantes que la sienne. Intronisée sauveuse de l’Humanité, elle entrevoit ce qu’elle aurait pu être. Une actrice championne d’arts martiaux (tiens donc), une lesbienne épanouie en amour, une brillante scientifique, une pierre. Se tisse alors une réflexion sur le caractère risible de nos vies, parties d’un tout et finalement, si peu.

Photo du film EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE
Crédits : Leonine

Le fantastique sert ici de prétexte à la parodie. De science-fiction, mais aussi d’un certain cinéma asiatique – tantôt grand public, dans l’évocation des films d’arts martiaux, et tantôt cinéphile, dans la référence aux œuvres romantiques et intimistes japonaises ou hong-kongaises. Un costume taillé sur-mesure pour Michelle Yeoh, donc. Employée tout aussi à bon escient, Jamie Lee Curtis préserve son image de femme forte et inébranlable, qu’elle a su construire à partir du milieu des années 80, en s’extirpant de ses rôles d’éternelle victime de films d’horreur. Et c’est avec un plaisir non dissimulé qu’on la voit se muer en une sorte de boogeywoman carnassière, au hasard d’un saut entre les dimensions.

Féminin et universel

Cet aspect comique flamboyant compense le rendu parfois cheap des effets visuels du film, certainement imputable au budget de 25 millions de dollars – une bagatelle, en comparaison des 170 millions d’un Top Gun 2 : Maverick. Cette lacune n’empêche cependant pas EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE de développer une esthétique forte, pleine d’ambition et de créativité dans son mélange de genres et de références. De plus, s’il s’empare de problématiques récurrentes du cinéma actuel, il les inclut avec intelligence et sincérité à son scénario. En effet, le film sert un propos touchant sur les pressions exercées sur les femmes d’âge mûr et met en exergue la sororité qui les lie malgré tout entre elles – qu’importe leur origine ou leur statut social.

Photo du film EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE
Crédits : Leonine

Mais EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE s’attarde avant tout sur la maternité, dans ce qu’elle a de moins évident et de moins charmant – chose rare à l’écran. On lui reprochera peut-être un message un peu niais : « Si nous ne sommes pas grand chose, autant se recentrer sur l’essentiel ». Toutefois, il l’adresse par une réflexion tentaculaire dans un divertissement riche, aussi drôle qu’émouvant. Ainsi, Daniel Kwan et Daniel Scheinert – autrement nommés les « Daniels » – signent un film ancré dans son époque, mais à la teneur intemporelle. Le tout, avec un réel parti-pris esthétique, cher aux productions A24, à qui l’on doit notamment Under the silver lake de David Robert Mitchell, Midsommar d’Ari Aster ou X de Ti West. Une nouvelle pierre à un édifice déjà culte.

Lily Nelson

Note des lecteurs2 Notes
Titre original : Everything everywhere all at once
Réalisation : Daniel Scheinert, Daniel Kwan
Scénario : Daniel Scheinert, Daniel Kwan
Acteurs principaux : Michelle Yeoh, Ke Huy Quan, Jamie Lee Curtis
Date de sortie : 31 août 2022
Durée : 2h19min
4
Party hard

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