Photo du film NUREMBERG
Crédits : Bluestone Entertainment

NUREMBERG, l’intimité du mal

Noter1 Note
4.5

Au lendemain de la guerre, les Alliés confient au psychiatre américain Douglas Kelley (Rami Malek) la mission d’examiner l’équilibre mental des hauts responsables nazis appelés à comparaître au procès de Nuremberg. Parmi eux, Hermann Göring (Russell Crowe), bras droit d’Hitler, avec qui le médecin entretient peu à peu une relation équivoque. Le film NUREMBERG, de James Vanderbilt, explore tout particulièrement cette proximité, aussi captivante que dangereuse.

En mettant en scène l’affrontement entre le psychiatre et Hermann Göring dans un face-à-face saisissant, le réalisateur souligne que le mal ne porte pas toujours un visage monstrueux : « Ils n’étaient pas des monstres, mais bien des hommes » (extrait du livre The Nazi and the Psychiatrist). Il peut se montrer séduisant, aimable, presque rassurant – et c’est précisément ce qui le rend redoutable.

Une performance absorbante

Russell Crowe n’apparaît pas simplement à l’écran : sa présence est massive, son jeu intense. Carrure imposante, intelligence sournoise, narcissisme froid. Le rôle qu’il endosse n’y est pas pour rien : Hermann Göring, « l’Homme de fer », fondateur de la Gestapo, commandant de la Luftwaffe et second du régime nazi – voué à succéder à Hitler.

Les gros plans répétés font que son visage envahit l’écran, dévoilant une courtoisie de façade et une menace sous-jacente. L’acteur a décidément surpassé ses prestations depuis quelques années : il exploite la dimension grave, presque comique et théâtrale du personnage avec aisance, trouvant l’équilibre subtil entre une expressivité prononcée et une retenue maîtrisée. Sa performance est si saisissante qu’elle suscite chez le spectateur une curiosité presque troublante : celle d’en apprendre davantage sur ce psychopathe charismatique.

Rami Malek est plus discret, son rôle étant moins mis en avant par les choix de mise en scène. Son personnage, à la fois vif et astucieux, finit toutefois par se laisser piéger par ses propres stratagèmes, sombrant peu à peu dans la dépression.

L’acteur livre une interprétation tout en retenue, mais tout aussi impressionnante. Par un jeu subtil, fait de silences et de regards, il traduit le trouble progressif de son personnage, pris dans un face-à-face psychologique intense et confronté à ses propres limites morales.

Hermann et Douglas : entre ambiguïté et rivalité

Mandaté par le procureur en chef Robert H. Jackson (Michael Shannon) pour anticiper la ligne de défense de Hermann Göring lors du procès, Douglas Kelley s’aventure au-delà du cadre strict de sa mission. Il outrepasse les protocoles, contourne les obligations liées à sa position et pénètre dans l’intimité du détenu, jusqu’à entrer en contact avec son entourage familial, au mépris des directives reçues.

Troublé par la vivacité d’esprit et la perspicacité de Göring – qui cherche habilement à inverser le rapport de force – Kelley se laisse progressivement déstabiliser. La séparation professionnelle qui devrait les maintenir à distance se fissure peu à peu.

Malgré la place écrasante qu’occupe le chef nazi, Douglas Kelley apparaît lui aussi comme une figure marquante. Le récit s’attarde sur ce psychiatre qui, après avoir croisé la route de Göring, a vu sa vie basculer, jusqu’à se retrouver dépossédé de tout – de son statut, de ses convictions, et même d’une part de lui-même. Une fin tragique, puisque, en 1958, il met fin à ses jours après une longue dépression.

Un procès historique

Le procès de Nuremberg est un événement crucial, mais finalement peu représenté sur les écrans. James Vanderbilt a choisi d’appréhender son film du point de vue du roman The Nazi and the Psychiatrist, qui relate les échanges entre Hermann Göring et Douglas Kelley. Portée par une intensité croissante, la séquence du procès constitue la scène finale du film – même si les spectateurs en connaissent déjà l’issue.

L’utilisation d’archives est parfaitement intégrée et vient renforcer la dimension historique du film. Elle appuie la crédibilité des faits et le déroulé du procès de Nuremberg, mais aussi la réalisation dans son ensemble.

La durée et l’articulation du procès ont divisé les spectateurs. La scène se concentre en effet exclusivement sur Hermann Göring, et non sur la totalité des accusés. Une décision motivée par le fait que Göring est incontestablement la tête du serpent, et que sa chute entraînera tous ses complices, sans qu’il soit nécessaire de le montrer à l’écran.

NUREMBERG a le mérite de montrer une facette moins connue des dessous de ce procès. Sa construction n’est ni épique ni hollywoodienne : elle tend plutôt à proposer une vision historique plus intime. La puissance et le talent des acteurs, qu’ils soient principaux ou secondaires, transmettent une tension palpable, mêlant suspense et émotions dans une atmosphère profondément troublante.

Un film d’utilité publique, avec, qui plus est, une réalisation puissante et une dimension historique – peut-être – un peu trop laissée de côté dans le monde du cinéma.

— Émilie BINET

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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Auteur·rice

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Note finale

  1. 2
    Goering et 21 sous-fifres de Nuremberg

    Le titre de ce film devrait être Goering le machiavel de Nuremberg.
    Les 21 comparses sont pratiquement ignorés, et quand ils ne le sont pas ils sont ridiculisés, comme Rudolphe Hess qui est pitoyable.
    Ils auraient pu faire un effort au moins avec l’avion qu’il a utilisé pour aller en Angleterre en 1941, et mettre un bimoteur et pas un monomoteur.
    Le comedien qui joue le psychiatre est insupportable avec ses mimiques.
    Toutes ces scènes ou les comédiens fument sont inutiles.
    Le juge Jackson ressemble a Martin Landau, on pourrait se croire dans un épisode de Cosmos 1999.
    Le passage à Rome avec le Pape est ridicule.
    Heureusement il y a Russel Crow qui sauve le film.
    On n’apprend presque rien sur ce Procès dans ce film.
    Le reportage fait par Arte est autrement plus intéressant.