Photo du film SLOW
Crédits : Salzgeber & Co. Medien GmbH

SLOW, une histoire d’amour qui prend son temps | Critique

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3.5

Après un premier long-métrage resté confidentiel en France, Marija Kavtaradze s’impose avec SLOW comme l’un des nouveaux talents du cinéma lituanien. Une romance délicate, qui porte un regard rare sur l’asexualité.

Elena enchaîne les coups d’un soir. Cette danseuse accomplie aime être désirée, sentir le regard brûlant des hommes sur elle. Mais pour Dovydas, cet interprète en langue des signes qu’elle vient de rencontrer, la jeune femme est prête à renoncer à ce mode de vie.

Jusqu’au jour où Dovydas lui annonce, au détour d’une conversation, qu’il est asexuel. Qu’il ne ressent pas l’envie de faire l’amour. Ni avec Elena, ni avec personne. Ensemble, ils vont tenter de bâtir une nouvelle forme d’intimité.

SLOW, l’accomplissement d’une cinéaste

Du cinéma lituanien, il nous parvient rarement des échos. Même si quelques films, comme Vesper Chronicles (2022, Kristina Buozytė et Bruno Samper) ou encore The Gambler (2013, Ignas Jonynas), arrivent, de temps à autre, à se hisser dans les salles d’art et essai de France.

Nul besoin de se blâmer, donc, si le nom de Marija Kavtaradze n’évoque rien. Et pourtant : son premier film, Summer Survivors, a été le plus gros succès indépendant de 2019 en Lituanie – pour un total de 26 000 entrées. En France, il était sorti directement sur Arte.

Son nouveau long-métrage, SLOW, a toutefois mis du temps avant d’arriver jusqu’à nous : deux ans se sont écoulés depuis sa première projection au festival Sundance, en 2023. Une distribution à l’image de son titre : qui prend son temps. Mais qui installe désormais Marija Kavtaradze comme une cinéaste à suivre de près dans les années à venir.

Tout est doux… y compris le rythme

SLOW. Littéralement, « y aller en douceur ». La réalisatrice entend bien ne pas précipiter sa romance. Et nous raconter, pas à pas, les débuts d’Elena et Dovydas. Les matinées au lit, les balades en ville, les soirées entre amis… Autant de fragments du quotidien où se tisse, lentement mais sûrement, un lien profond.

Ce qui touche, c’est la justesse de cette relation naissante, tant elle paraît spontanée. Dans ses premières séquences, on croirait presque voir une comédie romantique ! Avec ses paroles maladroites, ses regards un peu trop longs, ses rires nerveux, ses gestes intimidés…

S’il est plaisant de suivre cet amour naissant, on finit par se demander où tout cela nous mène. En particulier au milieu du film, lorsqu’Elena et Dovydas semblent vivre des jours paisibles. Tout va bien, certes, mais il y a comme un flottement : quand, et surtout où, l’histoire va-t-elle se conclure ? À tel point que l’on s’ennuie parfois un peu, faute de nouveaux enjeux pour relancer l’attention.

Raconter la vie quotidienne

Entre deux regards énamourés, Dovydas et Elena travaillent. S’ils sont au cœur d’une romance, pas question de les réduire à cela. Ainsi, nous les suivons souvent dans l’exercice de leurs fonctions.

La grâce d’Elena quand elle danse, par exemple, ainsi que l’intensité de ses gestes. Quant à Dovydas, on le retrouve devant un fond bleu, décor neutre où il interprète des clips en langue des signes. Des petites interludes bienvenues, qui rappellent que ces deux êtres ne se résument pas à leur histoire sentimentale. Ils ont un métier, des passions, des amis. Ils existent en dehors du couple.

Un regard tendre, un soupçon de nostalgie, aucun regret : Marija Kavtaradze filme Elena et Dovydas comme on se remémore une belle époque. Les scènes défilent tels des souvenirs – flous parfois, lumineux souvent. Le grain de la pellicule, plutôt discret, donne à l’image un charme singulier.

SLOW, c’est une histoire d’amour qui préfère les silences aux grandes déclarations, les regards aux grandes envolées. Vous n’aurez pas de dispute tonitruant, encore moins de baiser passionné sous la pluie. Pas de drame tonitruant, pas de baiser sous la pluie…

Juste deux êtres paumés, qui cherchent comment s’aimer autrement. C’est doux, c’est bancal, c’est beau.

Lisa FAROU

Auteur·rice

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Note finale