Photo du film THE GAMBLER
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THE GAMBLER, spectacle de la déchéance | Critique

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3

THE GAMBLER fait partie de ces films-vignettes, pensés en termes formels, avant toute psychologie ou logique scénaristique.

Ainsi, le film se présente sous la forme d’une succession de très belles scènes, portées par une adéquation entre image, son, et réalisation.

On peut y voir plusieurs idées puissantes de mise-en-scène, quoique jamais vraiment originales ;
dans les cadrages, l’utilisation des décors, les tons saturés ou froids utilisés pour la photo, l’utilisation d’une bande-son électronique vraiment efficace, ou encore dans ces impressionnants mouvements de caméras. Une très bonne scène voit par exemple la caméra tourner à toute vitesse autour du personnage principal – suggérant la perte de contrôle. Ce qui nous amène au vrai problème de THE GAMBLER : sa mise-en-scène fait bien trop confiance à son pouvoir d’évocation.

Chaque scène ne sert qu’à illustrer une variante des deux idées scénaristiques drivant le film :
– faire des paris sur les vies d’êtres humains ; l’ampleur atteinte par ce postulat (assez glauque, mais très intéressant)
– Jusqu’à quelles extrémités peut mener l’appât du gain.

La psychologie nécessaire à l’étoffement et à la crédibilité de cette histoire et personnages, ne passe QUE par l’image. Le reste n’est que dialogues paraphrases, situations prévisibles, acteurs en mode-monolithique, personnages sans ambiguïté. Un énorme problème, lorsqu’il s’agit de créer de l’empathie, de l’intérêt.

Beau, prenant, mais émotionnellement incohérent.

De nombreuses pistes scénaristiques sont amorcées, autour de quelques personnages, suivant toujours le même schéma : chaque scène place un protagoniste au cœur d’une situation exprimant un sentiment précis.
Exemple : le personnage de Ieva sera au cœur d’une scène de noyade, puis de sexe, puis de détente à la plage, de malheur, d’incompréhension, d’indécision, d’abandon, d’agacement, de colère, de rébellion, etc.
Des scènes assez fortes, indépendamment les unes des autres… Mais ne parvenant pas à créer une quelconque continuité entre elles par manque d’émotion ; n’autorisant aucune empathie ou immersion, par manque de pluralité, d’interconnectivité.

La résultante est que l’on ne se passionne, jamais pour les personnages. Pire : impossible de ne pas critiquer leurs choix, tous discutables. Non-pas d’un point de vue moral – ce qui serait troublant et fournisseur d’émotion, mais bel et bien d’un point de vue scénaristique – ce qui a tendance à casser toute immersion.

Les moments les plus intéressants du film sont ceux ou THE GAMBLER abandonne l’individualité au profit d’une vision globale.
Un aspect social est ainsi évoqué, le temps de quelques minutes, lorsque l’on montre l’ampleur de cette corruption de l’âme, à l’échelle du pays (la Lituanie)

THE GAMBLER possède une esthétique réussie qui le rend accessible et plaisant. L’histoire dans l’ensemble, est prenante – tant que l’on n’y cherche aucune crédibilité, ou que l’on a aucun problème à ne pas s’attacher aux personnages.
On peut y voir au final, un puzzle façonnant progressivement un intéressant spectacle de la déchéance, mais également un divertissement plus sensoriel que psychologique.

Georgelechameau

 

Auteur·rice

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