Photo du film DANGEROUS ANIMALS
Crédits : Animal Holdings Pty Ltd.

DANGEROUS ANIMALS, mais pas ceux qu’on pense | Critique

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3.5
SURPRENANT

Loin du sempiternel film de requin, DANGEROUS ANIMALS brasse différentes influences pour offrir un divertissement aussi fun dans sa mise en scène, qu’intelligent dans son écriture.

Des requins ? Oui, merci

Le cinéma de genre australien nous a offert nombre de films d’attaque animale, du somptueux Long Weekend de Colin Eggleston, au divertissant Black Water de David Nerlich et Andrew Traucki, jusqu’au mésestimé Solitaire de Greg McLean. Pourtant, DANGEROUS ANIMALS n’est pas à classer dans le même sous-genre. En réalité, comme Razorback de Russell Mulcahy derrière son histoire de chasse au sanglier, le film de Sean Byrne dissimule en réalité une sorte de survival. En effet, les requins vantés sur l’affiche et les bandes-annonces ne servent en réalité que d’outils au tueur du film, incarné avec brio par un Jai Courtney, aussi sympathique que terrifiant.

Toutefois, classer DANGEROUS ANIMALS dans la seule catégorie du survival s’avère en tout point réducteur. Comme dans son premier film, The Loved Ones, qui heurtait le teen movie au survival et au psycho killer, la dernière réalisation de Sean Byrne se joue des codes et mélange ses influences pour surprendre son spectateur. Entre le psycho killer, le survival et l’attaque animale, on entrevoit se dessiner les obsessions du cinéaste, visiblement attaché au huis clos et à la psychopathie. Un huis clos toutefois assez rare dans le genre australien qui, malgré Calme Blanc de Phillip Noyce, ne s’est que trop peu déroulé sur un bateau en mer – un comble dans un pays bordé d’au.

Un psychopathe de plaisance

Psychopathe moins usité aussi, le Bogan nautique. Nos contrées sont plus habituées à voir cet équivalent du redneck américain déambuler au cinéma dans le bush ou l’outback australien. Pourtant, sa déclinaison côtière brasse également tout un imaginaire, et même toute une sous-culture de surfeurs, pêcheurs et seamen – dont certains exercent une activité à destination des touristes, comme Crocodile Dundee guidait les plus aventureux dans le bush. Depuis son port de plaisance, le Bogan de DANGEROUS ANIMALS propose au chaland de plonger dans une cage en haute mer au milieu des requins.

S’esquisse alors une opposition entre autochtones et étrangers propre au survival. Pourtant, en plus de ne pas être réellement un film d’attaque animale, DANGEROUS ANIMALS s’appuie là encore sur ces codes pour nous prendre à revers avec une nouvelle victime, elle-même surfeuse et habituée des plages locales. Opposée à la protagoniste habituelle du survival, Zephyr – interprétée par Hassie Harrison – est, elle, construite en miroir avec son geôlier, enfant de la DDASS sans famille, avec l’océan pour seule passion. À ceci près qu’un récent love interest la rappelle désormais à la terre ferme.

DANGEROUS ANIMALS, film intelligent et justement assaisonné

Un love interest qui nous offre aussi un personnage masculin d’une certaine modernité. Loin du stéréotype du chevalier blanc, s’il est certes mué des meilleures intentions, il ne souffre pas de détenir des capacités de survie objectivement inférieures à celles de sa promise. En effet, Zephyr ne répond pas non plus aux caractéristiques de la demoiselle en détresse. Et plutôt que de se contenter d’inverser bêtement les rôles masculins et féminins, le film crée davantage une collaboration entre les victimes – bien qu’il s’attarde plus longuement sur les aptitudes de Zephyr. Une écriture intelligente, au même titre que The Loved Ones en 2009 entendait déjà féminiser certains codes inspirés du psycho killer movie

DANGEROUS ANIMALS renoue d’ailleurs avec la capacité de Sean Byrne à gérer l’enfermement, ménager ses effets et créer une tension latente dans ce bateau isolé au milieu des mers. Et ce, même si le huis clos se révèle par intermittence un peu plus longuet que dans son premier film – remarquable, au passage. Un léger bémol, estompé bien volontiers par les attaques des requins, aussi saisissantes que gores. Mélange de CGI et de prises de vue réelles, elles renforcent à n’en point douter tout l’intérêt du film, et ajoutent la touche de sel marin qui lui manquait pour en faire un pur plaisir de série B.

Lilyy NELSON

Auteur·rice

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