ARCANE, quand l’animation croise l’univers du jeu vidéo – Critique

Paul Rédacteur

Et si on parlait de jeux vidéo pour changer ? League of Legends, free-to-play ou runes, ça vous parle ? Rassurez-vous, inutile d’être un fan inconditionnel ou même simple connaisseur du jeu lancé par Riot Games en 2009 pour découvrir la série ARCANE…

Souhaitant investir plus largement dans le secteur du divertissement, le studio américain a choisi Netflix pour diffuser son innovante production qui a fait rapidement une entrée remarquée lors de son arrivée sur la plateforme de streaming. Pour passer du monde vidéo-ludique à la série d’animation, le défi était de taille pour l’éditeur américain. ARCANE avait pour objectif d’étendre les limites de l’univers proposé par le jeu, de créer des personnages plus attachants, plus humains et surtout de proposer une histoire entièrement autonome du jeu. Les défis étaient nombreux pour le studio français Fortiche, qui a réussi à faire naître une série d’animation ouverte à tous, adeptes ou non du jeu vidéo.

Vers une expansion de l’univers narratif du jeu

ARCANE se déroule dans l’univers futuriste de Runeterra, peuplé d’humains, robots, et nombre de créatures fantastiques. On y découvre le fragile équilibre qui lie la cité moderne de Piltover, ville de pouvoir et destinée au progrès et le sombre et toxique district de Zaun, souterrain où le crime et la pauvreté vont de pair.
Vi et Jinx, sœurs et personnages principaux de la série, luttent pour limiter l’emprise qu’à la cité sur les habitants de Zaun. Dans cette atmosphère pleine de tension, les deux sœurs vont voir leurs valeurs remises en question après la découverte d’une nouvelle forme de technologie qui ne va faire qu’accentuer la haine entre les deux cités.

Comme évoqué précédemment, le risque majeur pour ARCANE était de ne pas trouver le juste équilibre dans son adaptation, si l’on peut dire ainsi. Aux deux extrêmes de cet équilibre, on aurait pu s’attendre à une production reprenant totalement le jeu en lui-même et en n’offrant rien de nouveau tant aux habitués des jeux de Riot Games qu’aux néophytes. De l’autre côté, on aurait pu voir un divertissement conçu uniquement pour l’audience, aussi large qu’elle puisse être, normé et aux codes revus à outrance.

Pour notre plus grand bonheur, ARCANE n’a pas suivi l’une de ces voies. Riches en références et détails, la série nourrit la convoitise des joueurs qui parcourent les épisodes en espérant retrouver un clin d’œil au jeu. En parallèle à cela, il s’agit d’une fiction autonome et scénaristiquement tout à fait adaptée aux novices.

© Netflix

Sublimation artistique

Dès les premières images, c’est une claque visuelle. La série impressionne par la qualité de son esthétique qui témoigne d’une ambition graphique complète. Artistiquement, l’animation singulière n’est pas sans rappeler les traits de Spider-Man : New Generation par son style hybride mêlant animation numérique et animé japonais. Le design des personnages est également très travaillé en partant des vêtements aussi bien célestes qu’au style Cyberpunk, jusqu’aux traits et expressions faciales véhiculant des émotions habituellement difficiles à percevoir dans l’animation. Le travail réalisé par le studio Fortiche est une succession de tableaux remarquablement peinturés, le tout en mélangeant la 2D et la 3D avec une fluidité qui confère à l’ensemble un plaisir visuel constant.

Pour poursuivre sur la réalisation d’ARCANE, aussi bien inventive que réaliste, chaque scène, aussi anodine qu’elle soit, révèle un nombre important de détails, qui permettent à l’univers dépeint d’être très vite crédible. On cerne vite toute la resplendissance de Piltover, cité des inventions, où se côtoient la noblesse érudite et les inventeurs, grâce à des décors dignes de peintures vivantes aux couleurs multiples. Là où la cité brille dans la lumière du jour, le ghetto de Zaun s’exprime à travers les lumières de néons. Ce nombre important de détails se retrouve jusque dans les costumes de ses habitants qui viennent enrichir encore davantage la diversité générale des décors de ces deux quartiers au contraste saisissant.

Une fiction mature et réaliste

Ensuite, là où ARCANE a tout à fait réussi son pari, c’est au niveau de son scénario qui se trouve très convaincant en croisant les bonnes doses de fantastique, d’action et de drame. Les conflits y sont essentiels : animés par la peur du progrès ou la haine mutuelle entre personnages, la tension perpétuelle pousse chaque protagoniste vers le haut ou vers le bas et permet à la narration de ne jamais s’essouffler, avançant d’elle-même grâce à ces divergences de chaque instant. La relation complexe qui lie les deux sœurs, Vi et Jinx, agit comme le fil rouge de l’histoire, où l’on suit leur évolution parmi toute une panoplie de personnages secondaires parfois un peu trop mis en arrière plan. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les scènes de combats ne sont pas si nombreuses malgré la grande diversité d’êtres aux principes controversés animant cet univers merveilleux. L’hostilité est perpétuelle, mais l’affrontement est cadré, la série n’ayant en aucun cas besoin de bataille pour rester rythmée.

© Netflix

Maintenant, l’univers d’ARCANE est loin d’être utopique. À travers l’histoire des personnages, souvent traumatiques, on comprend mieux ce qui motive leurs actes. Les 9 épisodes de la première saison entrecroisent des thématiques lourdes qui sont parfois exposées sans filtre. La lutte des classes, les responsabilités envers les générations futures, le lien familial, l’éthique liée au progrès et la technologie, ces sujets complexes sont tous évoqués à travers les enjeux dramatiques de chacun. Malgré son côté futuriste et magique, la série reste très crue, chaque initiative a des conséquences. Les personnages présentés sont tous humains et semblent tous défendables, faisant d’ARCANE une série où les intentions des plus méchants semblent parfois plus recevables que celles de certains personnages principaux.

Un autre point fort provient de la bande-son, notablement efficace dans les séquences, aussi bien tristes que violentes. Rappelant une nouvelle fois le style novateur et moderne de Spider-Man : New Generation, le studio Fortiche a décidé de raccrocher avec les musiques épiques communes aux films SF et aux animés. Woodkid, Bea Miller et Imagine Dragons pour le générique, contribuent à rendre la bande-son diverse et intemporelle à la croisée du dramatique et de l’extraordinaire. On remarquera également un doublage très réussi et adapté aux personnages, élément de plus en plus rare dans l’animation en VF.

En bref, ARCANE est une preuve que de bonnes adaptations à partir de jeux vidéo existent. La série ne repose pas seulement sur des techniques d’animation hors pair, mais également sur un univers visuel éblouissant, un scénario des plus prenants et surtout un effort accordé à son accessibilité pour les non-joueurs.

Paul GRÉARD

Note des lecteurs10 Notes
Titre original : Arcane
Créateur.rice.s : Alex "Scribbles" Yee, Christian "Praeco" Linke
Acteurs : Hailee Steinfeld, Ella Purnell, Kevin Alejandro
Date de sortie : 2021
Durée des épisodes : 45 minutes
4
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Soucaneau Gabriel
Soucaneau Gabriel
Invité.e
21 novembre 2021 19 h 07 min

Super article, bravo !

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