Dans une très belle année du côté des séries, The Leftovers aura clairement tiré son épingle du jeu avec cette ultime saison parfaite et émouvante.
Qu’il est difficile, même avec plusieurs mois de recul, de se replonger dans l’époustouflante densité de The Leftovers. Une série qui nous en a fait voir de toutes les couleurs. Avec cette troisième et dernière saison, la paire Damon Lindelof/Tom Perrotta était sévèrement attendue au tournant. Parce qu’on le savait, le mystère autour du « Sudden Departure » n’était pas la priorité pour le tandem. Aucune explication n’était prévue, aucune pirouette qui aurait pu faire vaciller l’ensemble. À croire que la leçon de Lost (série culte sur laquelle Damon Lindelof était scénariste) a été retenue. D’ailleurs, si l’on regarde maintenant les deux shows, on constate que l’un n’est qu’un brouillon de l’autre. Tout était là : une situation de départ surnaturelle, une intrigue qui flirte avec la religion sans jamais totalement s’y adonner, des épisodes qui se détachent de l’arc narratif principal pour se concentrer sur le passé de différents personnages, une galerie de caractères bien écrite. Il ne restait qu’à régler le souci des faux pas. Comme si les fautes commises sur Lost avaient été nécessaires pour qu’un tel chef-d’œuvre puisse par la suite voir le jour – car, oui, osons le dire, The Leftovers est un pur chef-d’œuvre qui marquera le monde des séries.
S’élancer dans un tel récit équivaut à embarquer dans un tour de montagnes russes. De passer en un claquement de doigts du rire aux larmes, de l’amour à la haine, du fantastique au terriblement rationnel, du doute à une foi infaillible. C’est simplement la Vie qui surgit dans chaque scène – et ce pour quoi le spectateur se sent autant impliqué. Car les clefs ne sont pas livrées, il faut les trouver. En comprenant ce que l’on regarde tout apprenant à se tromper, à faire le pas en arrière pour mieux appréhender le suivant. À aller cherche dans sa propre expérience personnelle les nombreux échos disséminés comme des bouées de sauvetage. Exactement comme chaque personnage. La série a cette capacité à nous stimuler par une écriture qui sait distiller avec minutie les réponses aux (nombreuses) interrogations sans nous décevoir. À l’inverse de Lost où nous avions l’impression d’être baladés sans que les scénaristes sachent quelles étaient les réponses, The Leftovers respire la maîtrise dans sa construction scénaristique. Son déploiement tentaculaire de questionnements profonds, d’émotions, de trames n’est en aucun cas un signe d’éparpillement. Et c’est ce qui impressionne.
Maxime Bedini
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