THE LEFTOVERS : saison 1, épisode 4 – Critique

Que nous réserve l’épisode de Noël d’une des séries les plus sombres de ces dernières années ? Certainement pas un bon repas de famille autour d’une dinde dodue. Déjà, faudrait-il retrouver le petit Jésus.

Avertissement : cet article évoque l’épisode 4 de la saison 1 de THE LEFTOVERS et certains détails de son intrigue sans dévoiler des éléments sur l’intrigue générale de la série.

Dans le bureau du commissariat de la petite ville de Mapleton, Pattie, la chef des Guilty Remnants (les Coupables Survivants), tend un bloc-notes à Kevin Garvey, le chef de la police sur lequel elle a noté « There is no family » (Il n’y a pas de famille). Cet épisode, le numéro 4 de la saison 1 de THE LEFTOVERS, est placé sous le signe non de Dieu dont le fils a disparu de la crèche – où est passé l’enfant Jésus, représenté par une poupée produite industriellement pour les foyers américains ? – mais de cette amertume qui parcourt toute la série. Si THE LEFTOVERS est une série très appropriée pour Noël et d’autant plus cette année, c’est parce qu’elle broie tout le bonheur factice de célébrations religieuses remplacées par une course à la consommation et de repas de familles prétendument unies.

Quand des milliers de personnes sont décédées cette année, il y a une forme d’indécence à évoquer la nécessité de maintenir des fêtes où il y aura forcément des absents, où il y a toujours des absents. THE LEFTOVERS est la série de Noël destinée à ceux qui détestent Noël, qui ne veulent pas en entendre parler car ils se souviennent déjà trop de ce qu’ils n’ont plus. La série commence sur une disparition : 2 % de la population s’est volatilisée en une seconde : dans les bras de l’être aimé, à la table du petit-déjeuner, sur le siège bébé… Qu’est-ce que 2 % de la population ? Presque rien et déjà beaucoup trop, si soudainement. De cet événement, la série soulève deux réflexions : sur le deuil et sur la croyance. Damon Lindelof est coutumier du fait et vient prolonger ici ce qu’il avait commencé avec Lost dans une veine plus naturaliste.

THE LEFTOVERS suit Kevin Garvey, chef de la police de Mapleton. Garvey n’a perdu personne lors de la disparition. Pourtant, il ne lui reste plus rien. Son fils est auprès d’un gourou promettant de délivrer les malheureux de toutes leurs peines par une accolade et un allégement conséquent de leurs porte-feuilles. Sa fille ne lui adresse quasiment plus la parole à part pour le provoquer depuis que sa femme a rejoint les rangs des Guilty Remnants, une secte aux habitudes étranges, vêtus de blanc, ayant fait voeu de silence et fumant clope sur clope. Leur combat est de rappeler au reste du monde les êtres qu’ils ont perdu, les empêcher d’oublier et d’aller de l’avant, la seule réponse possible étant la culpabilité et l’attente au purgatoire.

Dans cet épisode 4 de Noël, les Guilty Remnants mènent à bien un projet d’envergure : retirer des maisons toutes preuves de l’existence des personnes disparues. Les cadres photos sont vides, le magnet du frigo désœuvré. Par un habile montage parallèle, classique mais bien amené, cette scène fait suite à l’accident d’un camion d’où s’échappent des centaines de corps sans vie emmitouflés dans des draps blancs : des reproductions réalistes des disparus pour pouvoir mettre un corps dans le cercueil. Ces deux événements réunis annoncent la suite du plan des Guilty Remnants.

Le geste de la secte peut sembler contraire à leurs préceptes : en faisant disparaître les souvenirs, ils accélèrent l’oubli. Mais il faut se rappeler les mots de Pattie : « There is no family ». En cette période de Noël, quelle absurdité revêt l’idée de passer des fêtes comme les autres quand elle ne pourra plus être comme avant ? Pour les Guilty Remnants, qui ont laissé tous ceux qui leur restaient, il n’y a plus de liens et le souvenir d’une famille, d’un amour, c’est autant d’idéalisations qui éloignent de la réalité : s’ils sont encore ici, c’est qu’ils sont coupables.

Sur une note en apparence plus légère, l’épisode 4 est aussi occupé par la recherche du petit Jésus volé dans la crèche. Garvey en fait une affaire personnelle, persuadé que c’est sa fille qui a fait le coup, il refuse de juste racheter un bébé pour le remplacer. Cette quête absurde raconte l’errance d’un personnage qui ne sait plus sa place ni son rôle et d’un père qui ne veut plus perdre d’autre enfant. La conclusion de cette intrigue offre une morale belle et pessimiste à l’image de toute la série. Le bébé est déposé sur le pas de sa porte (autre clin d’oeil à la suite de l’intrigue). Alors qu’il va pour le remettre à sa place, le prêtre Jamison est en train de déposer un Jésus dans la crèche. Il en avait un en rab. Garvey, sur le chemin du retour, jette le poupon par la fenêtre de sa voiture.

Les croyances s’établissent sur des représentations de pacotille interchangeables. Rien ne peut remplacer un disparu, les distractions que l’on se donne sont autant de temps jeté par la fenêtre. THE LEFTOVERS est sûrement l’une des séries les plus difficiles à regarder car elle laisse peu de place à l’espoir, que sa beauté s’infiltre par de petits interstices creusés dans la noirceur du désespoir. Elle est encore plus difficile à voir aujourd’hui car elle résonne avec une acuité sans égal avec ce que l’on vit et c’est pour cela qu’elle doit être vue. A Noël, quand votre dopamine sera à son paroxysme sous les coupes de champagne et les truffes en chocolat, faites-vous une petite piqûre de rappel : rien ne sera oublié uniquement grâce à de jolis emballages.

Mélanie

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Note des lecteurs1 Note
Titre original : The Leftovers
Créateur.rice.s : Damon Lindelof, Tom Perrotta
Acteurs : Justin Theroux, Amy Brenneman, Margaret Qualley
Date de sortie : Juin 2014
Durée des épisodes : 52 minutes
4
Excellent
Rédactrice
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