LE JOUR DE LA BÊTE, jouissive catharsis – Critique

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En Espagne, au temps de Noël. Un curé découvre que l’Antéchrist verra bientôt le jour. Empêchera t’il sa naissance ? Ca vous dit quelque chose ?

LE JOUR DE LA BÊTE se regarde habituellement plutôt par une nuit d’Halloween entre amis, friands d’humour irrévérencieux. Pourtant, il est tout à fait adapté à une soirée quelques jours avant les festivités de fin d’année. LE JOUR DE LA BÊTE montre la descente (volontaire) aux enfers d’un curé qui pour empêcher l’arrivée de l’Antéchrist le jour de Noël – qu’il a lui même prédit – se doit de faire tout le mal possible.

Avec un tel postulat, deux voies s’offrent au film : une réflexion sur le mal sous couvert d’horreur sordide ou une comédie accumulant les gags. Connaissant Alex de la Iglesia, la voie était toute tracée pour ce qui tient plutôt du film à sketches dans la lignée burlesque d’autres de la plupart de ces métrages. Si le fond est sombre, le style d’Alex de la Iglesia ne s’appesantit jamais sauf dans la lourdeur de certaines blagues.

Le comique du JOUR DE LA BÊTE tient beaucoup au dessin volontairement grossier des personnages. Le trio de tête du film se compose d’un curé illuminé qui bascule sans état d’âme dans le mal – mais un mal parodié, excessif, absurde -, d’un fan de death metal beauf et ringard et d’un auto-proclamé professeur en exorcismes, célèbre pour son émission télé. Comme dans tous les films d’Alex de la Iglesia, les personnages sont tous détestables, pathétiques et cruels ce qui les rend paradoxalement humains dans toute la vivacité – évidemment surjouée – de leur langue. Le film joue à nous faire aimer la maladresse et le vulgaire. L’absence totale de tabous du film agit en une totale décomplexion du spectateur qui savoure cette jouissive catharsis.

Alex de la Iglesia tape sur tout et tout le monde. Mais avec LE JOUR DE LA BÊTE, il s’attaque à un gros morceau qu’est la religion surtout sachant le conservatisme et l’importance du catholicisme encore présent en Espagne et d’autant plus à l’époque de la sortie du film. D’un point de vue français actuel, cela ne saute pas aux yeux, les blagues sur l’Eglise même dans ses penchants les plus pervers sont légion. Mais LE JOUR DE LA BÊTE replacé dans son contexte est un très tranquille pied-de-nez au sérieux d’une institution dont les croyances notamment celle de la nativité sont ici transgressés avec légèreté.

Car ce qu’on trouve dans LE JOUR DE LA BÊTE qui est souvent absent de films se prêtant au jeu de la critique de l’ordre établi, c’est une absence totale de revendication affichée. Ce curé malfaisant au nom du bien est un très bon prétexte aux différents gags du film et si cela peut en plus heurter quelques bonnes consciences, c’est un extra.

LE JOUR DE LA BÊTE est, loin s’en faut, un film sans défauts. Les effets spéciaux (pourtant primés) sont obsolètes et piquent l’œil de l’expert mais ce n’est pas sans agir sur le charme entier de l’œuvre. C’est le cas pour à peu près toutes les imperfections du film. La grossièreté des situations, le jeu parfois vraiment mauvais des comédiens, les choix parfois clinquants de cadrages, il n’y a pas un aspect du film qui ne participe pas du tout baroque et bordélique auquel le spectateur n’a qu’un choix à faire : adhérer ou non.

LE JOUR DE LA BÊTE est un film qui peut laisser derrière, surtout 24 ans après sa sortie mais pour tous ceux dont l’humour d’Alex de la Iglesia reste un instant de fraîcheur, c’est le film à voir en savourant une boisson chaude et quelques chocolats.

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Titre original : El Dia de la bestia
Réalisation : Alex de la Iglesia
Scénario : Alex de la Iglesia
Acteurs principaux : Alex Angulo, Armando De Razza, Santiago Segura
Date de sortie : 23 Juillet 1997
Durée : 1h43min
3
Surprenant

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