as tears go by,critique,film,cinéma,wong kar wai

AS TEARS GO BY – AINSI VONT LES LARMES, Wong Kar-Wai avant Wong Kar-Wai – Critique

Diffusé pour la première fois en France depuis sa sortie en 1988, AS TEARS GO BY est peut-être le plus fascinant des films du réalisateur hongkongais, préfigurant le style saisissant de la « révolution » Wong Kar-Wai.

Découvrir la première réalisation de Wong Kar-Wai après avoir été fasciné par son travail pendant des années est une expérience unique. En regardant Andy Lau se perdre dans les rues de Hong-Kong, on ressent une sensation étrange. Comme si, depuis le confort de notre siège, on découvrait les secrets d’un réalisateur dont on pensait tout connaître… AS TEARS GO BY se dévoile ainsi comme étant l’œuvre fascinante d’un cinéaste qui découvre progressivement son propre style.

Si beaucoup considèrent que Nos Années Sauvages, réalisé deux ans plus tard, marque la naissance du réalisateur, il est pourtant impossible de nier la douce familiarité que l’on ressent en découvrant AS TEARS GO BY. Même si le cinéaste se dissimule derrière un genre en vogue à l’époque en choisissant de réaliser un film sur la mafia hongkongaise, il expose déjà des motifs qui ne tarderont pas à faire son succès. Ainsi, comme a pu le dire avec beaucoup de justesse Léo Soesanto : « Il est touchant de revenir au premier film d’un réalisateur établi, de le voir hésitant mais reconnaissable, à la croisée des chemins. »

Photo du film AS TEARS GO BY - AINSI VONT LES LARMES de Wong Kar-Wai
Crédits : The Jokers

Dans AS TEARS GO BY, Wong Kar-Wai met en scène un triangle amoureux dont Wah (Andy Lau) est le sommet. Jeune gangster du quartier de Kowloon, il travaille dans le recouvrement de dettes avec Fly (Jacky Cheung), son homme de main qu’il considère comme un frère. Mais lorsqu’il rencontre Ngor (Maggie Cheung), il entame un épuisant va-et-vient entre son amour naissant pour la jeune femme et sa fidélité envers son ami tête brûlé. Bien qu’il ait souvent été dit que AS TEARS GO BY était un remake à peine déguisé de Mean Streets (Martin Scorsese, 1973), Wong Kar-Wai s’en distingue grâce à son ambiance mélancolique, sa pellicule nostalgique et son romantisme inépuisable.

Le véritable talent du réalisateur réside dans sa capacité à transformer une modeste histoire sur la mafia hongkongaise en un véritable objet de désir romantique.

Lorsqu’il signe AS TEARS GO BY, Wong Kar-Wai n’a que 29 ans. Pourtant il réalise sans le savoir un manifeste stylistique qui préfigurera ses futurs longs-métrages. Déjà, le cinéaste semble éprouver une attirance pour les villes qu’il ne cessera de filmer à travers une esthétique riche d’une colorimétrie intense et de néons omniprésents. En se laissant transporter par les plans de Kowloon dans AS TEARS GO BY, on ne peut que penser au Buenos Aires d’Happy Together (1997) ou au Hongkong des Anges déchus (1995). Cet éclairage coloré et saturé annonce déjà que la « révolution«  Wong Kar-Wai sera une affaires de couleurs. Mais ce bouleversement sera aussi poétique.

Photo du film AS TEARS GO BY - AINSI VONT LES LARMES de Wong Kar-Wai
Crédits : The Jokers

Wong Kar-Wai est le cinéaste des amours impossibles (In the Mood for Love, Chungking Express…), des regrets éternels et du nihilisme. Dans Chungking Express, Takashi Kaneshiro se demandait si l’amour avait une date de péremption en collectionnant des boîtes d’ananas. Dans AS TEARS GO BY, ce sont des verres que Maggie Cheung cache précieusement en attendant un signe de son amant. De la « révolution » Wong Kar-Wai on peut aussi deviner l’utilisation de l’accéléré qui donne à voir une réalité déformée ou encore le recours à une bande sonore obsédante à l’instar de la reprise chinoise de « Take My Breath Away » qui berce la relation entre Wah et Ngor.

Avec le recul, il est possible de se dire qu’AS TEARS GO BY soit plus satisfaisant à décortiquer qu’à regarder. Mais il n’en est pas moins le premier film d’un cinéaste au style unique et inégalable. La légende dit d’ailleurs que c’est au terme de la deuxième semaine de tournage de son premier film que Wong Kar-Wai a décidé de porter des lunettes noires… qu’il ne quittera plus jamais.

Sarah Cerange

Note des lecteurs0 Note
Titre original : 旺角卡門, Wong gok ka moon
Réalisation : Wong Kar-wai
Acteurs : Andy Lau, Maggie Cheung, Jacky Cheung
Date de sortie : 9 juin 1988
Durée : 102 minutes
3.5
Fascinant

Écoutez-nous !

Soutenez-nous !

Rédactrice
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires
0
Un avis sur cet article ?x