Dans DIAMANTI, le réalisateur Ferzan Özpetek plonge le spectateur au cœur d’un atelier de costumes à Rome dans les années 70, où la jovialité se mêle à la créativité et à l’entraide féminine.
Une déclaration d’amour faite aux femmes et aux actrices
Découvrir DIAMANTI, le dernier film du réalisateur italien d’origine turque Ferzan Özpetek, c’est pénétrer à pas feutrés dans un lieu dédié à la création pour et par des femmes. Un lieu de mouvement, de vie, de travail collaboratif, d’esquisses de croquis, de bruissements d’étoffes, de crépitements des machines à coudre, de rires, de douceur et d’entraide au féminin. L’art y est brillamment magnifié sous toutes les coutures.
Les costumes fabriqués pour le théâtre et le cinéma dans l’atelier dirigé par deux sœurs à Rome dans les années 70 sont en effet époustouflants. La relation de la pugnace Alberta (Luisa Ranieri) et de la fragile Gabriella (Jasmine Trinca) est le fil rouge de DIAMANTI, que tire avec subtilité le réalisateur. Et si l’inspiration et l’envolée poétique des artistes sont mises en valeur, le réalisateur insiste aussi sur leurs exigences parfois difficiles à satisfaire, telles celles de la créatrice de costumes Franca (Giselda Volodi), au service du réalisateur Lorenzo (Stefano Acorsi). Ou sur leurs caprices de stars aux egos surdimensionnés, qui se croisent lors de l’essayage de leurs costumes, donnant lieu à une belle comparaison entre théâtre et cinéma.
« C’est ce que nous sommes : des diamants »
Dans une mise en scène très dynamique vibrionnent ainsi les costumières et couturières Nina, Fausta, Paolina, Nicoletta, Eleonora, Bianca ou Carlotta, sous l’œil bienveillant de Silvana, la cuisinière. DIAMANTI restitue très bien à l’écran ce qui peut être transmis de la technique, de la tradition, de la hiérarchie et des ressorts de la création dans ces métiers. Les fils se tissent entre la nouvelle arrivée Giuseppina et ces femmes joyeuses, concentrées et fières de la beauté de leur œuvre commune. Se moquant parfois des jeunes hommes qui entrent dans l’atelier, elles chantent, fument, se racontent, se sentent plus fortes ensemble et parviennent à donner le change.
Un film choral incarné très réussi
Mais une fois rentrées chez elles, la réalité de leurs blessures silencieuses reprend le dessus, car les héroïnes ne sont pas épargnées par les drames. Si le réalisateur s’est attaché aux destins de chacune d’entre elles, il faut reconnaître qu’il a un peu trop chargé leur barque à toutes, ne laissant d’autre choix au spectateur que d’être empathique face à la mort accidentelle d’un enfant, à la violence d’un mari, aux difficultés financières d’une mère célibataire d’un petit garçon qui traîne dans l’atelier ou à la dépression d’un adolescent.
La réussite de DIAMANTI tient aussi à la chance donnée au spectateur de connaître un peu mieux l’envers du décor d’un film, puisque la scène inaugurale réunit, autour d’un déjeuner à l’italienne, Ferzan Özpetek et ses actrices. Les scènes en groupe sont d’ailleurs toutes passionnantes, autant celles dans l’atelier que celles de la lecture du scénario, révélant de quelle manière les actrices s’emparent de leurs rôles et se les approprient.
DIAMANTI se révèle donc un bel hommage nostalgique aux films italiens et à leurs actrices. Et malgré quelques lourdeurs dramaturgiques, la célébration de l’émancipation des femmes et de la sororité réchauffe véritablement le cœur.
— Sylvie-Noëlle



