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Crédits : Atmo

LA CONSPIRATION DU CAIRE, profane et chaos – Critique

C’est un soir d’octobre, au détour d’un couloir dans un grand cinéma parisien, que nous croisons Tarik Saleh. Petit homme chauve à la barbiche brune, il accorde aux journalistes quelques questions avant la projection en avant-première de son nouveau film primé à Cannes, LA CONSPIRATION DU CAIRE…

Dans un anglais parfait, le réalisateur du Caire Confidentiel explique que ce dernier long-métrage est un hommage direct, une adaptation même du Nom de la Rose d’Umberto Eco. Thriller romanesque médiéval de 1980, qui dépeint le malaise de L’Église du XIVe siècle, l’ouvrage est une pierre angulaire de la littérature du siècle passé et du cinéma, avec son adaptation par Jean-Jacques Annaud en 1986 avec l’inénarrable Sean Connery

Tarik Saleh explique qu’il a voulu replacer l’intrigue du livre dans l’Islam d’aujourd’hui, en déplaçant l’action d’un monastère provençal à l’Université islamique d’Al-Azhar. Au centre de l’étude et de la formation de l’islam sunnite, cette université est l’un des hauts lieux du pouvoir islamique en Égypte et au Moyen-Orient, et de ce fait, revêt une aura à la fois mystique et inquiétante. L’importance majeure de cette institution millénaire attise les convoitises des différents groupes d’influences du monde arabe, entre progressistes, services de renseignements étrangers et fondamentalistes jihadistes.

Photo du film LA CONSPIRATION DU CAIRE
Crédits : Atmo

C’est juste après l’arrivée du jeune Adam, fils de pêcheur égyptien, à Al-Azhar, que le Grand Imam de l’université meurt devant ses étudiants. Tout va s’emballer pour l’apprenti imam qui va être pris dans une guerre de succession aux enjeux immenses. Pris également dans la tempête entre des conspirateurs et la sécurité intérieure égyptienne, Adam va tenter de sauver sa peau au péril de la vie de ses camarades sans toujours comprendre qui est le manipulé et le manipulateur. 

Le réalisateur suédo-égyptien livre une œuvre très intéressante dans son contenu, avec un récit haletant, sans jamais verser dans le spectaculaire. Il réussit à brosser un portrait – jamais caricatural – de la société islamique en Égypte et de ses groupes de pouvoir. Avec un jeu d’acteur convaincant, notamment Fares Fares, qui interprète un agent de la sécurité intérieure plus vrai que nature et avec tout le cynisme qu’il se doit. Pour des raisons politiques – le réalisateur étant persona non grata dans l’Égypte du dictateur président Abdel Fattah al-Sissi – le tournage s’est déroulé en Turquie, dans une des plus célèbres mosquées du monde ottoman : l’incroyable Mosquée Süleymanye d’Istanbul, construite par le calife Soliman le Magnifique et vieille de 500 ans. Dans ce décor somptueux, l’histoire prend tout son volume avec des plans larges monumentaux sur des foules d’acteurs et dans les salles de prières. Des amitiés se font et se défont aussi vite que les carrières dans les arcanes d’une institution menacée. 

Photo du film LA CONSPIRATION DU CAIRE
Crédits : Atmo

Dans un contexte géopolitique incertain au Moyen-Orient et dans le monde musulman, ce film s’inscrit dans une actualité brûlante. Après le chaos et l’effervescence des printemps arabes, la région connaît des troubles politiques et sociales. Les frictions sont nombreuses : de la présence de Daech et les factions de Al-Qaïda de l’Irak à la Libye et les crises politico-religieuses entre les pouvoirs militaires et les mouvements religieux à travers tout le Moyen-Orient. L’Égypte, qui a toujours fait figure de puissance majeure de la région, se retrouve finalement reléguée au second rang depuis la fin du siècle dernier.

Le cinéma de Tarek Saleh est un reflet de cette société en crise qui se retrouve tiraillée par les inégalités sociales et territoriales, mais aussi par les régimes dictatoriaux et autoritaires qui se sont succédés sans jamais permettre au peuple de s’exprimer librement. Le Caire Confidentiel et LA CONSPIRATION DU CAIRE sont à lire comme une œuvre globale de l’auteur, qui cherche à dresser un constat filmique de la fracture politique et sociale entre les classes égyptiennes. Avec, en son centre, le personnage de Fares Fares – qui n’est lui-même pas égyptien – et apparaît justement comme en surimpression sur le décor de la ville mythique du Caire. L’acteur suédo-libanais est un interprète idéal, avec sa silhouette longue et anguleuse et son air à la fois agréable et inquiétant. 

En somme, LA CONSPIRATION DU CAIRE s’inscrit dans une lignée de très bons films sur le Moyen-Orient, faits par les expatriés ou la diaspora – que cela soit subi ou voulu – à la manière du nouveau cinéma iranien que nous avons pu traiter cette année ou d’un cinéma social libanais de qualité. Épicentre de la culture arabe contemporaine, l’Égypte jouit d’un représentant de choix en la personne de Tarik Saleh, qui marque les salles de cette fin d’année après son passage remarqué à Cannes.  

Etienne Cherchour

Note des lecteurs128 Notes
Titre original : Walad Min Al Janna
Réalisation : Tarik Saleh
Scénario : Tarik Saleh
Acteurs principaux : Tawfeek Barhom, Fares Fares
Date de sortie : 26 octobre 2022
Durée : 1h59min
4
monumental

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